26/11/2017

« Le Brio » : une belle confrontation (et 8 autres films à l’affiche)

Le Brio.jpgYvan Attal, le réalisateur, qualifie « Le Brio » de « dramedy », à savoir un film dans lequel on rit principalement grâce aux dialogues, mais qui est aussi censé toucher et questionner le spectateur. Une définition qui correspond fort bien au film qui est à la fois drôle, léger, émouvant, mais également sérieux dans les thèmes abordés : différences sociales, racisme, sexisme, enfermement ou encore difficultés à vaincre les a priori.

Neïla Salah a grandi dans la banlieue et aimerait devenir avocate. Inscrite dans une université parisienne réputée, elle va être confrontée dès le premier jour à Pierre Mazard, professeur de droit cynique et coutumier de provocations et dérapages plus que limites. Sous la menace d’un renvoi de l’université, il va alors, pour tenter de se racheter une conduite, prendre sous son aile, à son cœur défendant, Neïla pour la préparer au concours d’éloquence.

« Le Brio » s’appuie sur un schéma cinématographique bien connu, à savoir la confrontation entre deux personnages que tout oppose, mais qui vont petit à petit s’apprivoiser avec des hauts et des bas. En cela, il n’est pas très original et le scénario n’évite pas toujours l’écueil de la facilité et de certains clichés, comme par exemple avec la scène finale décevante.

Mais ce défaut n’est de loin pas rédhibitoire, car les dialogues sont très bien écrits, ce qui est quand même mieux pour un film qui parle de l’art de la rhétorique. Ils sont également fort bien interprétés par Daniel Auteuil, au mieux de sa forme dans un rôle de professeur qu’on adore détester, et par Camélia Jordana, plus connue jusqu’ici en tant que chanteuse, qui lui donne la réplique à la fois avec de l’aplomb, mais aussi avec une grande finesse. La mise en scène, plutôt inventive pour éviter au spectateur de se lasser de ces joutes verbales, et de l’émotion bien dosée font de « Le Brio » un film tout à fait recommandable. (4 étoiles).

Toujours à l’affiche

4 étoiles. « Borg / McEnroe ». Celles et ceux qui ont vu à la télévision en 1980 la finale de Wimbledon entre Borg et McEnroe se souviennent de la tension exceptionnelle qui régnait durant le match en général et durant le tie-break d’anthologie qui a conclu le quatrième set en particulier. Ce jeu décisif symbolise à lui tout seul le film : un combat non seulement face à l’adversaire, mais également, et surtout, un combat face à soi-même pour ne pas céder à ses démons que l’un, Borg, a enfoui au plus profond de lui-même au risque d’imploser si la machine à gagner s’enraille, et l’autre, McEnroe, prêt à exploser à la moindre erreur d’arbitrage ou à une mauvaise réaction du public. Tous les éléments sont donc réunis pour faire de ce face à face un film sous haute tension. Elle est palpable du début à la fin et le fait de connaître ou non à l’avance le vainqueur de ce bras de fer n’enlève rien au suspense grâce à un très bon montage, une excellente alternance entre les moments de jeu et ceux plus intimes, une musique qui souligne juste ce qu’il faut la tension et à des acteurs très crédibles dans leur rôle. Un drame « psycho sportif » réussi.

4 étoiles. « Au revoir là-haut ». Edouard Péricourt et Albert Maillard se sont connus dans les tranchées de la première guerre mondiale sous le commandement de l’ignoble lieutenant Pradelle. Edouard, dessinateur de talent, est gravement blessé au visage lors d’une bataille peu avant l’armistice. Albert, à qui Edouard a sauvé la vie juste avant sa blessure, va alors faire tout son possible pour soutenir son ami au plus mal physiquement et moralement jusqu’au jour où Edouard a l’idée de monter une arnaque aux monuments aux morts qui va déclencher des rebondissements en cascade. « Au revoir là haut » est un film de grande qualité grâce à son scénario - qui mêle comédie, tragédie et poésie - son esthétisme, sa lumière, ses décors, sa mise en scène, ses masques magnifiques, qui permettent à Edouard le défiguré d’exprimer ses sentiments, sa créativité et bien évidemment ses personnages qui ne laissent pas indifférents qu’ils soient du côté des « gentils » ou des « méchants ». Mis à part quelques longueurs par-ci, par-là qui font parfois retomber l’émotion, « Au revoir là haut » est un film magnifique aussi bien du point de vue du fond, d’une grande actualité malgré que l’action se passe il y a un siècle, que de celui de la forme très réussie.

