28/03/2017

Majorité? Quelle majorité?

Décidément, les promesses électorales de Donald Trump ont bien de la peine à se concrétiser. Après le décret sur l'immigration renvoyé à son expéditeur par la justice, voilà que l'abrogation de l'Obamacare a bu la tasse devant la Chambre des représentants des Etats-Unis où les Républicains sont pourtant majoritaires.

Déchirés entre son aile ultraconservatrice, qui en voulait plus, et son aile plus modérée, pour qui c'était déjà trop, les Républicains ont échoué à faire corps devant "leur" président avec comme conséquence pour le premier citoyen des USA de devoir retirer sa réforme de la santé, projet pourtant phare de sa campagne électorale. Et il semblerait que ses ambitions pour réformer le code fiscal prennent le même chemin.

Evidemment, il est un peu tôt pour dire (se réjouir) que la présidence de Donald Trump sera un fiasco, mais force est de constater qu'il y a une énorme différence entre faire des promesses, qui n'engagent que celles et ceux qui y croient, et les appliquer.

Et cela même avec la double majorité, qui n'en est pas vraiment une, à la Chambre des représentants et au Sénat, car entre un Républicain ultraconservateur, plus à droite qu'un UDC, et un modéré, un PDC de centre-droit, il y a un monde que le fantasque Donald Trump aura bien du mal à réunir, surtout avec les élections à mi-mandat, chacune et chacun pensant avant tout à sa réélection plutôt qu'au bilan de la présidence.

Gouverner, n'est pas déclamer (twitter). Gouverner n'est pas flatter le peuple dans le sens du poil. Gouverner n'est pas faire des promesses qui ne pourront être tenues. Gouverner, c'est un équilibre à trouver.

Et l'équilibre se trouve au centre. Imparable. Les Françaises et Français devraient s'en rappeler quand ils choisiront leur président...

 

 

25/03/2017

Heure d'été, retour en hiver

L’heure d’été ne sert à rien du point de vue des économies d’énergie, puisque ce qui est économisé d’un côté, moins d’éclairage le soir, est dépensé d’un autre, plus d’éclairage et de chauffage le matin.

Mais malgré cela, chaque dernier week-end du mois de mars, on perd une heure de sommeil pour la récupérer sept mois plus tard. Pourquoi donc s’entêter à appliquer une mesure qui n’atteint pas le but initialement visé ? Il semblerait que l’argument de pouvoir profiter de plus longues soirées d’été se soit substitué avec le temps à celui des pseudos économies d’énergie. Soit, il est vrai qu’il est agréable de pouvoir profiter d’un bout de journée après le travail en été.

Mais alors, pourquoi faire ce changement aussi tôt dans l’année, le printemps à peine entamé, et nous replonger dans les ténèbres au réveil  avec cette désagréable impression d’un retour en hiver pour deux ou trois semaines ? Ne serait-il dès lors pas plus intelligent d’opérer ce passage à l’heure d’été à la mi-avril et de revenir à l’heure d’hiver à la mi-octobre, ce qui serait plus en phase avec l’horaire de travail de la majeure partie de la population ?

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22/03/2017

"Moonlight": un film rare (et 7 autres films à l'affiche)

FullSizeRender1.jpgLe film qui a coiffé au poteau le favori « La La Land » pour l’Oscar 2017 du meilleur film est enfin sur les écrans genevois. Choix judicieux des votants qui permet de mettre sous les lumières des projecteurs un film d’auteur du cinéma américain indépendant moins grand public, mais qui mérite toute l’attention des cinéphiles.

« Moonlight » raconte l’histoire de Chiron à trois moments-clé de sa vie : son enfance quand il a neuf ans, son adolescence quand il fréquente le collège et enfin sa vie d’adulte une dizaine d’années plus tard. Chiron, surnommé « Little », vit dans un quartier noir très défavorisé de Miami avec une mère toximane. Il se fait harceler par ses camarades parce que son physique, sa démarche ou encore sa manière de jouer au football ne correspondent pas aux « attentes ». Heureusement, il va tomber sur un dealer et son épouse qui vont un temps le protéger. Puis arrive l’adolescence, la confirmation d’une orientation sexuelle différente et une brève expérience avec Kevin, celui qui est son seul ami depuis l’enfance. Mais Kevin ne résistera pas à la pression du groupe et blessera, au propre et au figuré, Chiron que l’on retrouve une dizaine d’années plus tard, sous le pseudonyme de « Black », métamorphosé, en apparence tout du moins.

