03/02/2019

Du grand au petit écran: « L’ordre divin », « Les Suffragettes », « Jersey Boys »

B5AE6BBC-BF2E-4089-A3E1-D18F9F5A73A2.jpegDès le tout début, avec un générique qui vous plonge avec des images d'archives et de la musique de l'époque dans le tourbillon du tournant des années soixante-septante, le spectateur est dans le film. Puis, survient la voix off de l'héroïne qui prononce cette phrase mémorable: "En 1971, le monde était en peine mutation, mais ici en Suisse, le temps semblait s'être arrêté."

Le constraste avec les premières secondes est saisissant et donne immédiatement le ton du film: Nora et ses amies vont devoir soulever des montagnes, suisses bien évidemment, pour lutter contre cette société patriarcale et machiste qui est à la veille de décider si elle donnera le droit de vote et d'éligibilité aux femmes. 

Pour raconter les semaines qui précèdent cette votation qui deviendra historique, le film de la réalisatrice Petra Volpe reconstitue à la perfection cette ambiance du début des années septante de cette Suisse fermée sur elle-même: décors, costumes, coiffures, mœurs, attitudes de la gente masculine, tout y est. C'est à la fois jouissif et consternant de voir où en étaient les droits des femmes au niveau national il y a seulement 47 ans. Le film est d'ailleurs à l'image de ce constat, puisqu'il comporte des scènes franchement drôles et tendres qui alternent avec d'autres où l'on rit jaune, voire où l'on pleure de tristesse ou de joie.

"L'ordre de divin" est un film très bien écrit que ce soit au niveau de son scénario ou de ses personnages auxquels on s'attache rapidement. Il faut dire que la distribution est excellente et donne toute la crédibilité voulue à cette histoire pourtant par moment d'autant plus incroyable qu'elle est proche de la réalité.

5 étoiles. « L’ordre divin ». RTS UN, lundi 4 février, 20h45.

860F94DF-051D-4540-9540-883FE6F3D8BD.jpegLondres 1912. Mariée, mère d’un enfant, Maud travaille très dur depuis l’âge de sept ans dans une blanchisserie où les femmes sont exploitées, voire abusées, par leur patron. Les circonstances vont l’amener à rejoindre les Suffragettes et à s’y engager au risque de perdre sa famille, son emploi, voire sa liberté. Les décors, les costumes, la lumière, un tableau brossé avec justesse des mentalités de l’époque permettent de se plonger dans l’ambiance du film dès les premières secondes. Les personnages sont fort bien joués par des comédiennes de talent et  l’histoire est rondement menée.

Pourtant, malgré toutes ces indéniables qualités, il manque aux « Suffragettes » un brin de folie qui aurait permis de dépasser le côté trop académique du film et d’y mettre plus d’émotions. Il n’en demeure pas moins que « Les Suffragettes » est un bel hommage à toutes les femmes qui se sont battues, et se battent encore, pour l’égalité des droits.

3 étoiles. « Les Suffragettes ». RTS DEUX, jeudi 7 février, 21h05.

DC81948E-388D-48DF-9DBB-EC9ACE0EE126.jpeg« Jersey Boys » est l’adaptation cinématographique par Clint Eastwood de la comédie musicale qui raconte l’histoire des « Four seasons », un groupe américain de quatre garçons, pas tous irréprochables, qui a connu le succès dans les années 60.

C’est visuellement très beau, agréable pour les oreilles et le plus souvent plaisant malgré quelques longueurs dues au fait que le film court un peu trop de lièvres à la fois.

3 étoiles. « Jersey Boys ». RTS DEUX, vendredi 8 février, 23h45.

 

 

C01E7CBF-F85B-4EFF-8A84-B60DC8372502.jpegNick Dunne a-t-il tué sa femme qui a mystérieusement disparue ? Les preuves s’accumulent contre lui, mais finalement peut-être pas tant que ça…Et si finalement, Nick était plutôt la victime que le bourreau ?

