Bonn(y)dée - Page 11

  • « Douleur et Gloire » : douloureux, puis glorieux (et 7 films à l’affiche)

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    IMG_6492.jpgFilm dont la fiction s’entremêle avec la réalité, l’appartement est une reproduction de celui d’Almodovar et Antonio Banderas était coiffé comme le réalisateur et portait ses vêtements, « Douleur et Gloire » s’inspire donc largement de la vie du cinéaste. Et c’est à la fois émouvant, ennuyeux, voire agaçant.

    C’est tout particulièrement le cas dans une première partie bavarde, égocentrique et qui met exagérément en avant le mal être du réalisateur Salvador Mallo (Antonio Banderas, excellent). Mais, heureusement, pour passer le cap de cette entrée en matière un peu pénible, il y a dès le début les lumineux flashbacks de l’enfance de Salvador avec une Penélope Cruz très convaincante. Et puis, au milieu du film surviennent l’une à la suite de l’autre deux longues scènes absolument bouleversantes et qui valent à elles toutes seules la peine d’aller voir « Douleur et Gloire ».

    La première met en scène, au sens propre et figuré, Alberto, un acteur avec lequel Salvador s’est brouillé il y a plus de trente ans. Il joue au théâtre un texte écrit par Salvador que ce dernier lui a donné en gage de réconciliation. Il s’intitule « Addictions » et parle bien évidemment de lui, et notamment de sa dépendance aux médicaments, voire à la drogue, omniprésente dans le film, un peu trop à vrai dire. L’émotion qui se dégage de ce monologue est d’une grande intensité et se poursuit avec la scène suivante où il est question des retrouvailles entre Salvador et son amant que la pièce évoque. Là également, un très beau moment de cinéma, tout en tendresse.

    Tendresse qui prend alors résolument le pas sur la déprime ambiante de la première partie du film et qui conduit, grâce notamment à un dernier flashback très réussi sur l’enfance de Salvador, à une belle fin. Au final, le dernier Almodovar est à l’image de son titre : douloureux en son début et de plus en plus glorieux au fur et à mesure que l’action avance. (3 étoiles)

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  • Du grand au petit écran : de très bons films à voir cette semaine

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    IMG_6487.jpgMai 1940. 400 000 soldats anglais sont pris en tenaille entre la mer du Nord et l’armée allemande sur les plages de Dunkerque. Pour éviter un massacre à grande échelle et rapatrier les troupes de sa Majesté, il va falloir compter sur les troupes françaises pour qu’elles empêchent le plus longtemps possible la Wehrmacht d’avancer, sur la Royal Air Force pour combattre les avions de chasse allemands prêts à larguer leurs bombes et enfin sur la flotte militaire et…civile anglaise.

    Pour raconter cet épisode relativement peu connu de la seconde guerre mondiale, Christopher Nolan, le réalisateur, entre autres, de la trilogie Batman, d’Inception et d’Interstellar, a pris trois angles d’attaque avec des espaces-temps différents qui se rejoindront à la fin du film : une semaine pour les événements qui se déroulent sur terre, un jour pour ceux qui ont lieu sur mer et une heure pour ceux qui ont comme décor le ciel.

    Ce choix de départ donne une très grande densité à l’action de la première seconde du film à sa quasi fin, cette dernière n’étant pas tout à fait à la hauteur du reste avec un côté héroïque qui s’accorde mal avec un film qui, justement, ne met pas particulièrement en avant un personnage plutôt qu’un autre. Il n’y a pas de temps mort dans « Dunkerque » et très peu de dialogues. Le film met en scène avec brio, et par moments émotion, ces soldats pris au piège sur terre et sur mer, le danger venant en premier lieu du ciel. A ce propos, les combats aériens sont à couper le souffle.

    « Dunkerque » est un blockbuster, mais avec toutefois l’ambition d’être également un film d’auteur. Ambition réussie grâce à une maîtrise technique époustouflante, une mise en scène qui ne laisse rien au hasard, une narration originale et, pour couronner le tout, une très belle distribution. Impressionnant.

    4 étoiles. « Dunkerque ». RTS UN, lundi 20 mai, 20h45.

    IMG_6488.jpgMatthieu a 33 ans. Sa mère n’a jamais voulu lui dire qui était son père. Il finit par le savoir quand un ami de ce dernier l’appelle pour lui apprendre que son géniteur, un Québécois, est décédé et qu’il a un paquet à lui envoyer de sa part. Matthieu décide alors d’aller chercher lui-même à Montréal le colis et de faire ainsi la connaissance de ses deux demi-frères qui ignorent bien évidemment tout de son existence. La réalité qu’il va découvrir sur place n’est pas celle qu’il attendait et son séjour prend une tournure inattendue.

    « Le fils de Jean » fait partie de ces films français que l’on aime aimer. L’histoire est bien écrite et réserve des (jolies) surprises, les dialogues sont percutants. Philippe Lioret, le réalisateur, crée une vraie atmosphère grâce à des décors naturels magnifiques et sa façon de filmer au plus près les personnages qui les rend encore plus attachants.

    Les acteurs sont tous formidables, avec une mention spéciale à Pierre Deladonchamps bouleversant dans son jeu tout en finesse caractérisé par des expressions du visage qui en disent bien plus long que des mots et Gabriel Arcand en médecin bourru qui cache plus ou moins bien ses blessures.

    Et puis, il y a de la délicatesse, de l’humanité et donc de l’émotion. Un facteur de réussite essentiel à ce genre de film qui n’est pas sans rappeler les magnifiques œuvres de Claude Sautet. De l’émotion, mais sans pathos, juste ce qu’il faut pour sortir de la salle de cinéma avec les yeux humides en étant content d’avoir fait le bon choix en visionnant « le Fils de Jean ».

    5 étoiles. « Le fils de Jean ». RTS UN, jeudi 23 mai, 23h50.

    IMG_6489.jpgL’amerrissage d’un Airbus A320 sur l’Hudson en plein New-York en janvier 2009 avec 155 passagers à son bord et…155 survivants avait fait sensation. Un véritable miracle qui, pourtant, à y regarder de plus près, est avant tout un exploit humain hors du commun qui va d’ailleurs au-delà du pilote, même si celui-ci joue bien évidemment un rôle central.

    C’est cet aspect de ce fait divers heureux que privilégie un Clint Eastwood inspiré. « Sully » est avant tout une aventure humaine qui montre aussi l’autre côté du décor, à savoir l’enquête ouverte sur le commandant de bord pour savoir s’il n’aurait pas dû privilégier d’autres options que l’amerrissage et ainsi sauver aussi l’appareil.

    Dans le rôle de Chesley « Sully » Sullenberger, Tom Hanks, présent dans pratiquement tous les plans du film, est une fois de plus génial. Il exprime avec peu de mots tous les tourments qui assaillent cet homme qui vient de réaliser quelque chose de fort, peut-être de trop fort. Du grand art.

    Le film mêle très habilement grâce à un excellent montage et une mise en scène au cordeau, le côté spectaculaire et à grand suspense du film - alors qu’on connaît la fin dès le début du film, la tension est à son comble jusqu’aux dernières minutes ! - avec celui beaucoup plus intimiste des remises en question du commandant et de l’enquête. « Sully » fait passer le spectateur par toutes les émotions - peur, pleurs, rage, soupir, sourires – et c’est un vrai plaisir à ne surtout pas bouder !

    5 étoiles. « Sully ». TF1, dimanche 19 mai, 21h00.

    IMG_6490.jpgKen Loach a eu raison de revenir sur la décision qu’il avait prise de ne plus faire de film après Jimmy’s Hall, car « Moi, Daniel Blake » est une incontestable réussite dans la filmographie du réalisateur anglais. Récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes 2016, « Moi, Daniel Blake » a pour thématique principale le poids d’une administration qui au lieu de venir en aide à ses administrés ne fait que de les enfoncer toujours plus dans la précarité.

    C’est ainsi que l’on suit les déboires de Daniel Blake qui se voit refuser une rente invalidité après un grave accident cardiaque. Il se retrouve dès lors condamner à s’inscrire au chômage pour toucher des indemnités et à faire des recherches d’emploi alors qu’il a l’interdiction de ses médecins de travailler. Une situation absurde qu’il essaye d’expliquer à des fonctionnaires s’accrochant à leur règlement comme à une bouée de sauvetage et qui ne veulent rien entendre. C’est au cours d’un de ces rendez-vous à l’office du chômage que Daniel Blake va faire la connaissance d’une jeune mère de famille de deux enfants, dans une situation tout aussi précaire que lui, et qu’une forte relation de solidarité va s’instaurer entre eux.

    On peut, certes, reprocher au film son côté un brin démagogique et un peu trop manichéen – les fonctionnaires, à l’exception d’une, sont tous des méchants et les pauvres tous des gentils – mais c’est bien le seul reproche qu’on puisse lui faire. « Moi, Daniel Blake » est émouvant, bouleversant même, il dénonce avec force un système dénué de toute humanité et qui dérape. La mise en scène est d’un grand réalisme avec des scènes très variées qui donnent de l’épaisseur à l’histoire et les dialogues sont percutants. Le tout est joué par des acteurs formidables qui vous touchent jusqu’à en avoir les larmes aux yeux.

    5 étoiles. « Moi, Daniel Blake ». France 2, dimanche 19 mai, 21h10.

    IMG_6491.jpgRéunir deux grands noms du film comique français, à savoir le réalisateur Patrice Leconte qui retrouve, dans le rôle principal cette fois-ci, Christian Clavier après leur triple collaboration pour « Les Bronzés », est-il la garantie d’une comédie réussie ? Pas forcément, mais ça donne l’envie d’aller voir cela de plus près !

    Adapté d’une pièce de théâtre, « Une heure de tranquillité » raconte l’histoire de Michel, dentiste embourgeoisé et grand amateur de jazz, qui vient de trouver aux puces un disque très rare qu’il veut écouter de suite chez lui sans qu’on le dérange. Mais son entourage (sa femme, sa maîtresse, son fils, son voisin, sa mère, sa femme de ménage et son plombier) va en décider autrement.

    Malgré quelques situations très drôles, le film reste toutefois assez convenu, à part la fin très réussie, et ne réserve pas de grandes surprises. On y sourit, plus qu’on y rit. On y apprécie les clins d’œil à d’autres films (« Le Père Noël est une ordure », « Le dîner de cons ») et les acteurs sont bons. A commencer par Christian Clavier, pratiquement dans chaque plan, qui n’en fait pas des tonnes. Carole Bouquet en épouse dépressive et Rossy de Palma en femme de ménage sont également à la hauteur. Les ingrédients sont donc de bonne qualité, mais la sauce ne prend pas vraiment. Pas désagréable, mais pas indispensable.

    2 étoiles. « Une heure de tranquillité ». C8, mardi 21 mai, 21h00.

    5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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  • Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie

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    957813CF-27B2-4AA1-855E-D9A0263BD64A.jpeg17 mai 1990 – 17 mai 2019. Il y a 29 ans l’OMS retirait l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Et depuis 14 ans, le 17 mai est la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie afin de commémorer cette avancée pour les droits humains, mais aussi pour se rappeler qu’aujourd’hui encore 73 Etats condamnent l’homosexualité et qu'elle est passible de la peine de mort dans 13 pays. A ce propos, on se rappelle que très récemment le sultan de Brunei, sous la pression internationale, a suspendu la lapidation des homosexuel.le.s.

    De nombreuses et nombreux personnes homosexuelles et transgenres sont victimes dans le monde d’actes d’une violence inouïe pouvant conduire jusqu’à la mort et cela même dans des pays où les droits pour les personnes LGBT (lesbienne, gay, bi, trans) sont reconnus.

    L’évolution des mentalités est lente et chaque pas en direction de l'égalité des droits pour toutes et tous est souvent un combat, même dans des pays où l'acceptation sociale des personnes LGBT est plutôt bonne, comme c'est le cas en Suisse. L'exemple de l'aboutissement du référendum de l'UDF contre l'extension de la norme pénale antiraciste aux actes homophobes en est malheureusement une preuve éclatante, tout comme l'attente interminable pour l'instauration du mariage civil pour toutes et tous.

    C'est en raison de ces lenteurs législatives que la Suisse est classée seulement en 27ème position (en perte de 5 places par rapport à 2018) sur 49 classés de l'index Rainbow Europe avec un score de 29% contre 90% à Malte qui occupe la tête de ce classement. La législation helvétique comporte des manques dans les domaines de l’égalité/non-discrimination, de la famille (pas de mariage égalitaire, restrictions à l’adoption, interdiction de la PMA pour les couples de femmes), de la protection contre les actes homophobes et transphobes, de l’autodétermination des personnes trans* et dans la politique d’asile.

    C'est pourquoi la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie est une nécessité. Elle rappelle non seulement que vivre en tant qu'homosexuel.le ou trans* est trop souvent un combat de tous les jours pour être soi-même, parfois même au risque de sa vie, mais qu'aussi en matière d'égalité des droits il y a encore bien du chemin à parcourir, notamment en Suisse où il y a un sérieux retard.

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  • « Les Crevettes pailletées » : pour le pire et le meilleur (et 6 films à l’affiche)

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    IMG_6369.jpgInspiré de la véritable équipe de water-polo gay dont est membre le co-réalisateur Cédric Le Gallo, le film a pour ambition, selon ses deux metteurs en scène, de défendre les valeurs de liberté, de droit à la différence et à l’outrance et de faire triompher la légèreté sur la gravité de la vie. Pas étonnant par conséquent que « Les Crevettes pailletées » partent dans tous les sens, pour le pire et le meilleur.

    Commençons par le pire. Les clichés sur les gays sont légions, mais aussi sur les lesbiennes : le match entre « Les Crevettes pailletées » et « Les Déménageuses » est de mauvais goût. Certains gags sont exploités jusqu’à ne plus avoir envie de rire du tout, à l’image de celui du tatouage de l’anus qui finit par être vulgaire ou encore de l’interminable scène de débauche à la piscine. Quant au niveau des acteurs, il est loin d’être homogène. L’impression qu’ils sont en roue libre et donc pas ou peu dirigés par les réalisateurs domine. Enfin, le scénario, à l’exception de la fin, est cousu de fil blanc et fait beaucoup référence à « Priscilla, folle du désert » ou encore au « Grand Bain ».

    Passons à présent au meilleur. « Les Crevettes pailletées » est une comédie et, à ce titre, des personnages poussés jusqu’à la caricature, ça n’a rien de surprenant et ça peut faire rire. Et tel est bien le cas, surtout dans la première partie, mais avec les réserves émises plus haut sur l’accumulation exagérée des clichés. Mais, heureusement, plus le film avance et plus le côté attachant et touchant des personnages et leur droit à la différence est mis en avant. On sourit alors plus qu’on rit et on est même ému dans une scène finale inattendue qui trouve le bon équilibre pour mettre en avant les valeurs que les réalisateurs souhaitaient défendre.  

    En conclusion, un film qui est constamment à la limite de la sortie de route, voilà qui est bien normal pour un road-movie, mais qui l’évite le plus souvent grâce à ses personnages certes trop caricaturaux, mais également attachants et touchants. (2.5 étoiles)

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  • « Nous finirons ensemble » : les illusions perdues (et 6 films à l’affiche)

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    IMG_6362.jpgAller voir la suite d’un film qu’on a aimé a de grandes chances de décevoir. Il est rare, en effet, que le second volet soit à la hauteur du premier. Et dans ce cas précis, on se demande comment vont se passer les retrouvailles, huit ans plus tard, avec les potes de Max, le toujours aussi excellent François Cluzet.

    Déprimé, Max tente de se ressourcer dans sa maison au bord de mer avec sa nouvelle compagne. Sa bande d’amis, qu’il n’a pas vu depuis plus de trois ans, débarque pour lui faire une surprise à l’occasion de son soixantième anniversaire. Et le moins que l’on puisse écrire est que l’accueil est glacial. Les relations et les situations des uns et des autres ont bien changé au cours de ces dernières années et il n’est plus question pour Max de faire semblant. Il est donc temps de se dire ses quatre vérités et de voir si après cela il est encore possible de finir ensemble.

    A la lecture de ce synopsis, on aura compris que le ton est plus grave dans cette suite. Guillaume Canet a voulu que « Nous finirons ensemble » soit plus cynique. Le réalisateur fait un état des lieux plutôt morose, une partie des potes de la bande ayant perdu leurs illusions. Mais ce n’est pas pour autant que le film est déprimant.

    En effet, on rit souvent, mais un peu plus jaune, et on est touché par « ces personnages imparfaits, enfermés dans leurs problèmes », selon la définition de Guillaume Canet, qui vont malgré tout essayer de surmonter tous ensemble les blessures du passé. Evidemment, c’est sans doute plus facile de le faire dans un endroit idyllique et quand l’argent n’est pas un problème aussi important qu’il en a l’air, faiblesse certaine d’un scénario qui évacue un peu facilement cette problématique.

    En résumé, si on retrouve dans cette suite une bonne partie des ingrédients qui ont fait le succès des « Petits mouchoirs », il est à ce propos nettement préférable d’avoir bien en tête le premier volet pour mieux apprécier certaines situations, certains regards, certains gestes, ils sont plutôt intelligemment recyclés. Certes, tout n’est pas parfait, notamment l’apparition du personnage joué par José Garcia qui n’apporte pas grand-chose à l’histoire et une fin un peu trop facile, mais il n’en demeure pas moins que l’on passe un bon moment. (3 étoiles) 

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