Malgré son sujet dramatique et des scènes dures, « Moonlight » est un film lumineux grâce au choix du réalisateur Barry Jenkins qui « tenait à dépeindre l’éclat inattendu de ce quartier, surtout lorsqu’il est éclairé par la lumière propre à Miami ». Lumineux également grâce à une distribution de très haut niveau, à commencer pas les trois acteurs qui incarnent Chiron, mais aussi au protecteur de Chiron enfant (Mahershala Ali, Oscar du meilleur second rôle, également à l’affiche de « Les figures de l’ombre ») et à Andre Holland, Kevin adulte.

FullSizeRender.jpgLumineux enfin grâce à quelques scènes d’une beauté et/ou d’une intensité incroyable filmées avec une rare sensibilité dont on se souvient encore bien des jours après avoir vu le film comme, par exemple, celle où « Little » apprend à nager, celle « d’amour » entre Chiron et Kevin sur la plage à la fois pudique et très émouvante ou encore la longue scène finale entre « Black » (Trevante Rhodes) et Kevin qui est du grand art.

« Moonlight » fait partie de ces rares films qui vous donne encore plus de plaisir après la projection : il grandit en vous jour après jour à l’image de son héros dont on suit avec émotion, effroi et empathie la quête d’identité (5 étoiles).

 

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Lion » raconte l’histoire vraie de Saroo, âgé de 5 ans dans les années 80, qui se retrouve seul dans un train qui le conduit à Calcutta, à des milliers de kilomètres de chez lui. Perdu dans cette mégapole, Saroo va survivre comme il peut dans un milieu hostile avant d’être recueilli dans un orphelinat et d’être adopté par un couple d’Australiens. 20 ans plus tard, Saroo pense toujours à sa famille qu’il veut tenter de retrouver à l’aide de ses rares souvenirs et de Google Earth. Le film, six nominations aux Oscars, comporte donc deux parties plus ou moins d’égale longueur. Dans la première, on fait la connaissance d’un enfant de 5 ans espiègle, débrouillard et issu d’un milieu très modeste. Sunny Pawar qui joue le rôle de Saroo enfant est absolument génial. La deuxième partie se concentre sur la quête de Saroo pour retrouver ses racines et les difficultés pour y arriver aussi bien sur un plan opérationnel qu’émotionnel. Si l’on peut reprocher quelques petites longueurs dans cette seconde partie, elles n’enlèvent toutefois en rien l’intense émotion qui est présente pratiquement à chaque seconde. A tel point qu’il est quasiment impossible de retenir ses larmes tant le film vous touche en plein cœur. A ne pas manquer.

5 étoiles. « Manchester by the sea ». Lee Chandler est concierge à Boston. Il est taciturne, fuit la compagnie et provoque des bagarres dans les bars quand il a trop bu. Lorsque son frère décède subitement d’une crise cardiaque, il doit retourner à Manchester, une heure et demi de voiture de Boston, pour s’occuper des funérailles et apprendre que son frère l’a désigné comme tuteur de son neveu de 16 ans l’obligeant à se confrontant à un passé tragique avec lequel il tente de vivre ou plutôt survivre. La mission que lui a confiée son frère sera-t-elle l’occasion d’un nouveau départ ou y a-t-il des drames dont on ne se remet pas parce qu’ils sont définitivement trop lourds à porter ? « Manchester by the sea » est un film sans aucune fausse note parfaitement écrit, réalisé, monté et photographié. Malgré son sujet difficile, il ne tombe jamais dans le pathos, tout est fait en finesse à l’image du jeu des acteurs tous formidables avec une mention spéciale pour Casey Affleck, justement récompensé par l’Oscar du meilleur acteur, époustouflant et bouleversant. Un film d’une grande humanité qui vous habite encore bien des jours après l’avoir visionné. Absolument remarquable.

