08/09/2017

« Petit Paysan » : un premier film réussi (et 9 autres films à l’affiche)

Petit Paysan.jpgPierre a la trentaine et toute sa vie est organisée autour de ses vaches, à tel point d’ailleurs qu’il en rêve la nuit et que le veau qui vient de naître a sa place au salon. Ses relations se résument à celles qu’il a avec sa sœur vétérinaire et avec ses parents dont il a repris l’exploitation. Sa mère a beau essayer de forcer le destin pour faire entrer la boulangère dans la vie de Pierre, rien n’y fait, les vaches ont toute son attention. Alors, quand il va découvrir que l’une de ses bêtes est infectée par une maladie contagieuse, il ne va pas hésiter, pour sauver son troupeau, à enfreindre les règles et accumuler les mensonges dans ce qui ressemble fort à une fuite en avant.

Hubert Charuel, dont c’est le premier long-métrage, est lui-même fils de paysan. Il avait dix ans quand la crise de la vache folle s’est déclarée. La tension qui régnait à l’époque chez les éleveurs l’a beaucoup marquée et l’a inspiré pour le film tourné dans la ferme de ses parents. Ce n’est donc pas un hasard si « Petit paysan » a un côté film documentaire renforcé par le fait que les acteurs ne sont pas tous professionnels. Il n’y a là rien de bien gênant, même si du coup la réalisation et la mise en scène ne font pas preuve d’une folle originalité.

Le spectateur est donc plongé dans le monde de Pierre, avec une caméra qui filme le plus souvent en gros plans, et partage avec lui ses angoisses en étant prêt à lui pardonner des actes pourtant répréhensibles. Porté par Swan Arlaud, absolument formidable, et Sara Giraudeau (fille de Bernard Giraudeau et d’Anny Duperey), « Petit Paysan » est un film sensible, touchant, parfois drôle, virant au thriller agricole avec un vrai suspense dans sa deuxième partie. Un premier film réussi (3 étoiles).

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « L’ordre divin ». "En 1971, le monde était en pleine mutation, mais ici en Suisse, le temps semblait s'être arrêté." Le contraste avec le générique est saisissant et donne immédiatement le ton du film: Nora et ses amies vont devoir soulever des montagnes pour lutter contre cette société patriarcale et machiste qui est à la veille de décider si elle donnera le droit de vote et d'éligibilité aux femmes. Pour raconter les semaines qui précèdent cette votation qui deviendra historique, le film de la réalisatrice Petra Volpe reconstitue à la perfection cette ambiance du début des années septante de cette Suisse fermée sur elle-même: décors, costumes, coiffures, mœurs, attitudes de la gente masculine, tout y est. C'est à la fois jouissif et consternant de voir où en étaient les droits des femmes au niveau national il y a seulement 45 ans. Le film est d'ailleurs à l'image de ce constat, puisqu'il comporte des scènes franchement drôles et tendres qui alternent avec d'autres où l'on rit jaune, voire où l'on pleure de tristesse ou de joie. "L'ordre de divin" est très bien écrit que ce soit au niveau de son scénario ou de ses personnages auxquels on s'attache rapidement. Il faut dire que la distribution est excellente et donne toute sa crédibilité au film. A voir absolument.

4 étoiles. « 120 battements par minute ». Paris début des années 90, l’épidémie du sida fait des ravages, tout particulièrement dans la communauté homosexuelle, dans une indifférence quasi générale. Les militants d’Act Up multiplient les actions coup de poing pour attirer l’attention des pouvoirs publics et des pharmas sur le drame qui se joue sous leurs yeux et dont ils ne mesurent pas l’ampleur par ignorance, parce qu’ils se voilent la face ou encore par calcul. La première partie du film, qui donne une grande place aux réunions hebdomadaires et aux actions est absolument remarquable aussi bien au niveau des contenus que de la manière dont elles sont mises en scène. Du grand cinéma. Et puis, il y a au milieu de ce tourbillon militant la relation amoureuse entre Sean, dont la santé décline semaine après semaine, et Nathan, qui a échappé à l’infection. Leur relation illustre par deux destins individuels le combat qu’Act Up a mené pour l’ensemble de la collectivité. Si la romance entre Sean et Nathan, les deux acteurs sont exceptionnels, tire vers la fin un peu trop en longueur et vers le mélo, seul reproche que l’on peut faire au film, elle est autrement drôle, sensuel, d’une très grande complicité, pleine d’espoir malgré tout, bouleversante, tragique. Bref, belle, tout simplement.