4 étoiles. « Confident royal ». En 1887, la Reine Victoria en fin de règne fait la connaissance d’un serviteur indien, Abdul Karim. Venu du « sous-continent », colonialisé par les Britanniques, pour remettre de manière folklorique un présent à la souveraine à l’occasion de son jubilé d’or pour ses 50 ans de règne, Abdul va rapidement côtoyer de très près la reine tombée sous son charme pour le plus grand désespoir de la Maison royale. Sous ces airs plutôt légers, les situations comiques sont nombreuses, « Confident royal » aborde pourtant des thèmes qui sont toujours d’actualité sur les différences sociales, religieuses ou d’origine. Ce duo qui a construit une complicité hautement improbable dans la réalité, la reproduit à l’écran grâce au talent reconnu de Judi Dench, mais aussi à celui d’Ali Sazal qui rend crédible le fait que la reine Victoria soit tombé sous son charme. Si l’on peut reprocher au film d’être un peu répétitif sur la longueur et de laisser sur sa faim le spectateur sur la suite de la vie d’Abdul après cet épisode « victorien », il convient de souligner que « Confident royal » allie divertissement et réflexion avec subtilité. Et c’est déjà beaucoup.

4 étoiles. « Le sens de la fête ». Depuis le succès colossal de « Intouchables », les films des réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache sont très attendus et « Le sens de la fête » ne déçoit pas. L’histoire de Max, organisateur de fêtes que l’on suit pendant 24 heures, durant lesquelles toutes les tuiles possibles et inimaginables vont lui tomber dessus à l’occasion d’un mariage organisé dans un château du 17ème siècle, est en effet dans l’ensemble très réussie. Jean-Pierre Bacri est tout simplement exceptionnel. Omniprésent, il est à la fois drôle, ironique, caustique, jaloux, bougon, tendre, émouvant, touchant, excédé, désabusé, liste non exhaustive, dans son rôle de chef d’une équipe qui compte en son sein bien des bras cassés. Il est entouré par une distribution au diapason. Le film est bien écrit, avec tout de même quelques invraisemblances, et les dialogues sont souvent jouissifs. Il a également du rythme malgré une petite baisse au milieu. Il y a des scènes à pleurer de rire et d’autres émouvantes, à l’image d’une fin très réussie. « Le sens de la fête » est une comédie humaine, certes pleine de bons sentiments, pétillante comme du champagne et ça fait du bien !

3 étoiles : « Kingsman : le cercle d’or ». Les espions britanniques en costume trois pièces héritiers des James Bond période Roger Moore à l’humour délirant, aux péripéties plus folles les unes que les autres et aux gadgets incroyables sont de retour. Ils vont devoir face à une ennemie déjantée qui veut exercer son pouvoir sur le monde en exerçant un horrible chantage. Dans cette suite de « Kingsman », les éléments qui avaient fait son succès sont toujours bien présents : gadgets, humour très second degré, dérision, clins d’œil à James Bond, scènes d’actions aussi époustouflantes qu’invraisemblables, méchante caricaturale et une distribution de haut vol. En effet, outre les rescapés du premier volet, on retrouve dans cette suite Julianne Moore parfaite dans son rôle de méchante (très) allumée, Jeff Bridges, Channing Tatum, Halle Berry et dans son propre rôle Elton John qui fait preuve d’une sacrée dose de dérision et qui est à hurler de rire. « Kingsman : le cercle d’or » souffre certes de quelques longueurs en raison d’un scénario qui tourne un peu trop en boucle dans la seconde partie, mais cela ne l’empêche pas toutefois d’atteindre l’objectif poursuivi : divertir agréablement.

1 et 3 étoiles. « Epouse-moi mon pote ». Yassine, jeune étudiant marocain, fait la fierté de sa famille qui s’est cotisée pour qu’il puisse faire des études à Paris. Suite à un malheureux concours de circonstances, Yassine rate son examen et se retrouve dès lors sans statut légal. Pour remédier à cette situation, il se marie avec son meilleur ami Frédéric. Soupçonné par un fonctionnaire d’avoir fait un mariage blanc, ils vont alors devoir s’inventer une vraie vie de couple homosexuel. Pas difficile d’imaginer à partir de ce synopsis que les quiproquos et les situations loufoques vont s’enchaîner avec de nombreux gags parfois très drôles. Ce n’est certes pas un humour subtil, les clichés sont légions et l’histoire est cousue de fil blanc. Pour ce genre de comédie, plus les traits sont grossiers et plus ça fonctionne. Alors oui, bien sûr, avec cet esprit les gays, mais aussi les immigrés, les aveugles, les obèses, les riches émirs du Qatar, etc., sont outrancièrement caricaturés, mais pas de quoi toutefois crier à l’homophobie. Au final, « Epouse-moi mon pote » est un film qui tient ses promesses : stupide (1 étoile) et drôle (3 étoiles).

2 étoiles. « Tout nous sépare ». Tout est dit dans le titre : qu’il y a-t-il de commun entre la bourgeoise Louise qui vit à la campagne dans une grande maison et le jeune Ben dealer habitant la cité aux fréquentations douteuses, voire dangereuses ? Rien. Sauf que la fille de Louise se drogue et qu’elle va malgré elle contribuer à cette rencontre fort improbable. Et c’est là que réside le point faible du film, car si elle est improbable, la manière dont elle va évoluer l’est tout autant. Ceci étant dit, « Tout nous sépare » se laisse pourtant voir sans ennui grâce à la tension qui règne en permanence, au suspense présent pratiquement du début à la fin et aux personnages de Louise et de Ben auxquels on s’attache grâce au charme indéniable de leurs interprètes. « Tout nous sépare » est un film noir qui se situe entre le drame social et le polar. Pas déplaisant, il y a quand même deux ou trois scènes violentes qui peuvent heurter les personnes sensibles, mais pas suffisamment abouti en raison de son scénario peu crédible.

1 étoile. « Blade Runner 2049 ». K est chasseur de réplicants (sorte d’esclaves créés par les humains) récalcitrants et lui-même réplicant, mais avec un supplément d’âme qui lui viendrait des souvenirs qu’on lui a fabriqués. Il a pour mission de chercher et d’éliminer celui ou celle qui apparemment serait né.e de la liaison entre un réplicant et un humain, car si cela se vérifiait alors l’équilibre du monde en serait bouleversé. A partir de ce synopsis, on pourrait imaginer que « Blade Runner 2049 » est un film d’action qui se déroule dans un univers futuriste et qui questionne sur la relation entre les humains et les créatures qu’ils ont créés. Or, sur l’extrême longueur du film (2h45), il doit y avoir un tiers, et encore, d’actions et les questions existentielles sont à peine effleurées. C’est le sentiment d’un vide abyssal qui domine. Les coups de corne de brume exagérément forts qui font office de musique tiennent « heureusement » le spectateur éveillé. Il y a bien un sursaut au moment où Harrison Ford fait enfin son apparition après 1h45 (!) de film. C’est à n’en pas douter le meilleur moment de « Blade Runner 2049 » dont la fin est aussi décevante que le reste.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

24/11/2017

Témoin dans "Dialogai 35"

B90B9F24-4F0B-43A3-929F-C7738757F602.jpegJeudi soir, Dialogai soufflait ses 35 bougies. Son histoire, c’est celle de la communauté homosexuelle masculine genevoise que l’on retrouve dans un livre publié à cette occasion: « Dilaogai 35 » aux éditions Slatkine. Ce superbe ouvrage, magnifiquement mis en page et écrit par Richard Bonjour, contient 35 thématiques et 30 témoignages de femmes et d’hommes qui lui ont raconté leurs liens avec Dialogai. L’auteur du livre précise dans l’avant-propos que « ce recueil n’a ni ambitions théoriques ni prétentions encyclopédiques ». Il est néanmoins une pierre importante à l’édifice de la mémoire en faveur de la lutte pour l’égalité des droits pour toutes et tous, lutte qui d’ailleurs se poursuit.