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation, doublement récompensé aux César, est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

4 étoiles. « Les figures de l’ombre ». Basé sur une histoire vraie, le film raconte l’histoire hors du commun de trois scientifiques afro-américaines qui ont grandement contribué au début des années 60 à la conquête de l’espace. Elles y sont parvenues grâce à leurs extraordinaires compétences, car le moins que l’on puisse écrire est que le contexte ne leur était guère favorable. Confrontée à la double discrimination d’être femme et noire dans un Etat, la Virginie, qui à cette époque avait des lois ségrégationnistes, elles ont réussi à se faire une place au sein de la NASA non seulement grâce à leur intelligence, mais également grâce à leur patience et leur détermination. Un film à la réalisation et mise en scène certes classiques, mais soignées, porté par une excellente distribution, avec du suspense, de l’émotion, une bande originale remarquable et un contexte qui fait réfléchir sur la différence, et pas seulement sur celle d’hier…Un bon moment de cinéma.

3 étoiles. « Mapplethorpe ». Le grand intérêt de « Mapplethorpe » est de replacer l’artiste dans sa génération et de brosser ainsi également le portrait d’une époque. C’est ainsi que grâce à des témoignages de sa famille, de ses amis, de ses amants et des interviews que Mapplethorpe a données, le spectateur découvre la vie tumultueuse, le talent - l’un et l’autre étant étroitement liés - mais aussi le côté ambitieux et carriériste du photographe qui n’apparaît pas toujours sous son meilleur jour. Le documentaire, plutôt classique dans sa forme, n’est donc pas à proprement parlé un hommage à Robert Mapplethorpe, mais un éclairage sans complaisance sur un artiste fauché en plein succès par le sida en 1989 et qui a permis à la photographie de trouver sa place au sein de l’art contemporain.

3 étoiles. « Patients ». Suite à un grave accident, Ben est devenu tétraplégique et va devoir réapprendre les gestes simples du quotidien, sans garantie d’y parvenir, dans un centre de rééducation. Il va faire la connaissance d’autres patients, certains encore plus mal en point que lui. Ils vont ensemble tenter de se donner de l’espoir en affrontant des bons et mauvais moments qui ne seront pas sans conséquence sur leurs relations. Basé sur l’histoire vraie de Grand Corps Malade, co-réalisateur du film, « Patients » possède deux grandes qualités : sa distribution et ses dialogues. Les acteurs sont excellents. Ils font vivre avec justesse et humanité leur personnage. Quant aux dialogues, ils sont percutants, drôles, touchants, vachards et font souvent appel au second degré et à la dérision, un moyen de se protéger dans un milieu aussi complexe que celui-ci. Mais « Patients » a aussi un défaut : il s’essouffle sur la longueur. Ceci étant dit, l’impression finale reste positive à l’image d’un film résolument optimiste malgré son sujet.

3 étoiles. « La La Land ». 6 Oscars 2017, mais pas celui de meilleur film, un battage médiatique énorme, des critiques pour la plupart élogieuses et pourtant « La La Land » n’est pas le chef d'œuvre annoncé. Cet hommage aux comédies musicales des années cinquante est esthétiquement une réussite: la photographie, les costumes et les décors nous font replonger dans l'âge d'or des comédies musicales avec un côté moderne puisque l'action se passe de nos jours. La musique, les chansons et les danses sont plutôt entraînantes. Ryan Gosling et Emma Stone sont craquants et très investis dans leur rôle de pianiste de jazz et de comédienne à la poursuite de leur rêve. Mais « La La land » est à l'image de la vie de ses deux héros: il y a des hauts et des bas. Un début sur les chapeaux de roue, puis ça patine dans le mélo avant de reprendre son envol pour se terminer avec une fin qui tire en longueur et qui n’assume pas le conte de fées jusqu'au bout. « La La Land » ne manque donc pas de qualités, sans pour autant susciter un fol enthousiasme. Il y manque indéniablement ce qui fait la marque des tout grands films: de l'émotion.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire