Bonn(y)dée - Page 3

  • Manque de vision

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    D85892C4-EA22-4190-AA71-582A82EFB669.jpegPar deux fois, le Parlement a fait preuve au cours de cette session de son conservatisme et de son manque de vision sur deux sujets de société. Le Conseil des États a voté 7 mesures pour durcir l’accès au service civil. L’objectif de la majorité est limpide : mettre les bâtons dans les roues à ceux qui veulent continuer de servir leur pays, mais autrement. C’est beaucoup plus simple de procéder de cette manière plutôt que de se demander pour quelles raisons de plus en plus de jeunes s’engagent pour un service civil plutôt que militaire, dont un bon tiers d’entre eux après l’école de recrues.

    Quant au Conseil national, il a certes voté en faveur de l’introduction d’un congé-paternité de 2 semaines, mais on ne saurait s’en réjouir, car c’est largement insuffisant. Le peuple aura l’occasion de dire ce qu’il en pense, puisqu’il sera appelé à voter pour un congé-paternité de 4 semaines qui n’a rien de révolutionnaire.

    En effet, la véritable mesure qui permettrait de concilier vie professionnelle et familiale des deux parents serait l’instauration d’un congé parental. Quand on sait que la moyenne d’un congé parental des pays de l’OCDE est de 54 semaines, on mesure mieux le retard de la Suisse dans sa politique familiale.

    A la lumière de ces deux votes, il est à souhaiter que lors des élections du 20 octobre les électrices et électeurs donnent un coup de balai à cette Suisse d’un autre âge !

    Texte publié dans L'édition du Courrier du 19 septembre dans la rubrique des lecteurs.

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  • « Fête de famille » : défaite de famille (et 7 films à l'affiche)

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    IMG_8451.jpgLa journée d’anniversaire d’Andréa, la matriarche, se présente bien jusqu’au moment où sa fille Claire, disparue depuis 3 ans et bien décidée à réclamer ce qui lui est dû, débarque en pleines festivités et va semer une sacrée zizanie.

    Le paradoxe de « Fête de famille » est qu’on ne s’y ennuie pas vraiment, on attend constamment qu’il s’y passe quelque chose, bien que l’histoire soit bien peu crédible. Les relations entre les personnages sonnent en effet faux – comment peut-on passer aussi facilement d’une scène où tout explose pour se retrouver dans celle d’après comme si rien n’était arrivé ? – et les comédiens semblent être le plus souvent les spectateurs du film qu’ils sont en train de jouer, à tel point qu’ils sont en roue libre avec un Vincent Macaigne particulièrement agaçant. Les ressorts scénaristiques tombent le plus souvent à plat comme, par exemple, l’accident de voiture qui apporte juste un peu plus d’hystérie à un film qui n’en a déjà que trop.

    « Fête de famille » tourne en rond et on n’est bien en peine au moment du générique de fin de savoir où le réalisateur a voulu en venir avec cette défaite de famille. (1 étoile)

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  • Du grand au petit écran : « Le sens de la fête » (et 3 autres films)

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    IMG_8448.jpgL’histoire de Max, organisateur de fêtes fatigué par trente ans de service, que l’on suit pendant 24 heures, durant lesquelles toutes les tuiles possibles et inimaginables vont lui tomber dessus à l’occasion d’un mariage organisé dans un château du 17ème siècle, est dans l’ensemble très réussie.

    La scène d’introduction mérite à elle seule le détour et confirme, pour celles et ceux qui en doutaient encore, l’énorme talent de Jean-Pierre Bacri qui est tout simplement exceptionnel. Omniprésent, et le plus souvent filmé caméra à l’épaule ce qui renforce l’impression qu’il est au four et au moulin, il est à la fois drôle, ironique, caustique, jaloux, bougon, tendre, émouvant, touchant, excédé, désabusé, liste non exhaustive, dans son rôle de chef d’une équipe qui compte en son sein bien des bras cassés. Il est entouré par une distribution au diapason dans ce film chorale où chacun a sa place pour le meilleur et pour le pire, comme il se doit bien entendu pour un mariage.

    Le film est bien écrit, avec tout de même quelques invraisemblances, et les dialogues sont souvent jouissifs. Il a également du rythme malgré une petite baisse au milieu, mais celle-ci est en lien avec les événements qui sont suspendus durant la fête suite à gros souci dont on ne parlera pas ici pour ne rien dévoiler. Il y a des scènes à pleurer de rire et d’autres émouvantes, à l’image d’une fin très réussie. « Le sens de la fête » est une comédie humaine, certes pleine de bons sentiments, pétillante comme du champagne et ça fait du bien !

    INEDIT. 4 étoiles. « Le sens de la fête », RTS 1, lundi 16 septembre, 20h45.

    IMG_8350.jpgLa famille Payan est constamment au bord du gouffre. Alors quand celle qui tient tant bien que mal tout son petit monde en équilibre tombe enceinte à 49 ans, la menace d’y tomber définitivement se profile. « Le petit locataire » dresse le portrait d’une famille déjantée, mais sans tomber dans la caricature, et brinquebalante qui veille pourtant, à sa manière, les uns sur les autres. On s’engueule, puis on se réconcilie, avant de recommencer. C’est souvent drôle, parfois même hilarant, vachard sans être toutefois méchant, mais aussi émouvant.

    Malgré son côté « too much », on s’attache à cette famille qui vit simplement et dont on suit les péripéties avec plaisir. Il y a certes des petites baisses de rythme en chemin et des situations un peu trop répétitives, mais l’ensemble tient la route grâce tout particulièrement à une distribution qui mérite tous les éloges. Karin Viard, égale à elle-même, est remarquablement entourée par Philippe Rebbot, qui excelle dans son rôle de mari qui se donne de la peine et en a beaucoup, par Hélène Vincent, qui dans son rôle de grand-mère un peu à l’ouest est à la fois drôle et touchante, et par le reste des comédiens tous à la hauteur. De quoi passer un bon moment, sans se prendre la tête.

    3 étoiles. « Le petit locataire », France 2, dimanche 15 septembre, 21h05.

    IMG_8449.jpgMatthieu a 33 ans. Sa mère n’a jamais voulu lui dire qui était son père. Il finit par le savoir quand un ami de ce dernier l’appelle pour lui apprendre que son géniteur, un Québécois, est décédé et qu’il a un paquet à lui envoyer de sa part. Matthieu décide alors d’aller chercher lui-même à Montréal le colis et de faire ainsi la connaissance de ses deux demi-frères qui ignorent bien évidemment tout de son existence. La réalité qu’il va découvrir sur place n’est pas celle qu’il attendait et son séjour prend une tournure inattendue.

    « Le fils de Jean » fait partie de ces films français que l’on aime aimer. L’histoire est bien écrite et réserve des (jolies) surprises, les dialogues sont percutants. Philippe Lioret, le réalisateur, crée une vraie atmosphère grâce à des décors naturels magnifiques et sa façon de filmer au plus près les personnages qui les rend encore plus attachants.

    Les acteurs sont tous formidables, avec une mention spéciale à Pierre Deladonchamps bouleversant dans son jeu tout en finesse caractérisé par des expressions du visage qui en disent bien plus long que des mots et Gabriel Arcand en médecin bourru qui cache plus ou moins bien ses blessures.

    Et puis, il y a de la délicatesse, de l’humanité et donc de l’émotion. Un facteur de réussite essentiel à ce genre de film qui n’est pas sans rappeler les magnifiques œuvres de Claude Sautet. De l’émotion, mais sans pathos, juste ce qu’il faut pour sortir de la salle de cinéma avec les yeux humides en étant content d’avoir fait le bon choix en visionnant « le Fils de Jean ».

    5 étoiles. « Le fils de Jean ». France 3, jeudi 19 septembre, 21h05.

    IMG_8450.jpg« Pride » est l’histoire vraie d’un groupe militant de gays et lesbiennes qui en 1984, sous l’ère Thatcher, décide de soutenir les mineurs en grève au pays de Galles où quand les minorités s’entraident. Le film raconte cette rencontre improbable, alternant les moments drôles et douloureux, pour la plus grande joie des spectateurs qui apprécient les films qui font la part belle aux émotions. Magnifiquement interprété, « Pride » démontre que l’engagement collectif peut soulever des montagnes et faire évoluer positivement les mentalités. Et ça fait du bien.

    4 étoiles. « Pride », RTS 1, jeudi 19 septembre, 23h50.

    5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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  • La Suisse d’un autre âge

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    Une fois de plus, le Conseil des Etats a fait preuve de son conservatisme et de son manque de vision sur un sujet de société. Par 26 voix contre 11, il a voté 7 mesures pour durcir l’accès au service civil et donc le rendre moins attractif. Voici les principales :

    • Les civilistes feront au moins 150 jours de service. Dès le premier cours de répétition, les militaires accompliront plus de jours que maintenant.
    • Les militaires attendront 1 an après avoir déposé leur demande d’admission. Entre temps, ils continueront leur service.
    • Les militaires qui déposent leur demande en pleine école de recrues devront terminer deux ans plus vite qu’avant leur affectation de 180 jours.
    • Les cadres militaires admis au service civil feront 1,5 fois plus de jours qu’au service militaire contre 1,1 actuellement.
    • Les médecins ne pourront plus faire le service civil à des postes de médecins.

    IMG_8399.jpgA la lecture de cette liste, l’objectif de la majorité est donc limpide : mettre les bâtons dans les roues à ceux qui veulent continuer de servir leur pays, mais autrement. C’est beaucoup plus simple de procéder de cette manière plutôt que de répondre à la « vraie » question, à savoir les raisons pour lesquelles de plus en plus de jeunes s’engagent pour un service civil plutôt que militaire, dont un bon tiers d’entre eux (2264 sur 6205) après l’école de recrues. Il faut ajouter à ce nombre 428 cadres et spécialistes qui « désertent » l’armée en cours de route. On n’est donc pas très loin de la moitié des demandes d’admission au service civil !

    La preuve que l’armée telle qu’elle est organisée aujourd’hui n’est plus adaptée à notre époque avec un temps de service trop long par rapport à ce qu’elle apporte le plus souvent à un jeune, contrairement au service civil, beaucoup plus formateur et où l’on n’est pas traité comme un simple pion. Avec cette réforme, qui doit encore être votée par le Conseil national, en principe lors de la session d’hiver, on peut faire l’hypothèse que de nombreux jeunes seront tentés d’emprunter la voie bleue et ainsi éviter à l’avenir tout service à la collectivité.

    Un bel autogoal qui sera très vraisemblablement combattu par un référendum si le Conseil national emboîte le pas au Conseil des Etats, ce qui serait le cas dans sa composition actuelle, mais peut-être pas dans sa prochaine si les électrices et électeurs donnent un coup de balai à cette Suisse d’un autre âge !

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  • « La vie scolaire » : une bonne copie (et 10 films à l’affiche)

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    IMG_8337.jpg« La vie scolaire » s’inspire de la « vraie » vie avec des moments vécus ou observés par les deux réalisateurs ou des anecdotes qu’on leur a racontées. Avec cette base de départ, ils se sont demandé ce « qu’il pourrait apporter par rapport aux films déjà réalisés sur ce thème. »

    C’est alors que l’idée de se concentrer sur la conseillère principale d’éducation (CPE) s’est imposée, cette fonction étant centrale au sein d’un établissement scolaire. « Entrer dans l’histoire par son biais permettait de connecter les histoires entre elles. Une CPE traite 10 problèmes différents par heure. Elle est en contact avec les parents, les élèves, le personnel administratif, les professeurs », relèvent les deux réalisateurs.

    Samia (Zita Hanrot, formidable) est une jeune CPE qui débute dans le métier. Elle débarque de son Ardèche natale, suite à un problème lié à sa vie privée, dans un collège réputé difficile de la ville de Saint-Denis, dans la banlieue parisienne. Elle est dès la rentrée scolaire confrontée à des problèmes récurrents de discipline, à des élèves guère motivés, à des professeurs qui n’en peuvent plus ou encore à une réalité sociale complexe. Mais elle va également se rendre compte qu’au sein du collège, et même en dehors de celui-ci, il y a une formidable énergie, certes pas toujours utilisée à bon escient, et qu’avoir le sens de l’humour est indispensable.

    Qualifier « La vie scolaire » de « comédie dramatique » est on ne peut plus approprié. Le film fait certes la part belle à l’humour, mais ne met pas pour autant de côté les difficultés auxquelles le personnel scolaire, les élèves et leur famille sont confrontés jour après jour. Les deux réalisateurs ont trouvé une nouvelle fois après « Patients » le bon équilibre entre les deux. Si le résultat est convaincant, c’est aussi grâce à l’excellente performance de l’ensemble des actrices et des acteurs fort bien dirigés. Les jeunes comédiennes et comédiens sont désarmants de naturel avec quelques scènes d’anthologie qui valent le déplacement à elles toutes seules.

    Sur un thème battu et rebattu, « La vie scolaire » réussit pourtant à surprendre en évitant les clichés et les jugements simplistes, à l’image de la scène où une mère est convoquée parce que sa fille n’a pas une tenue correcte et de celle où un père se retrouve devant la CPE parce que son fils danse en classe. Le film fait preuve d’une grande humanité et d’un optimisme certain, mais pas béat. Une bonne copie. (4 étoiles)

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