Je suis fier de faire partie des 30 témoins, car Dialogai a joué un rôle primordial dans mon acceptation de moi-même. J’y ai fait des rencontres décisives qui près de 20 ans plus tard me portent encore aujourd’hui dans mes combats pour l’égalité et la lutte contre les discriminations.

Mon témoignage est à découvrir dans « Dilaogai 35 », mais en voici un extrait: 

(...) Au début des années 2000, Dialogai était incontournable pour se rencontrer, en particulier le célèbre repas du mercredi. C’est là que j’ai fait connaissance de personnes qui militaient pour l'égalité des droits pour les personnes LGBT. Ce que j'aime beaucoup dans le milieu associatif, c'est qu'on y rencontre des personnes qui ne pleurent pas sur leur sort, qui prennent leur destin en main et qui, parce qu’elles sont fières d'être ce qu'elles sont, ont envie de se battre. Dialogai a une grande importance dans ma vie puisque c'est vraiment ce lieu de convivialité qui m'a permis de faire cette transition entre ma vie d'hétérosexuel et ma vie d'homosexuel.

Après il y a eu le grand événement de la Pride 2004 dont l'assemblée constitutive de l’association a eu lieu à Dialogai. J’ai fait partie du comité d'organisation où il y avait toutes les personnes actives dans les associations LGBT genevoises et c'est là que j’ai commencé mon chemin de militant qui m’a conduit à être aujourd’hui le co-président de la Fédération genevoise des associations LGBT, en duo avec Lorena Parini. C'est un chemin qui s’est tracé petit à petit en fait... Après la Pride, j'ai fait partie du Comité genevois pour le OUI au partenariat. Et depuis là, ça n'a jamais cessé. Je suis un militant. Militant politique puisque j’ai siégé au Conseil municipal, puis au Grand Conseil. Militant de l’égalité des droits, j’ai logiquement épousé la cause des personnes LGBT. Mon engagement politique a fait que j'étais une personnalité connue alors j’ai été sollicité par les médias et je suis ainsi devenu, parmi d'autres, un relais politique. (...)

 

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21/11/2017

« Borg / McEnroe » : drame « psycho sportif » réussi (et 7 autres films à l’affiche)

FB677662-C39D-4600-94E6-1AB431809077.jpegCelles et ceux qui ont vu à la télévision en 1980 la finale de Wimbledon entre Borg et McEnroe se souviennent de l’endroit où ils étaient en raison de la tension exceptionnelle qui régnait durant le match en général et durant le tie-break d’anthologie qui a conclu le quatrième set en particulier.

Ce jeu décisif symbolise à lui tout seul le film : un combat non seulement face à l’adversaire, mais également, et surtout, un combat face à soi-même pour ne pas céder à ses démons que l’un, Borg, a enfoui au plus profond de lui-même au risque d’imploser si la machine à gagner s’enraille, et l’autre, McEnroe, prêt à exploser à la moindre erreur d’arbitrage ou à une mauvaise réaction du public.

Ce combat intérieur est bien mis en évidence dans le film grâce à des flashbacks qui expliquent l’ascension des deux joueurs vers le sommet du tennis avec une attention portée plus particulièrement sur Borg qui est le numéro un mondial. Il a tout à perdre s’il ne remporte pas un cinquième succès consécutif à Wimbledon. Il subit dès lors une forte pression. Il est au bord du gouffre, comme le montre ce plan où il est en équilibre sur le rebord de son balcon. Quant à McEnroe, s’il vise certes le trône de Borg, il se doit également de faire en sorte que la qualité exceptionnelle de son tennis soit reconnue avant ses trop nombreux coups de gueule.

Tous les éléments sont donc réunis pour faire de ce face à face un film sous haute tension et force est de constater que tel est bien le cas. Elle est palpable du début à la fin et le fait de connaître ou non à l’avance le vainqueur de ce bras de fer n’enlève rien au suspense grâce à un très bon montage, une excellente alternance entre les moments de jeu et ceux plus intimes, une musique qui souligne juste ce qu’il faut la tension et à des acteurs très crédibles dans leur rôle, avec une mention particulière à Sverrir Gudnason véritable sosie de Borg. Un drame « psycho sportif » réussi. (4 étoiles)

Toujours à l’affiche

4 étoiles. « Au revoir là-haut ». Edouard Péricourt et Albert Maillard se sont connus dans les tranchées de la première guerre mondiale sous le commandement de l’ignoble lieutenant Pradelle. Edouard, dessinateur de talent, est gravement blessé au visage lors d’une bataille peu avant l’armistice. Albert, à qui Edouard a sauvé la vie juste avant sa blessure, va alors faire tout son possible pour soutenir son ami au plus mal physiquement et moralement jusqu’au jour où Edouard a l’idée de monter une arnaque aux monuments aux morts qui va déclencher des rebondissements en cascade. « Au revoir là haut » est un film de grande qualité grâce à son scénario - qui mêle comédie, tragédie et poésie - son esthétisme, sa lumière, ses décors, sa mise en scène, ses masques magnifiques, qui permettent à Edouard le défiguré d’exprimer ses sentiments, sa créativité et bien évidemment ses personnages qui ne laissent pas indifférents qu’ils soient du côté des « gentils » ou des « méchants ». Mis à part quelques longueurs par-ci, par-là qui font parfois retomber l’émotion, « Au revoir là haut » est un film magnifique aussi bien du point de vue du fond, d’une grande actualité malgré que l’action se passe il y a un siècle, que de celui de la forme très réussie.

4 étoiles. « Confident royal ». En 1887, la Reine Victoria en fin de règne fait la connaissance d’un serviteur indien, Abdul Karim. Venu du « sous-continent », colonialisé par les Britanniques, pour remettre de manière folklorique un présent à la souveraine à l’occasion de son jubilé d’or pour ses 50 ans de règne, Abdul va rapidement côtoyer de très près la reine tombée sous son charme pour le plus grand désespoir de la Maison royale. Sous ces airs plutôt légers, les situations comiques sont nombreuses, « Confident royal » aborde pourtant des thèmes qui sont toujours d’actualité sur les différences sociales, religieuses ou d’origine. Ce duo qui a construit une complicité hautement improbable dans la réalité, la reproduit à l’écran grâce au talent reconnu de Judi Dench, mais aussi à celui d’Ali Sazal qui rend crédible le fait que la reine Victoria soit tombé sous son charme. Si l’on peut reprocher au film d’être un peu répétitif sur la longueur et de laisser sur sa faim le spectateur sur la suite de la vie d’Abdul après cet épisode « victorien », il convient de souligner que « Confident royal » allie divertissement et réflexion avec subtilité. Et c’est déjà beaucoup.

4 étoiles. « Le sens de la fête ». Depuis le succès colossal de « Intouchables », les films des réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache sont très attendus et « Le sens de la fête » ne déçoit pas. L’histoire de Max, organisateur de fêtes que l’on suit pendant 24 heures, durant lesquelles toutes les tuiles possibles et inimaginables vont lui tomber dessus à l’occasion d’un mariage organisé dans un château du 17ème siècle, est en effet dans l’ensemble très réussie. Jean-Pierre Bacri est tout simplement exceptionnel. Omniprésent, il est à la fois drôle, ironique, caustique, jaloux, bougon, tendre, émouvant, touchant, excédé, désabusé, liste non exhaustive, dans son rôle de chef d’une équipe qui compte en son sein bien des bras cassés. Il est entouré par une distribution au diapason. Le film est bien écrit, avec tout de même quelques invraisemblances, et les dialogues sont souvent jouissifs. Il a également du rythme malgré une petite baisse au milieu. Il y a des scènes à pleurer de rire et d’autres émouvantes, à l’image d’une fin très réussie. « Le sens de la fête » est une comédie humaine, certes pleine de bons sentiments, pétillante comme du champagne et ça fait du bien !

3 étoiles : « Kingsman : le cercle d’or ». Les espions britanniques en costume trois pièces héritiers des James Bond période Roger Moore à l’humour délirant, aux péripéties plus folles les unes que les autres et aux gadgets incroyables sont de retour. Ils vont devoir face à une ennemie déjantée qui veut exercer son pouvoir sur le monde en exerçant un horrible chantage. Dans cette suite de « Kingsman », les éléments qui avaient fait son succès sont toujours bien présents : gadgets, humour très second degré, dérision, clins d’œil à James Bond, scènes d’actions aussi époustouflantes qu’invraisemblables, méchante caricaturale et une distribution de haut vol. En effet, outre les rescapés du premier volet, on retrouve dans cette suite Julianne Moore parfaite dans son rôle de méchante (très) allumée, Jeff Bridges, Channing Tatum, Halle Berry et dans son propre rôle Elton John qui fait preuve d’une sacrée dose de dérision et qui est à hurler de rire. « Kingsman : le cercle d’or » souffre certes de quelques longueurs en raison d’un scénario qui tourne un peu trop en boucle dans la seconde partie, mais cela ne l’empêche pas toutefois d’atteindre l’objectif poursuivi : divertir agréablement.

1 et 3 étoiles. « Epouse-moi mon pote ». Yassine, jeune étudiant marocain, fait la fierté de sa famille qui s’est cotisée pour qu’il puisse faire des études à Paris. Suite à un malheureux concours de circonstances, Yassine rate son examen et se retrouve dès lors sans statut légal. Pour remédier à cette situation, il se marie avec son meilleur ami Frédéric. Soupçonné par un fonctionnaire d’avoir fait un mariage blanc, ils vont alors devoir s’inventer une vraie vie de couple homosexuel. Pas difficile d’imaginer à partir de ce synopsis que les quiproquos et les situations loufoques vont s’enchaîner avec de nombreux gags parfois très drôles. Ce n’est certes pas un humour subtil, les clichés sont légions et l’histoire est cousue de fil blanc. Pour ce genre de comédie, plus les traits sont grossiers et plus ça fonctionne. Alors oui, bien sûr, avec cet esprit les gays, mais aussi les immigrés, les aveugles, les obèses, les riches émirs du Qatar, etc., sont outrancièrement caricaturés, mais pas de quoi toutefois crier à l’homophobie. Au final, « Epouse-moi mon pote » est un film qui tient ses promesses : stupide (1 étoile) et drôle (3 étoiles).

2 étoiles. « Tout nous sépare ». Tout est dit dans le titre : qu’il y a-t-il de commun entre la bourgeoise Louise qui vit à la campagne dans une grande maison et le jeune Ben dealer habitant la cité aux fréquentations douteuses, voire dangereuses ? Rien. Sauf que la fille de Louise se drogue et qu’elle va malgré elle contribuer à cette rencontre fort improbable. Et c’est là que réside le point faible du film, car si elle est improbable, la manière dont elle va évoluer l’est tout autant. Ceci étant dit, « Tout nous sépare » se laisse pourtant voir sans ennui grâce à la tension qui règne en permanence, au suspense présent pratiquement du début à la fin et aux personnages de Louise et de Ben auxquels on s’attache grâce au charme indéniable de leurs interprètes. « Tout nous sépare » est un film noir qui se situe entre le drame social et le polar. Pas déplaisant, il y a quand même deux ou trois scènes violentes qui peuvent heurter les personnes sensibles, mais pas suffisamment abouti en raison de son scénario peu crédible.

1 étoile. « Blade Runner 2049 ». K est chasseur de réplicants (sorte d’esclaves créés par les humains) récalcitrants et lui-même réplicant, mais avec un supplément d’âme qui lui viendrait des souvenirs qu’on lui a fabriqués. Il a pour mission de chercher et d’éliminer celui ou celle qui apparemment serait né.e de la liaison entre un réplicant et un humain, car si cela se vérifiait alors l’équilibre du monde en serait bouleversé. A partir de ce synopsis, on pourrait imaginer que « Blade Runner 2049 » est un film d’action qui se déroule dans un univers futuriste et qui questionne sur la relation entre les humains et les créatures qu’ils ont créés. Or, sur l’extrême longueur du film (2h45), il doit y avoir un tiers, et encore, d’actions et les questions existentielles sont à peine effleurées. C’est le sentiment d’un vide abyssal qui domine. Les coups de corne de brume exagérément forts qui font office de musique tiennent « heureusement » le spectateur éveillé. Il y a bien un sursaut au moment où Harrison Ford fait enfin son apparition après 1h45 (!) de film. C’est à n’en pas douter le meilleur moment de « Blade Runner 2049 » dont la fin est aussi décevante que le reste.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire