03/12/2017

Buttet au bûcher?

Nouvelles révélations sur le comportement « inapproprié » du Conseiller national démocrate-chrétien valaisan Yannick Buttet dans la presse dominicale : il serait l’homme qui a eu des gestes et des propos déplacés envers la Conseillère nationale genevoise UDC Céline Amaudruz.

L’étau se resserre donc autour du politicien qui s’est lui-même absout de la présomption d’innocence en reconnaissant ses erreurs mettant ainsi sur la place publique ce que d’aucuns pourraient être tentés de mettre sur le compte de sa vie privée. Mais peut-on quoiqu’il en soit mettre sur le compte de la vie privée des gestes et des propos déplacés qui auraient lieu au sein du Parlement, endroit publique par excellence ? Evidemment que non.

Celui qui se qualifie lui-même de « gros lourd » lorsqu’il a « bu un verre » (sic) attire d’autant plus l’attention sur lui dans cette affaire qu’il défend dans son action politique les valeurs de la famille traditionnelle. N’a-t-il pas dans une interview accordée à La Liberté de Fribourg le 3 juillet dernier, à propos du mariage gay, déclaré que ceux qui s’y opposent sont considérés soit comme fous ou comme défendant « des valeurs qui semblent aux yeux de certains dépassées aujourd’hui » ? Ce point de vue peut dans l’absolu se défendre, mais encore faut-il vivre soi-même en cohérence avec les valeurs qu’on défend.

Or, apparemment, ce n’est pas ce que ferait Yannick Buttet qui ne serait certes ni le premier ni le dernier à agir de la sorte. Faudrait-il dès lors envoyer le Conseiller national démocrate-chrétien au bûcher ? A une autre époque, la question se serait peut-être posée. Mais de nos jours, une démission du Parlement suffirait, car un politicien qui défendrait des valeurs qu’il ne respecterait pas à ce point n’y aurait plus sa place.

IMG_0947.jpg

02/12/2017

« Jalouse » : Karin Viard au top (et 7 autres films à l’affiche)

IMG_0919.jpgEntre drame et comédie, on y rit souvent jaune, « Jalouse » brosse le portrait d’une femme constamment au bord de la crise de nerfs parce que le bonheur des autres lui est insupportable, à commencer par celui de sa fille, jeune femme de 18 ans resplendissante, amoureuse et brillante danseuse. Tout son entourage va être tour à tour victime de son mal être jusqu’à ce qu’un événement particulièrement grave lui fasse prendre conscience qu’elle a dépassé les limites, quoique…

Cette femme dans la cinquantaine rongée par la jalousie a les traits de Karin Viard qui excelle dans ce rôle où elle est à la fois drôle, émouvante et souvent odieuse. Elle est très à l’aise dans des situations aussi bien comiques que tragicomiques qui se succèdent à un bon rythme, malgré quelques répétitions inutiles. Elle arrive à rendre crédible un personnage caricatural, condition nécessaire pour faire rire, mais également touchant. Les dialogues sont le plus souvent incisifs et percutants.

Malgré le fait que Karin Viard soit de pratiquement tous les plans, les seconds rôles existent bel et bien grâce à un scénario qui les met à un moment ou à un autre en valeur et grâce également à leurs interprètes tous à la hauteur. Les réalisateurs David et Stéphane Foenkinos voulaient faire un film dont le ton oscille sans cesse entre la comédie et le portrait intime. Objectif indéniablement atteint avec toutefois comme conséquence que ces fréquents changements de ton, surtout dans la première partie, mettent un peu trop de distance entre le spectateur et l’héroïne du film. Pas suffisamment toutefois pour s’abstenir d’aller le voir. (3 étoiles)

Toujours à l’affiche

4 étoiles : « Le Brio ». Yvan Attal, le réalisateur, qualifie « Le Brio » de « dramedy ». Une définition qui correspond fort bien au film qui est à la fois drôle, léger, émouvant, mais également sérieux dans les thèmes abordés : différences sociales, racisme, sexisme, enfermement ou encore difficultés à vaincre les a priori. Neïla Salah a grandi dans la banlieue et aimerait devenir avocate. Inscrite à l’université, elle va être confrontée à un professeur coutumier de provocations et dérapages plus que limites. Sous la menace d’un renvoi, il va alors, pour tenter de se racheter une conduite, prendre sous son aile, à son cœur défendant, Neïla pour la préparer au concours d’éloquence. « Le Brio » s’appuie sur un schéma cinématographique bien connu, à savoir la confrontation entre deux personnages que tout oppose, mais qui vont finir par s’apprivoiser. En cela, il n’est pas très original et le scénario n’évite pas toujours l’écueil de la facilité et de certains clichés. Mais ce défaut n’est de loin pas rédhibitoire, car les dialogues sont très bien écrits et fort bien interprétés. La mise en scène, plutôt inventive pour éviter au spectateur de se lasser de ces joutes verbales, et de l’émotion bien dosée font de « Le Brio » un film tout à fait recommandable.

4 étoiles. « Borg / McEnroe ». Celles et ceux qui ont vu à la télévision en 1980 la finale de Wimbledon entre Borg et McEnroe se souviennent de la tension exceptionnelle qui régnait durant le match en général et durant le tie-break d’anthologie qui a conclu le quatrième set en particulier. Ce jeu décisif symbolise à lui tout seul le film : un combat non seulement face à l’adversaire, mais également, et surtout, un combat face à soi-même pour ne pas céder à ses démons que l’un, Borg, a enfui au plus profond de lui-même au risque d’imploser si la machine à gagner s’enraille, et l’autre, McEnroe, prêt à exploser à la moindre erreur d’arbitrage ou à une mauvaise réaction du public. Tous les éléments sont donc réunis pour faire de ce face à face un film sous haute tension. Elle est palpable du début à la fin et le fait de connaître ou non à l’avance le vainqueur de ce bras de fer n’enlève rien au suspense grâce à un très bon montage, une excellente alternance entre les moments de jeu et ceux plus intimes, une musique qui souligne juste ce qu’il faut la tension et à des acteurs très crédibles dans leur rôle. Un drame « psycho sportif » réussi.

4 étoiles. « Au revoir là-haut ». Edouard Péricourt et Albert Maillard se sont connus dans les tranchées de la première guerre mondiale sous le commandement de l’ignoble lieutenant Pradelle. Edouard, dessinateur de talent, est gravement blessé au visage lors d’une bataille peu avant l’armistice. Albert, à qui Edouard a sauvé la vie juste avant sa blessure, va alors faire tout son possible pour soutenir son ami au plus mal physiquement et moralement jusqu’au jour où Edouard a l’idée de monter une arnaque aux monuments aux morts qui va déclencher des rebondissements en cascade. « Au revoir là haut » est un film de grande qualité grâce à son scénario - qui mêle comédie, tragédie et poésie - son esthétisme, sa lumière, ses décors, sa mise en scène, ses masques magnifiques, qui permettent à Edouard le défiguré d’exprimer ses sentiments, sa créativité et bien évidemment ses personnages qui ne laissent pas indifférents qu’ils soient du côté des « gentils » ou des « méchants ». Mis à part quelques longueurs par-ci, par-là qui font parfois retomber l’émotion, « Au revoir là haut » est un film magnifique aussi bien du point de vue du fond, d’une grande actualité malgré que l’action se passe il y a un siècle, que de celui de la forme très réussie.

4 étoiles. « Confident royal ». En 1887, la Reine Victoria en fin de règne fait la connaissance d’un serviteur indien, Abdul Karim. Venu du « sous-continent », colonialisé par les Britanniques, pour remettre de manière folklorique un présent à la souveraine à l’occasion de son jubilé d’or pour ses 50 ans de règne, Abdul va rapidement côtoyer de très près la reine tombée sous son charme pour le plus grand désespoir de la Maison royale. Sous ces airs plutôt légers, les situations comiques sont nombreuses, « Confident royal » aborde pourtant des thèmes qui sont toujours d’actualité sur les différences sociales, religieuses ou d’origine. Ce duo qui a construit une complicité hautement improbable dans la réalité, la reproduit à l’écran grâce au talent reconnu de Judi Dench, mais aussi à celui d’Ali Sazal qui rend crédible le fait que la reine Victoria soit tombé sous son charme. Si l’on peut reprocher au film d’être un peu répétitif sur la longueur et de laisser sur sa faim le spectateur sur la suite de la vie d’Abdul après cet épisode « victorien », il convient de souligner que « Confident royal » allie divertissement et réflexion avec subtilité. Et c’est déjà beaucoup.

4 étoiles. « Le sens de la fête ». Depuis le succès colossal de « Intouchables », les films des réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache sont très attendus et « Le sens de la fête » ne déçoit pas. L’histoire de Max, organisateur de fêtes que l’on suit pendant 24 heures, durant lesquelles toutes les tuiles possibles et inimaginables vont lui tomber dessus à l’occasion d’un mariage organisé dans un château du 17ème siècle, est en effet dans l’ensemble très réussie. Jean-Pierre Bacri est tout simplement exceptionnel. Omniprésent, il est à la fois drôle, ironique, caustique, jaloux, bougon, tendre, émouvant, touchant, excédé, désabusé, liste non exhaustive, dans son rôle de chef d’une équipe qui compte en son sein bien des bras cassés. Il est entouré par une distribution au diapason. Le film est bien écrit, avec tout de même quelques invraisemblances, et les dialogues sont souvent jouissifs. Il a également du rythme malgré une petite baisse au milieu. Il y a des scènes à pleurer de rire et d’autres émouvantes, à l’image d’une fin très réussie. « Le sens de la fête » est une comédie humaine, certes pleine de bons sentiments, pétillante comme du champagne et ça fait du bien !

1 et 3 étoiles. « Epouse-moi mon pote ». Yassine, jeune étudiant marocain, fait la fierté de sa famille qui s’est cotisée pour qu’il puisse faire des études à Paris. Suite à un malheureux concours de circonstances, Yassine rate son examen et se retrouve dès lors sans statut légal. Pour remédier à cette situation, il se marie avec son meilleur ami Frédéric. Soupçonné par un fonctionnaire d’avoir fait un mariage blanc, ils vont alors devoir s’inventer une vraie vie de couple homosexuel. Pas difficile d’imaginer à partir de ce synopsis que les quiproquos et les situations loufoques vont s’enchaîner avec de nombreux gags parfois très drôles. Ce n’est certes pas un humour subtil, les clichés sont légions et l’histoire est cousue de fil blanc. Pour ce genre de comédie, plus les traits sont grossiers et plus ça fonctionne. Alors oui, bien sûr, avec cet esprit les gays, mais aussi les immigrés, les aveugles, les obèses, les riches émirs du Qatar, etc., sont outrancièrement caricaturés, mais pas de quoi toutefois crier à l’homophobie. Au final, « Epouse-moi mon pote » est un film qui tient ses promesses : stupide (1 étoile) et drôle (3 étoiles).

1 étoile. « Blade Runner 2049 ». K est chasseur de réplicants (sorte d’esclaves créés par les humains) récalcitrants et lui-même réplicant, mais avec un supplément d’âme qui lui viendrait des souvenirs qu’on lui a fabriqués. Il a pour mission de chercher et d’éliminer celui ou celle qui apparemment serait né.e de la liaison entre un réplicant et un humain, car si cela se vérifiait alors l’équilibre du monde en serait bouleversé. A partir de ce synopsis, on pourrait imaginer que « Blade Runner 2049 » est un film d’action qui se déroule dans un univers futuriste et qui questionne sur la relation entre les humains et les créatures qu’ils ont créés. Or, sur l’extrême longueur du film (2h45), il doit y avoir un tiers, et encore, d’actions et les questions existentielles sont à peine effleurées. C’est le sentiment d’un vide abyssal qui domine. Les coups de corne de brume exagérément forts qui font office de musique tiennent « heureusement » le spectateur éveillé. Il y a bien un sursaut au moment où Harrison Ford fait enfin son apparition après 1h45 (!) de film. C’est à n’en pas douter le meilleur moment de « Blade Runner 2049 » dont la fin est aussi décevante que le reste.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

29/11/2017

Bon sang, encore raté !

Depuis le 1er juillet, et à condition toutefois qu’ils n’aient pas eu de relations sexuelles au cours des…douze derniers mois, les hommes ayant des relations avec des hommes peuvent donner leur sang.

Mais ce qui peut apparaître de prime abord comme un progrès, ne l’est en fait pas. En effet, pourquoi faire une différence avec les hétérosexuels à qui il « suffit » d’avoir été fidèles au cours des quatre derniers mois pour donner leur sang ? C’est d’autant plus discriminatoire que sur les 550 infections annuelles au VIH, la moitié (53% très exactement en 2015) concerne les hétérosexuels.

Cette décision avait, heureusement, déplu bien au-delà des personnes concernées. C’est ainsi que le 2 mai dernier le Conseil national avait voté à une courte majorité de 97 voix contre 89 une motion de Rosmarie Quadranti (PBD) demandant de supprimer toutes les restrictions frappant les homosexuels dans le don du sang.

Ce vote devait être encore confirmé par celui du Conseil des Etats. Hélas, ce dernier ne l’a pas fait puisque mardi 22 élu.e.s s’y sont opposé.e.s emportant ainsi la majorité. Pink Cross, Fédération suisse des gays, a réagi dans un communiqué de presse en rappelant que par son vote « le Conseil des États a choisi d’ignorer de nombreuses recommandations d’institutions du domaine de la santé, telle que l’organisation de Transfusion de la CRS, et de la Cour de justice de l’Union européenne, qui soutiennent que le critère d’exclusion doit se baser sur les comportements à risque et non pas sur l’orientation sexuelle. »

C’est la raison pour laquelle l’association demande au Conseil fédéral d’assumer ses responsabilités et que la question sur l’orientation sexuelle soit immédiatement éliminée du questionnaire que les donneurs doivent remplir. Et d’ajouter que celui-ci « contient de toute façon une question sur le comportement à risque d’infection par le VIH et, à chaque don, le sang est analysé pour dépister différentes maladies, y compris le VIH. La sécurité est donc toujours garantie. »  

Le Conseil des Etats a manqué une belle occasion de mettre fin à une discrimination, mais aussi d’augmenter le nombre de donneurs qui sont insuffisants, en fermant la porte à une procédure en matière de don du sang qui devrait se baser non pas sur l’orientation sexuelle, mais sur le comportement de chacune et chacun au nom de l’égalité des droits pour toutes et tous. Bon sang, encore raté !