Tenu en haleine jusqu’au milieu du film par cette question, le spectateur manipulé de main de maître par le réalisateur David Fincher découvre alors la réponse qui l’emmène dans une deuxième partie encore plus excitante que la première !

4 étoiles. « Gone Girl ». France 2, dimanche 3 février, 21h00.

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30/01/2019

« Green Book »: une belle réussite (et 8 films à l’affiche)

6D492F08-8922-4D1C-A008-F6F16833AABC.jpegPublié chaque année entre 1936 et 1966, « The Negro Motorist Green-Book », du nom de son auteur Victor Hugo Green, recensait les établissements qui acceptaient la clientèle noire. Ce guide permettait aux voyageurs noirs de planifier leur trajet pour éviter tout harcèlement, toute arrestation et toute violence.

Inspiré d’une histoire vraie et co-écrit par Nick Vallelonga, fils aîné du personnage joué par Viggo Mortensen, « Green Book » est un road movie qui raconte la naissance en 1962 d’une amitié qui dura plus de 50 ans entre un videur italo-américain du Bronx et le Dr Don Shirley, pianiste noir de renommée mondiale. Engagé comme chauffeur pour une tournée de concerts de deux mois dans ce sud des Etats-Unis où la ségrégation raciale règne, Tony Vallelonga va au fur et à mesure que le temps passe être bien plus qu’un chauffeur pour le Dr Don Siegel et ce dernier bien plus qu’un simple patron.

Le film repose, comme tant d’autres avant lui, sur deux personnalités que tout oppose et qui, pourtant, vont finir par s’apprécier. Rien donc de très original a priori. Sauf que dans « Green Book », et comme c’était le cas dans « Intouchables », on adhère rapidement à cette histoire d’amitié hautement improbable. Et pas seulement parce qu’elle a véritablement existé, mais parce que les deux personnages sont chacun à leur manière très humain et que, du coup, tout devient possible.

Ajouter à cela deux acteurs excellents, un contexte malheureusement toujours d’actualité, des dialogues de très haute volée à la fois drôles et graves, des situations qui se renouvellent à chaque étape évitant tout ennui au spectateur, juste ce qu’il faut d’émotion et vous avez devant les yeux un film parfaitement réussi à voir de préférence en version originale pour le remarquable travail de prononciation des acteurs. (5 étoiles)

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29/01/2019

Nouveau dérapage d'un conseiller municipal

Bilal Hassani, qui représentera la France à l'Eurovision, est la cible depuis des semaines des homophobes, transphobes et xénophobes. Et jusque chez nous. C'est ainsi qu'un conseiller municipal de la Ville de Genève a complètement dérapé en postant sur son mur facebook le message suivant:

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 Cette publication immonde a fait réagir la Fédération genevoise des associations genevoises qui a publié le communiqué de presse ci-dessous.

Les membres de la Fédération genevoise des associations lesbiennes, gay, bisexuelles et trans* (LGBT) : Associations 360, Dialogai, Lestime, Parents d’homos et Think out condamnent fermement les propos homophobes proférés le 28 janvier 2019 via le compte Facebook de Laurent Leisi, Conseiller municipal en Ville de Genève envers Bilal Hassani, représentant de la France à l’Eurovision.

Le Conseiller municipal, qui n’en est pas à son premier dérapage homophobe ou transphobe, se permet par ailleurs de sous-entendre que Bilal Hassani « finira sans doute par se suicider dans quelques années », alors même que l’homophobie, la biphobie et la transphobie font des ravages, en particulier auprès des jeunes LGBT, qui ont entre 2 et 10 fois plus de risques de faire une tentative de suicide que les jeunes hétérosexuel.le.s. Un dérapage d’autant plus grave que l’on sait que Bilal Hassani est la cible d’une recrudescence violente de propos et actes homophobes depuis sa candidature à l’Eurovision.

Nous appelons ainsi Laurent Leisi à ne plus tenir des propos homophobes ou transphobes et demandons à ce que le Conseil municipal de la Ville de Genève se positionne par rapport à ces propos, les condamne et prenne les mesures adéquates à l’encontre de Laurent Leisi.

Nous constatons une fois de plus l’urgence de compléter l’article 261 bis du Code pénal suisse afin de permettre la condamnation de tels propos homophobes, contre lesquels nous aurions pu ainsi porter plainte.

Rappelons pour celles et ceux qui ne le sauraient pas encore que l'UDF a lancé un référendum contre la modification de l'article 261bis du Code pénal au nom de la liberté d'expression…

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27/01/2019

Du grand au petit écran : « Dalida », « The Lost City of Z », « The Revenant »

196AD972-14A1-4F4E-AFBF-A9893D7716C9.jpegLa performance de Sveva Alviti dans le rôle-titre est époustouflante. Elle ne joue pas Dalida, elle l’est. Une vraie résurrection. La ressemblance est frappante, il a certes fallu quatre heures de maquillage chaque jour pour arriver à ce résultat, et la gestuelle parfaite jusqu’au bout des ongles. Un travail d’actrice de haut vol qui vaut déjà la peine à lui tout seul d’aller voir le film, le reste la distribution étant également excellent.

La réalisatrice de « Dalida », Lisa Azuelos, privilégie dans son film la femme à la chanteuse, même si bien évidemment il y a des liens étroits entre les deux. C’est ainsi que le biopic démarre par le premier drame de sa vie d’adulte en 1967 avec le suicide de Luigi Tenco suivi de sa propre tentative de suicide deux mois plus tard.

A partir de cet événement traumatisant, qui sera suivi de beaucoup d’autres jusqu’à sa mort vingt ans plus tard, le film fait des incursions dans le passé pour mieux éclairer le présent. Un parti pris réussi qui permet également de mettre les chansons de Dalida au service de son histoire et non le contraire.

Si le film est parfois un peu pesant en raison des événements dramatiques qui ont émaillé la vie de Dalida, et sur deux heures ça fait beaucoup, il n’en demeure pas moins que « Dalida » est à l’image de son héroïne : flamboyant, touchant, émouvant, intelligent, divertissant, entraînant, réjouissant. On ajoutera enfin que le film est également un régal pour l’œil, car il est soigné dans les moindres détails au niveau des décors et des costumes. A regretter qu’une heure de film ait été coupée au montage.

 4 étoiles. « Dalida ». RTS UN, lundi 28 janvier, 20h45.

3B02BF70-A66E-49FE-BC61-35E7130E5645.jpegS’inspirant de l’histoire vraie de l’explorateur et militaire britannique Percy Fawcett, « The lost City of Z » est un film d’aventure, mais rien à voir toutefois avec un « Indiana Jones ». L’atmosphère de la découverte en milieu à la fois hostile, mais également fascinant, est en effet privilégiée à des rebondissements plus spectaculaires les uns que les autres.

En 1906, la Société géographique royale d’Angleterre propose à Percy Fawcett de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Tout d’abord décontenancé par cette mission qu’il considère comme peu en rapport avec ses ambitions, mais n’ayant pas vraiment le choix, il va s’embarquer, en laissant femme et enfants derrière lui pour plusieurs années, dans une aventure dont il ne reviendra pas indemne. Persuadé d’avoir découvert les vestiges d’une cité perdue, il n’aura de cesse au cours d’autres voyages de prouver son existence au risque de se perdre, au sens propre et figuré.

Alternant les moments entre l’Amazonie et l’Angleterre, avec une incursion dans les tranchées de la guerre de 14-18, « The lost City of Z » brosse en finesse le portrait d’un homme à la personnalité complexe. Tiraillé entre son sens du devoir paternel et militaire et son obsession quasi mystique de découvrir cette cité perdue, le personnage de Percy Fawcett ne laisse pas indifférent. Le film aux images magnifiques et à la réalisation soignée prend son temps, sans doute un petit peu trop par moment, et fait son chemin jusqu’à une fin à la hauteur des espoirs du colonel Percy Fawcett : magique.

4 étoiles. « The Lost City of Z ». RTS DEUX, vendredi 1er février, 21h20.

4693C508-8600-42CD-86EE-35D5EF44DFF7.jpegIrréprochable au niveau du jeu - Leonardo Di Caprio a enfin décroché l’Oscar du meilleur acteur avec ce film - de la réalisation et de la mise en scène - Alejandro Gonzalez Inarritu a reçu pour la deuxième fois et consécutivement l’Oscar du meilleur réalisateur - et de la photographie absolument superbe et également « oscarisée, « The Revenant » est une indéniable réussite sur le plan de la performance cinématographique.

« The Revenant », c’est l’histoire d’un trappeur grièvement blessé par un ours qui va chercher à se venger parce qu’il a été abandonné par ses équipiers. Quelques scènes, comme la charge des Indiens au début du film, l’attaque de l’ours ou encore la poursuite à cheval, sont d’une maîtrise technique à couper le souffle. Elles sont de plus tournées dans de superbes paysages.

Mais c’est paradoxalement également la faiblesse du film qui tire en longueur et qui est sans cesse dans la démonstration, qui plus est le plus souvent violente. Certaines scènes sont en effet d’une grande sauvagerie, le sang gicle même sur la caméra, sans que cela apporte nécessairement un plus. Un film qui, en définitive, privilégie à l’excès la prouesse technique à l’émotion, à l’image de son héros increvable à tel point que cela en devient risible, et finit par tourner à vide.

2 étoiles. « The Revenant ». France 2, dimanche 27 janvier, 21h00.

Et encore :

6172ECE8-EB85-420C-8C16-A17018E1D715.jpeg« The Grand Budapest Hotel » ou l’histoire rocambolesque d’un concierge d’un grand hôtel dans l’Europe de l’entre deux-guerres. C’est kitsch à souhait, inventif, plein de personnages, très bien joués par de grands acteurs plus dingues les uns que les autres et on n’y s’ennuie pas une seconde.

3 étoiles. « The Grand Budapest Hotel ». RTS DEUX, samedi 2 février, 0h30.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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22/01/2019

« Ben is back »: un duo convainquant (et 7 films à l'affiche)

6FA854F7-DE57-4B28-8BE7-7740FFFF6D7D.jpegUne mère qui fait tout ce qu'elle peut pour sauver son fils de son addiction à la drogue, ça sent le mélodrame à plein nez. Et on s'en méfie, forcément. Mais quand le rôle de la mère est joué par Julia Roberts, ça donne quand même très envie d'aller voir le résultat.

Le veille de Noël, Ben, 19 ans, revient par surprise dans sa famille après avoir apparemment obtenu une autorisation de sortie de son centre de désintoxication. Ce retour inattendu va déstabiliser la famille et faire remonter à la surface en l'espace d'une nuit le passé de toxicomane de Ben et l'angoisse d'une rechute.

Malgré quelques rebondissements peu crédibles, qui permettent toutefois de ménager un vrai suspense jusqu'à la fin, le film fonctionne plutôt bien grâce en premier lieu au duo Julia Roberts-Lucas Hedges (l'ado de l'excellent "Manchester by the Sea").

L'actrice joue tout en finesse ce rôle d'une mère qui veut croire encore et toujours que son fils va pouvoir s'en sortir grâce, notamment, à l'amour qu'elle lui porte quand bien même elle sait au fond d'elle que tout peut basculer d'une seconde à l'autre. Face à elle, Lucas Hedges, également fils du réalisateur, est impressionnant de vérité dans son rôle de toxicomane qui tente de se réconcilier avec son passé tout en étant à la merci à chaque instant de ses démons.

« Ben is back » est donc bien un mélodrame, mais qui ne tire pas trop sur la corde sensible à l'image d'une fin plutôt réussie. (3 étoiles)

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