19/03/2017

"Mapplethorpe": un artiste de son temps (et 6 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpgPrès de 30 ans après sa mort, le célèbre photographe américain Robert Mapplethorpe est l’objet d’un documentaire sur sa vie et son œuvre. Une œuvre, avec son parfum de scandale, qui n’a pas laissé indifférent au moment du vivant de l’artiste, mais également après sa mort, la justice ayant même été saisie pour interdire des expositions, ce qui n’a d’ailleurs fait qu’accroître sa notoriété, comme le montre bien le film. Son œuvre continue toujours d’attirer les foules quand elle est exposée aujourd’hui, comme ce fut le cas, par exemple, en 2014 lors d’une double exposition très réussie à Paris au Grand Palais et au musée Rodin.

Le grand intérêt de « Mapplethorpe » est de replacer l’artiste dans sa génération et de brosser ainsi également le portrait d’une époque. C’est ainsi que grâce à des témoignages de sa famille, de ses amis, de ses amants et des interviews que Mapplethorpe a données, le spectateur découvre la vie tumultueuse, le talent - l’un et l’autre étant étroitement liés - mais aussi le côté ambitieux et carriériste du photographe qui n’apparaît pas toujours sous son meilleur jour.

Le documentaire, plutôt classique dans sa forme, n’est donc pas à proprement parler un hommage à Robert Mapplethorpe, mais un éclairage sans complaisance sur un artiste fauché en plein succès par le sida en 1989 et qui a permis à la photographie de trouver sa place au sein de l’art contemporain. (3 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Lion » raconte l’histoire vraie de Saroo, âgé de 5 ans dans les années 80, qui se retrouve seul dans un train qui le conduit à Calcutta, à des milliers de kilomètres de chez lui. Perdu dans cette mégapole, Saroo va survivre comme il peut dans un milieu hostile avant d’être recueilli dans un orphelinat et d’être adopté par un couple d’Australiens. 20 ans plus tard, Saroo pense toujours à sa famille qu’il veut tenter de retrouver à l’aide de ses rares souvenirs et de Google Earth. Le film, six nominations aux Oscars, comporte donc deux parties plus ou moins d’égale longueur. Dans la première, on fait la connaissance d’un enfant de 5 ans espiègle, débrouillard et issu d’un milieu très modeste. Sunny Pawar qui joue le rôle de Saroo enfant est absolument génial. La deuxième partie se concentre sur la quête de Saroo pour retrouver ses racines et les difficultés pour y arriver aussi bien sur un plan opérationnel qu’émotionnel. Si l’on peut reprocher quelques petites longueurs dans cette seconde partie, elles n’enlèvent toutefois en rien l’intense émotion qui est présente pratiquement à chaque seconde. A tel point qu’il est quasiment impossible de retenir ses larmes tant le film vous touche en plein cœur. A ne pas manquer.

5 étoiles. « Manchester by the sea ». Lee Chandler est concierge à Boston. Il est taciturne, fuit la compagnie et provoque des bagarres dans les bars quand il a trop bu. Lorsque son frère décède subitement d’une crise cardiaque, il doit retourner à Manchester, une heure et demi de voiture de Boston, pour s’occuper des funérailles et apprendre que son frère l’a désigné comme tuteur de son neveu de 16 ans l’obligeant à se confrontant à un passé tragique avec lequel il tente de vivre ou plutôt survivre. La mission que lui a confiée son frère sera-t-elle l’occasion d’un nouveau départ ou y a-t-il des drames dont on ne se remet pas parce qu’ils sont définitivement trop lourds à porter ? « Manchester by the sea » est un film sans aucune fausse note parfaitement écrit, réalisé, monté et photographié. Malgré son sujet difficile, il ne tombe jamais dans le pathos, tout est fait en finesse à l’image du jeu des acteurs tous formidables avec une mention spéciale pour Casey Affleck, justement récompensé par l’Oscar du meilleur acteur, époustouflant et bouleversant. Un film d’une grande humanité qui vous habite encore bien des jours après l’avoir visionné. Absolument remarquable.

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation, doublement récompensé aux César, est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

4 étoiles. « Les figures de l’ombre ». Basé sur une histoire vraie, le film raconte l’histoire hors du commun de trois scientifiques afro-américaines qui ont grandement contribué au début des années 60 à la conquête de l’espace. Elles y sont parvenues grâce à leurs extraordinaires compétences, car le moins que l’on puisse écrire est que le contexte ne leur était guère favorable. Confrontée à la double discrimination d’être femme et noire dans un Etat, la Virginie, qui à cette époque avait des lois ségrégationnistes, elles ont réussi à se faire une place au sein de la NASA non seulement grâce à leur intelligence, mais également grâce à leur patience et leur détermination. Un film à la réalisation et mise en scène certes classiques, mais soignées, porté par une excellente distribution, avec du suspense, de l’émotion, une bande originale remarquable et un contexte qui fait réfléchir sur la différence, et pas seulement sur celle d’hier…Un bon moment de cinéma.

3 étoiles. « Patients ». Suite à un grave accident, Ben est devenu tétraplégique et va devoir réapprendre les gestes simples du quotidien, sans garantie d’y parvenir, dans un centre de rééducation. Il va faire la connaissance d’autres patients, certains encore plus mal en point que lui. Ils vont ensemble tenter de se donner de l’espoir en affrontant des bons et mauvais moments qui ne seront pas sans conséquence sur leurs relations. Basé sur l’histoire vraie de Grand Corps Malade, co-réalisateur du film, « Patients » possède deux grandes qualités : sa distribution et ses dialogues. Les acteurs sont excellents. Ils font vivre avec justesse et humanité leur personnage. Quant aux dialogues, ils sont percutants, drôles, touchants, vachards et font souvent appel au second degré et à la dérision, un moyen de se protéger dans un milieu aussi complexe que celui-ci. Mais « Patients » a aussi un défaut : il s’essouffle sur la longueur. Ceci étant dit, l’impression finale reste positive à l’image d’un film résolument optimiste malgré son sujet.

3 étoiles. « La La Land ». 6 Oscars 2017, mais pas celui de meilleur film, un battage médiatique énorme, des critiques pour la plupart élogieuses et pourtant « La La Land » n’est pas le chef d'œuvre annoncé. Cet hommage aux comédies musicales des années cinquante est esthétiquement une réussite: la photographie, les costumes et les décors nous font replonger dans l'âge d'or des comédies musicales avec un côté moderne puisque l'action se passe de nos jours. La musique, les chansons et les danses sont plutôt entraînantes. Ryan Gosling et Emma Stone sont craquants et très investis dans leur rôle de pianiste de jazz et de comédienne à la poursuite de leur rêve. Mais « La La land » est à l'image de la vie de ses deux héros: il y a des hauts et des bas. Un début sur les chapeaux de roue, puis ça patine dans le mélo avant de reprendre son envol pour se terminer avec une fin qui tire en longueur et qui n’assume pas le conte de fées jusqu'au bout. « La La Land » ne manque donc pas de qualités, sans pour autant susciter un fol enthousiasme. Il y manque indéniablement ce qui fait la marque des tout grands films: de l'émotion.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

 

18/03/2017

On peut vraiment y croire!

Que le système politique suisse est complexe! À peine avait-on eu le temps de se réjouir du vote début février de la commission des affaires juridiques du Conseil national, qui mandatait l’administration pour présenter un projet de modification de la loi pour rendre punissables les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre, que tout pouvait être remis en question en raison d'un délai non tenu pour traiter l'initiative parlementaire de Mathias Reynard à l'origine de cette décision.

Il s'agissait, en effet, lors de la session du Conseil national de vendredi d'octroyer un délai supplémentaire de deux ans pour mettre sous toit cette initiative. La nouvelle composition plus à droite du parlement allait-elle le refuser et ainsi classer l'affaire au mépris de la lutte contre l'homophobie et la transphobie?

Cette crainte était finalement infondée, puisque c'est à une large majorité (126 voix contre 49 et 20 abstentions) que les conseillers nationaux ont prolongé de deux ans le délai. Un vote très net qui laisse augurer d'une issue heureuse à cet objet qui aurait pour conséquence d’ajouter l’orientation sexuelle et l’identité de genre à l’article 261bis du Code pénal qui punit pour l'instant uniquement les actes discriminatoires en lien avec la race, l'ethnie et la religion.

Une nouvelle victoire d'étape donc pour que la loi protège enfin toutes les citoyennes et tous les citoyens indépendamment de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Vivement la victoire finale, car on peut à présent vraiment y croire, même s'il faut encore s'armer de patience!

 

 

 

15/03/2017

3, 4 ou 5 ans, telle est la question

Faut-il diminuer d’un an la formation des enseignants primaires ? Cette question est actuellement débattue par le Grand Conseil suite au dépôt du projet de loi 1126 qui va dans ce sens. Si la majorité du Parlement devait soutenir cette proposition, la Société pédagogique genevoise a déjà annoncé qu’elle lancerait un référendum.

Le syndicat des enseignants primaires n’est pas le seul à s’opposer à ce projet de loi, puisque le comité de la FAPEO (Fédération des associations des parents d’élèves de l’enseignement obligatoire) a également publié une prise position dans ce sens la semaine dernière dont voici des extraits :

À Genève, la formation des enseignants primaire est une formation universitaire qui dure 4 ans. Or, le projet de loi 11926 propose de réduire le temps de formation à 3 ans. Le comité de la FAPEO s'oppose à ce projet qui risque de diminuer la qualité de la formation des enseignants dans un contexte qui est de plus en plus complexe en raison du nombre d'élèves et de leurs besoins spécifiques, des attentes sociétales, de la mixité sociale, de l'augmentation du nombre de disciplines enseignées, etc. (…).

En Suisse romande la formation dans les Hautes Écoles Pédagogiques (HEP) a, pour l'instant, une durée de trois ans, mais plusieurs recteurs de HEP déclarent que ce n'est plus suffisant. L'association Swissuniversities avec laquelle la CIIP (Conférence Intercantonale de l'Instruction Publique de la Suisse romande et du Tessin) collabore, préconise une formation des enseignants en 5 ans pour toute la Suisse (…).

L'association des étudiants de la formation en enseignement primaire se bat contre le projet de loi et pour le maintien des 4 ans de formation et a même promu une formation en 5 ans, visant à créer à l'université un master en enseignement primaire. Même si l’on peut comprendre la fougue et la volonté de certains jeunes à vouloir se mettre au travail rapidement, il est nécessaire de former suffisamment les futurs enseignants et de ne pas les confronter à une classe sans les outils nécessaires. Par ailleurs, les formations en HEP ne permettent pas, contrairement à ce qui est souvent affirmé, d'enseigner à des enfants de 4 à 12 ans (…).

De plus, si ce projet de loi était voté, les enseignants d'éducation physique, d'éducation musicale ou d'éducation artistique seraient plus formés que les enseignants titulaires de classe, qui ont la responsabilité d'enseigner toutes les disciplines fondamentales (…).

L'école primaire, premier lieu de formation pour nos enfants, mérite que les professionnels qui y travaillent soient suffisamment formés et puissent dès leur entrée dans le métier, être à même d'enseigner et d'encadrer nos enfants de manière optimale.

Si ce projet de loi devait être approuvé par le Grand Conseil, ce qui pourrait bien être le cas, il est alors fort probable que le dernier mot revienne au peuple après un débat qui, espérons-le, permettra de mettre en avant le rôle essentiel de l’école primaire dans notre société.