4 étoiles. « Les proies ». 1864. La guerre de Sécession fait rage. Dans le Sud, une jeune fille découvre en cueillant des champignons dans la forêt un soldat nordiste blessé. Elle décide de l’aider à rejoindre le pensionnat dans lequel elle vit avec cinq autres femmes d’âge différent, dont la directrice et une enseignante, afin qu’il puisse être soigné. Cette présence masculine, qui plus est ennemie, va petit à petit déclencher des tensions de plus en plus fortes entre les pensionnaires. « Les proies » est quasiment un huis clos qui régale l’œil : les images, les décors, les costumes, la lumière, magnifiques éclairages à la bougie, la photographie sont superbes. La mise en scène de Sofia Coppola, récompensée au dernier Festival de Cannes, est d’une très grande précision avec comme conséquence que la tension augmente imperceptiblement quand bien même les événements qui se déroulent au sein du pensionnat ne sont finalement pas si nombreux. Alors que dans la version de Don Siegel de 1971, le soldat était très clairement le prédateur, dans le film de Sofia Coppola, la notion de proie est beaucoup plus floue. Les actrices, toutes excellentes, le démontrent d’ailleurs à merveille dans leur jeu subtil, tout particulièrement dans le dernier tiers du film sous très haute tension. Un film à la beauté glaçante.

4 étoiles. « Dunkerque ». Mai 1940. 400 000 soldats anglais sont pris en tenaille entre la mer du Nord et l’armée allemande sur les plages de Dunkerque. Pour éviter un massacre à grande échelle et rapatrier les troupes de sa Majesté, il va falloir compter sur les troupes françaises, sur la Royal Air Force et enfin sur la flotte militaire et…civile anglaise. Pour raconter cet épisode de la seconde guerre mondiale, Christopher Nolan, le réalisateur, entre autres, de la trilogie Batman, d’Inception et d’Interstellar, a pris trois angles d’attaque avec des espaces-temps différents qui se rejoindront à la fin du film : une semaine pour les événements qui se déroulent sur terre, un jour pour ceux qui ont lieu sur mer et une heure pour ceux qui ont comme décor le ciel. Il n’y a pas de temps mort dans « Dunkerque » et très peu de dialogues. Le film met en scène, sans hémoglobine, avec brio, et par moments émotion, ces soldats pris au piège sur terre et sur mer, le danger venant en premier lieu du ciel. A ce propos, les combats aériens sont à couper le souffle. « Dunkerque » est un blockbuster, mais avec toutefois l’ambition d’être également un film d’auteur. Ambition réussie grâce à une maîtrise technique époustouflante, une mise en scène qui ne laisse rien au hasard, une narration originale et, pour couronner le tout, une très belle distribution.

3 étoiles. « La Planète des Singes – Suprématie ». Dans le volet final de cette trilogie, César, leur chef, doit défendre les Singes contre une armée humaine prête à tout pour les exterminer. De l’issue de cet affrontement dépendra non seulement la survie de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète. A la lecture de ce synopsis, on pouvait s’attendre à un troisième épisode violent et sanglant. Or, « La Planète des Singes – Suprématie » est avant tout un film sombre qui donne une large place aux démons intérieurs de ses personnages principaux. Cette approche psychologique intéressante a pourtant son revers de la médaille : elle ralentit par moment trop l’action. En effet, si le début du film est très réussi, son milieu connaît un sacré coup de mou, y compris du point de vue du scénario. Heureusement, la dernière partie est un bon équilibre entre psychologie et action. Dommage donc que « La Planète des Singes – Suprématie » pêche par sa longueur (2h20) et quelques invraisemblances scénaristiques, car autrement c’est un film de qualité : les effets spéciaux sont toujours aussi bluffants, les décors, la photographie, la bande-son et bien évidemment la mise en scène sont remarquables.

3 étoiles. « Baby Driver ». Baby a une dette envers un grand patron du crime qu’il doit rembourser en mettant ses qualités de conducteur hors du commun au service de braqueurs de banque. Pour être le meilleur dans son domaine, il roule au rythme endiablé de sa propre playlist, un comportement qui cache un drame vécu dans son enfance. Le jour où il rencontre la fille de ses rêves, Baby cherche à mettre un terme à ses activités criminelles. Mais pas facile de se faire oublier du milieu quand on possède des qualités comme les siennes. Film d’action avec des courses poursuite, spécialement la première qui vaut le déplacement à elle toute seule, très spectaculaires, « Baby Driver » tient la route, notamment grâce à une bande-son omniprésente qui joue un rôle à part entière. Alors, certes, le scénario n’est pas d’une folle originalité et l’histoire d’amour est franchement nunuche à tel point qu’on se demande s’il ne faut pas la prendre au second degré, à l’image des gangsters qui sont des caricatures d’eux-mêmes. Divertissant.

3 étoiles. « The Circle ». Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant du monde. Elle va petit à petit gravir les échelons au sein de l’entreprise et en devenir une figure emblématique en permettant aux internautes de suivre sa vie en direct grâce à une caméra branchée sur elle en permanence. Cela ne sera pas sans conséquence pour elle-même, pour ses proches et pour ses patrons. Le sujet est d’une brûlante actualité et interpelle sur les limites à ne pas dépasser en matière de protection de ses données personnelle et donc de sa sphère privée. A ce propos, quelques scènes du film font froid dans le dos. Et les nombreux commentaires des internautes incrustés font rire jaune au même titre que le cynisme du big boss de l’entreprise ou encore la fin plutôt réussie. Certes, « The Circle » démarre un peut trop lentement et sa facture est très classique. Il ne creuse pas assez son passionnant sujet, à l’image des seconds rôles insuffisamment développés et exploités, mais il est plutôt efficace, se laisse voir sans déplaisir et fait quand même réfléchir un peu. Pas si mal pour un film estival.

2 étoiles. « Atomic Blonde ». L’agent Lorraine Broughton est une espionne anglaise qui doit se rendre à Berlin la semaine précédent la chute du mur de Berlin pour récupérer avant d’autres une liste où figurent les noms de nombreux espions. Il y a bien évidemment parmi eux une taupe qui n’est pas celle ou celui que l’on croit. « Atomic Blonde » possède un rythme effréné, ce qui a pour conséquence qu’on ne voit pas le temps passé, et est filmé comme un clip géant des années 80 avec une musique omniprésente. Les scènes de combat au corps à corps, fort bien mises en scènes et en musique et esthétiquement réussies, sont nombreuses, violentes et sanglantes. Des filtres caméra donnent à de nombreuses scènes une ambiance de boîte de nuit, le tout sur un fond d’hémoglobine dominant. Charlize Theron se glisse sans problème dans le rôle de cette espionne à qui rien ni personne ne résistent, à tel point qu’on en oublierait presque les nombreuses invraisemblances du scénario et les méchants qui ont de la peine à mourir après avoir pourtant reçu, liste non exhaustive, des balles, des coups de couteau ou de tire-bouchon.. Réservé aux amatrices et amateurs du genre.

2 étoiles. «Spider-Man : Homecoming ». Le célèbre héros a désormais 15 ans (!), avec ses problèmes d’adolescent pubère pas intéressants pour deux sous, l’occasion de tout recommencer avec un mentor qui se nomme Iron Man bien décidé à ne pas (trop) faciliter la vie de l’apprenti Homme-Araignée pour devenir un Avenger à part entière. Cette troisième renaissance de Spider-Man est à la hauteur concernant les effets spéciaux et quelques scènes d’action sont réussies. Il y a aussi parfois de quoi arracher quelques sourires. Mais ce super-héros-apprenti-qui-se-cherche, avec pourtant une combinaison qui ressemble à s’y méprendre à l’armure d’Iron Man, met à mal la légende de l’Homme-Araignée et finit même par agacer. On peut également ajouter qu’il y a un sacré coup de mou au milieu du film, heureusement le dernier tiers est plus réussi. Ce « teen movie » plaira donc sans doute au public adolescent à qui il est destiné, les plus âgés risquant fort d’être déçus par ce bébé-araignée qui, on l’espère, aura pris de la maturité lors de son retour d’ores et déjà annoncé sur les écrans en 2019.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

06/09/2017

Prévoyance 2020 : principe de précaution ou de réalité ?

On nous dit que Prévoyance 2020 est le fruit d’un compromis. Et on nous promet l’apocalypse si le « paquet » est refusé le 24 septembre. On nous avait dit la même chose pour la récente votation sur RIE 3, soit dit en passant.

Un compromis qui est attaqué aussi bien sur sa droite que sur sa gauche en est-il encore un ? Il est vrai que ça s’est joué à une voix près au Parlement. Il n’empêche, le peuple suisse va devoir dire « oui » ou « non » à une question complexe aux répercussions très différentes selon son âge, son sexe et sa situation professionnelle et privée. Il y a d’ailleurs fort à parier que bon nombre de citoyennes et citoyens prendront leur décision en fonction de considérations personnelles, ce qui est bien compréhensible sur une question qui nous concerne potentiellement toutes et tous.

Question complexe que l’on pourrait toutefois résumer de la manière suivante :

Faut-il appliquer le principe de précaution (si on ne fait rien, on va droit dans le mur, cette réforme est équilibrée, elle augmente la rentre AVS de 70 francs par mois pour les nouveaux retraités, elle ouvre plus facilement la porte au 2ème pilier,  il y a certes des sacrifices, mais ils sont bien répartis et de toute façon si on ne fait rien ce sera pire après, la retraite à 67 ans nous est promise encore faudrait-il que le peuple qui aura le dernier mot soit d’accord) ou le principe de réalité (augmenter l’âge de la retraite des femmes alors que l’égalité salariale n’est toujours pas réalisée, crier au loup alors que l’AVS était bénéficiaire en 2016, abaisser le taux de conversion du 2ème pilier de 6,8 à 6%, allonger la durée de la vie active puisqu’il ne sera plus possible d’avoir une rente du 2ème pilier avant 62 ans au lieu de 58 actuellement, « donner » 70 francs à des futurs rentiers qui n’en ont pas besoin, augmenter les cotisations du deuxième pilier et la TVA) ?

Principe de précaution ou de réalité ? Au peuple de décider le 24 septembre.

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03/09/2017

« Les proies » : beau et glaçant (et 8 autres films à l’affiche)

Les proies.jpgExpérience intéressante que de voir la version 2017 de « Les proies », puis d’enchaîner avec celle de 1971, sans s’ennuyer une seconde, à la recherche des similitudes et des différences.

1864. La guerre de Sécession fait rage. Dans le Sud, une jeune fille découvre en cueillant des champignons dans la forêt un soldat nordiste blessé. Elle décide de l’aider à rejoindre le pensionnat dans lequel elle vit avec cinq autres femmes d’âge différent, dont la directrice et une enseignante, afin qu’il puisse être soigné. Cette présence masculine, qui plus est ennemie, va petit à petit déclencher des tensions de plus en plus fortes entre les pensionnaires.

« Les proies » est quasiment un huis clos qui régale l’œil : les images, les décors, les costumes, la lumière, magnifiques éclairages à la bougie, la photographie sont superbes. La mise en scène de Sofia Coppola, récompensée au dernier Festival de Cannes, est d’une très grande précision avec comme conséquence que la tension augmente imperceptiblement quand bien même les événements qui se déroulent au sein du pensionnat ne sont finalement pas si nombreux.

Et c’est là toute la force de cette version 2017 moins explicite - le spectateur est partie prenante du film, il a la place pour imaginer ce qui motive les personnages à adopter tel ou tel comportement - plus sombre et plus étouffante que celle de 1971. Elle est aussi moins démonstrative puisque si la guerre est bien présente, elle l’est uniquement en arrière fond par le bruit des canons et la présence le plus souvent suggérée des soldats sudistes. Ils peuvent toutefois à tout moment surgir soit pour mettre en difficulté les pensionnaires soit pour qu’elles leur livre l’ennemi au gré des événements.

Alors que dans le film de Don Siegel, Clint Eastwood était très clairement le prédateur, dans la version de Sofia Coppola, la notion de proie est beaucoup plus floue. Les actrices, toutes excellentes, le démontrent d’ailleurs à merveille dans leur jeu subtil, tout particulièrement dans le dernier tiers du film sous très haute tension. Un film à la beauté glaçante (4 étoiles).

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « L’ordre divin ». "En 1971, le monde était en pleine mutation, mais ici en Suisse, le temps semblait s'être arrêté." Le contraste avec le générique est saisissant et donne immédiatement le ton du film: Nora et ses amies vont devoir soulever des montagnes pour lutter contre cette société patriarcale et machiste qui est à la veille de décider si elle donnera le droit de vote et d'éligibilité aux femmes. Pour raconter les semaines qui précèdent cette votation qui deviendra historique, le film de la réalisatrice Petra Volpe reconstitue à la perfection cette ambiance du début des années septante de cette Suisse fermée sur elle-même: décors, costumes, coiffures, mœurs, attitudes de la gente masculine, tout y est. C'est à la fois jouissif et consternant de voir où en étaient les droits des femmes au niveau national il y a seulement 45 ans. Le film est d'ailleurs à l'image de ce constat, puisqu'il comporte des scènes franchement drôles et tendres qui alternent avec d'autres où l'on rit jaune, voire où l'on pleure de tristesse ou de joie. "L'ordre de divin" est très bien écrit que ce soit au niveau de son scénario ou de ses personnages auxquels on s'attache rapidement. Il faut dire que la distribution est excellente et donne toute sa crédibilité au film. A voir absolument.

4 étoiles. « 120 battements par minute ». Paris début des années 90, l’épidémie du sida fait des ravages, tout particulièrement dans la communauté homosexuelle, dans une indifférence quasi générale. Les militants d’Act Up multiplient les actions coup de poing pour attirer l’attention des pouvoirs publics et des pharmas sur le drame qui se joue sous leurs yeux et dont ils ne mesurent pas l’ampleur par ignorance, parce qu’ils se voilent la face ou encore par calcul. La première partie du film, qui donne une grande place aux réunions hebdomadaires et aux actions est absolument remarquable aussi bien au niveau des contenus que de la manière dont elles sont mises en scène. Du grand cinéma. Et puis, il y a au milieu de ce tourbillon militant la relation amoureuse entre Sean, dont la santé décline semaine après semaine, et Nathan, qui a échappé à l’infection. Leur relation illustre par deux destins individuels le combat qu’Act Up a mené pour l’ensemble de la collectivité. Si la romance entre Sean et Nathan, les deux acteurs sont exceptionnels, tire vers la fin un peu trop en longueur et vers le mélo, seul reproche que l’on peut faire au film, elle est autrement drôle, sensuel, d’une très grande complicité, pleine d’espoir malgré tout, bouleversante, tragique. Bref, belle, tout simplement.

4 étoiles. « Dunkerque ». Mai 1940. 400 000 soldats anglais sont pris en tenaille entre la mer du Nord et l’armée allemande sur les plages de Dunkerque. Pour éviter un massacre à grande échelle et rapatrier les troupes de sa Majesté, il va falloir compter sur les troupes françaises, sur la Royal Air Force et enfin sur la flotte militaire et…civile anglaise. Pour raconter cet épisode de la seconde guerre mondiale, Christopher Nolan, le réalisateur, entre autres, de la trilogie Batman, d’Inception et d’Interstellar, a pris trois angles d’attaque avec des espaces-temps différents qui se rejoindront à la fin du film : une semaine pour les événements qui se déroulent sur terre, un jour pour ceux qui ont lieu sur mer et une heure pour ceux qui ont comme décor le ciel. Il n’y a pas de temps mort dans « Dunkerque » et très peu de dialogues. Le film met en scène, sans hémoglobine, avec brio, et par moments émotion, ces soldats pris au piège sur terre et sur mer, le danger venant en premier lieu du ciel. A ce propos, les combats aériens sont à couper le souffle. « Dunkerque » est un blockbuster, mais avec toutefois l’ambition d’être également un film d’auteur. Ambition réussie grâce à une maîtrise technique époustouflante, une mise en scène qui ne laisse rien au hasard, une narration originale et, pour couronner le tout, une très belle distribution.

3 étoiles. « La Planète des Singes – Suprématie ». Dans le volet final de cette trilogie, César, leur chef, doit défendre les Singes contre une armée humaine prête à tout pour les exterminer. De l’issue de cet affrontement dépendra non seulement la survie de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète. A la lecture de ce synopsis, on pouvait s’attendre à un troisième épisode violent et sanglant. Or, « La Planète des Singes – Suprématie » est avant tout un film sombre qui donne une large place aux démons intérieurs de ses personnages principaux. Cette approche psychologique intéressante a pourtant son revers de la médaille : elle ralentit par moment trop l’action. En effet, si le début du film est très réussi, son milieu connaît un sacré coup de mou, y compris du point de vue du scénario. Heureusement, la dernière partie est un bon équilibre entre psychologie et action. Dommage donc que « La Planète des Singes – Suprématie » pêche par sa longueur (2h20) et quelques invraisemblances scénaristiques, car autrement c’est un film de qualité : les effets spéciaux sont toujours aussi bluffants, les décors, la photographie, la bande-son et bien évidemment la mise en scène sont remarquables.

3 étoiles. « Baby Driver ». Baby a une dette envers un grand patron du crime qu’il doit rembourser en mettant ses qualités de conducteur hors du commun au service de braqueurs de banque. Pour être le meilleur dans son domaine, il roule au rythme endiablé de sa propre playlist, un comportement qui cache un drame vécu dans son enfance. Le jour où il rencontre la fille de ses rêves, Baby cherche à mettre un terme à ses activités criminelles. Mais pas facile de se faire oublier du milieu quand on possède des qualités comme les siennes. Film d’action avec des courses poursuite, spécialement la première qui vaut le déplacement à elle toute seule, très spectaculaires, « Baby Driver » tient la route, notamment grâce à une bande-son omniprésente qui joue un rôle à part entière. Alors, certes, le scénario n’est pas d’une folle originalité et l’histoire d’amour est franchement nunuche à tel point qu’on se demande s’il ne faut pas la prendre au second degré, à l’image des gangsters qui sont des caricatures d’eux-mêmes. Divertissant.

3 étoiles. « The Circle ». Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant du monde. Elle va petit à petit gravir les échelons au sein de l’entreprise et en devenir une figure emblématique en permettant aux internautes de suivre sa vie en direct grâce à une caméra branchée sur elle en permanence. Cela ne sera pas sans conséquence pour elle-même, pour ses proches et pour ses patrons. Le sujet est d’une brûlante actualité et interpelle sur les limites à ne pas dépasser en matière de protection de ses données personnelle et donc de sa sphère privée. A ce propos, quelques scènes du film font froid dans le dos. Et les nombreux commentaires des internautes incrustés font rire jaune au même titre que le cynisme du big boss de l’entreprise ou encore la fin plutôt réussie. Certes, « The Circle » démarre un peut trop lentement et sa facture est très classique. Il ne creuse pas assez son passionnant sujet, à l’image des seconds rôles insuffisamment développés et exploités, mais il est plutôt efficace, se laisse voir sans déplaisir et fait quand même réfléchir un peu. Pas si mal pour un film estival.

2 étoiles. « Atomic Blonde ». L’agent Lorraine Broughton est une espionne anglaise qui doit se rendre à Berlin la semaine précédent la chute du mur de Berlin pour récupérer avant d’autres une liste où figurent les noms de nombreux espions. Il y a bien évidemment parmi eux une taupe qui n’est pas celle ou celui que l’on croit. « Atomic Blonde » possède un rythme effréné, ce qui a pour conséquence qu’on ne voit pas le temps passé, et est filmé comme un clip géant des années 80 avec une musique omniprésente. Les scènes de combat au corps à corps, fort bien mises en scènes et en musique et esthétiquement réussies, sont nombreuses, violentes et sanglantes. Des filtres caméra donnent à de nombreuses scènes une ambiance de boîte de nuit, le tout sur un fond d’hémoglobine dominant. Charlize Theron se glisse sans problème dans le rôle de cette espionne à qui rien ni personne ne résistent, à tel point qu’on en oublierait presque les nombreuses invraisemblances du scénario et les méchants qui ont de la peine à mourir après avoir pourtant reçu, liste non exhaustive, des balles, des coups de couteau ou de tire-bouchon.. Réservé aux amatrices et amateurs du genre.

2 étoiles. «Spider-Man : Homecoming ». Le célèbre héros a désormais 15 ans (!), avec ses problèmes d’adolescent pubère pas intéressants pour deux sous, l’occasion de tout recommencer avec un mentor qui se nomme Iron Man bien décidé à ne pas (trop) faciliter la vie de l’apprenti Homme-Araignée pour devenir un Avenger à part entière. Cette troisième renaissance de Spider-Man est à la hauteur concernant les effets spéciaux et quelques scènes d’action sont réussies. Il y a aussi parfois de quoi arracher quelques sourires. Mais ce super-héros-apprenti-qui-se-cherche, avec pourtant une combinaison qui ressemble à s’y méprendre à l’armure d’Iron Man, met à mal la légende de l’Homme-Araignée et finit même par agacer. On peut également ajouter qu’il y a un sacré coup de mou au milieu du film, heureusement le dernier tiers est plus réussi. Ce « teen movie » plaira donc sans doute au public adolescent à qui il est destiné, les plus âgés risquant fort d’être déçus par ce bébé-araignée qui, on l’espère, aura pris de la maturité lors de son retour d’ores et déjà annoncé sur les écrans en 2019.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire