07/11/2017

« D’après une histoire vraie» : un mélange qui ne prend pas (et 8 autres films à l’affiche)

D'après une histoire vraie.jpgAdapté du livre éponyme de Delphine de Vigan, prix Renaudot 2015 et Goncourt des lycéens, « D’après une histoire vraie » raconte l’histoire d’un auteur qui après avoir connu le succès avec un roman intime consacré à sa mère se retrouve en panne d’inspiration, complètement épuisée et tourmentées par des lettres anonymes qui lui reprochent d’avoir livré sa famille sur la place publique. C’est dans ce contexte que Delphine, une mise en abyme de l’auteur qui porte le même prénom, rencontre Elle, une jeune femme séduisante et brillante qui va petit à petit et de manière de plus en plus envahissante et inquiétante s’immiscer dans sa vie.

Si l’on n’a pas lu le livre, on devine tout de même après cinq minutes l’issue du film. Il faut toutefois reconnaître que parfois le doute s’installe sur les certitudes acquises au début de l’historie. Le mélange entre réalité et fiction s’entremêle en effet par moment avec suffisamment de subtilité pour brouiller les cartes, sans pour autant susciter un réel intérêt du spectateur régulièrement agacé par le personnage d’Elle beaucoup trop caricatural pour y croire. Ce défaut est rédhibitoire et met au second plan ce qui devrait pourtant l’être en premier : la question de l’angoisse de la page blanche de l’écrivain qui peut conduire jusqu’à la folie.

Décevant de la part de Roman Polanski, réalisateur des remarquables « La Vénus à la fourrure » (2013) et « The Ghost Writer » (2010) pour ne citer que deux films relativement récents. (2 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « L’ordre divin ». "En 1971, le monde était en pleine mutation, mais ici en Suisse, le temps semblait s'être arrêté." Le contraste avec le générique est saisissant et donne immédiatement le ton du film: Nora et ses amies vont devoir soulever des montagnes pour lutter contre cette société patriarcale et machiste qui est à la veille de décider si elle donnera le droit de vote et d'éligibilité aux femmes. Pour raconter les semaines qui précèdent cette votation qui deviendra historique, le film de la réalisatrice Petra Volpe reconstitue à la perfection cette ambiance du début des années septante de cette Suisse fermée sur elle-même: décors, costumes, coiffures, mœurs, attitudes de la gente masculine, tout y est. C'est à la fois jouissif et consternant de voir où en étaient les droits des femmes au niveau national il y a seulement 45 ans. Le film est d'ailleurs à l'image de ce constat, puisqu'il comporte des scènes franchement drôles et tendres qui alternent avec d'autres où l'on rit jaune, voire où l'on pleure de tristesse ou de joie. "L'ordre de divin" est très bien écrit que ce soit au niveau de son scénario ou de ses personnages auxquels on s'attache rapidement. Il faut dire que la distribution est excellente et donne toute sa crédibilité au film. A voir absolument.

4 étoiles. « Au revoir là-haut ». Edouard Péricourt et Albert Maillard se sont connus dans les tranchées de la première guerre mondiale sous le commandement de l’ignoble lieutenant Pradelle. Edouard, dessinateur de talent, est gravement blessé au visage lors d’une bataille peu avant l’armistice. Albert, à qui Edouard a sauvé la vie juste avant sa blessure, va alors faire tout son possible pour soutenir son ami au plus mal physiquement et moralement jusqu’au jour où Edouard a l’idée de monter une arnaque aux monuments aux morts qui va déclencher des rebondissements en cascade. « Au revoir là haut » est un film de grande qualité grâce à son scénario - qui mêle comédie, tragédie et poésie - son esthétisme, sa lumière, ses décors, sa mise en scène, ses masques magnifiques, qui permettent à Edouard le défiguré d’exprimer ses sentiments, sa créativité et bien évidemment ses personnages qui ne laissent pas indifférents qu’ils soient du côté des « gentils » ou des « méchants ». Mis à part quelques longueurs par-ci, par-là qui font parfois retomber l’émotion, « Au revoir là haut » est un film magnifique aussi bien du point de vue du fond, d’une grande actualité malgré que l’action se passe il y a un siècle, que de celui de la forme très réussie.

4 étoiles. « Confident royal ». En 1887, la Reine Victoria en fin de règne fait la connaissance d’un serviteur indien, Abdul Karim. Venu du « sous continent », colonialisé par les Britanniques, pour remettre de manière folklorique un présent à la souveraine à l’occasion de son jubilé d’or pour ses 50 ans de règne, Abdul va rapidement côtoyer de très près la reine tombée sous son charme pour le plus grand désespoir de la Maison royale. Sous ces airs plutôt légers, les situations comiques sont nombreuses, « Confident royal » aborde pourtant des thèmes qui sont toujours d’actualité sur les différences sociales, religieuses ou d’origine. Ce duo qui a construit une complicité hautement improbable dans la réalité, la reproduit à l’écran grâce au talent reconnu de Judi Dench, mais aussi à celui d’Ali Sazal qui rend crédible le fait que la reine Victoria soit tombé sous son charme. Si l’on peut reprocher au film d’être un peu répétitif sur la longueur et de laisser sur sa faim le spectateur sur la suite de la vie d’Abdul après cet épisode « victorien », il convient de souligner que « Confident royal » allie divertissement et réflexion avec subtilité. Et c’est déjà beaucoup.

4 étoiles. « Detroit ». Il y a 50 ans, Detroit connaissait des émeutes d’une rare violence. Bien qu’elles ne puissent être qualifiées de raciales, puisque des Blancs y ont aussi participé et y ont été tués (10 sur les 43), ces cinq jours de guérilla urbaine ont mis à jour les tensions raciales existantes. En se basant sur des faits réels, « Detroit » les illustre au travers d’un épisode particulièrement violent qui se déroule l’espace d’une nuit dans un motel où trois policiers débarquent à la recherche d’un sniper. Ils vont faire connaître l’horreur à ses occupants.  « Detroit » est un film violent, particulièrement sur le plan psychologique. La tension qui y règne est par moment à la limite du supportable. La manière de filmer de Kathryn Bigelow, 3 ou 4 caméras qui tournent en même temps autour des acteurs en mouvement, et des acteurs irréprochables donnent un sentiment de réalisme qui fait par moment tellement froid dans le dos qu'il prend le dessus sur l’émotion. Un film coup de poing formellement irréprochable et aux résonances, hélas, toujours d'actualité.

4 étoiles. « Le sens de la fête ». Depuis le succès colossal de « Intouchables », les films des réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache sont très attendus et « Le sens de la fête » ne déçoit pas. L’histoire de Max, organisateur de fêtes que l’on suit pendant 24 heures, durant lesquelles toutes les tuiles possibles et inimaginables vont lui tomber dessus à l’occasion d’un mariage organisé dans un château du 17ème siècle, est en effet dans l’ensemble très réussie. Jean-Pierre Bacri est tout simplement exceptionnel. Omniprésent, il est à la fois drôle, ironique, caustique, jaloux, bougon, tendre, émouvant, touchant, excédé, désabusé, liste non exhaustive, dans son rôle de chef d’une équipe qui compte en son sein bien des bras cassés. Il est entouré par une distribution au diapason. Le film est bien écrit, avec tout de même quelques invraisemblances, et les dialogues sont souvent jouissifs. Il a également du rythme malgré une petite baisse au milieu. Il y a des scènes à pleurer de rire et d’autres émouvantes, à l’image d’une fin très réussie. « Le sens de la fête » est une comédie humaine, certes pleine de bons sentiments, pétillante comme du champagne et ça fait du bien !

1 et 3 étoiles. « Epouse-moi mon pote ». Yassine, jeune étudiant marocain, fait la fierté de sa famille qui s’est cotisée pour qu’il puisse faire des études à Paris. Suite à un malheureux concours de circonstances, Yassine rate son examen et se retrouve dès lors sans statut légal. Pour remédier à cette situation, il se marie avec son meilleur ami Frédéric. Soupçonné par un fonctionnaire d’avoir fait un mariage blanc, ils vont alors devoir s’inventer une vraie vie de couple homosexuel. Pas difficile d’imaginer à partir de ce synopsis que les quiproquos et les situations loufoques vont s’enchaîner avec de nombreux gags parfois très drôles. Ce n’est certes pas un humour subtil, les clichés sont légions et l’histoire est cousue de fil blanc. Pour ce genre de comédie, plus les traits sont grossiers et plus ça fonctionne. Alors oui, bien sûr, avec cet esprit les gays, mais aussi les immigrés, les aveugles, les obèses, les riches émirs du Qatar, etc., sont outrancièrement caricaturés, mais pas de quoi toutefois crier à l’homophobie. Au final, « Epouse-moi mon pote » est un film qui tient ses promesses : stupide (1 étoile) et drôle (3 étoiles).

2 étoiles. « Mary ». Agée de 7 ans, Mary possède un talent hors du commun dans le domaine des mathématiques. Elle vit avec son oncle qui veut lui donner une vie la plus normale possible malgré ce don extraordinaire afin de ne pas revivre le drame qu’il a vécu quelques années auparavant. Mais c’est sans compter avec sa mère qui va faire irruption dans leur vie et tenter, au travers de sa petite-fille, de renouer avec un passé pourtant dévastateur. Le moins que l’on puisse écrire est que cette trame ne brille pas par son originalité, même si la question soulevée sur la place à donner aux enfants surdoués est intéressante, et qu’il n’y a pas besoin d’être un génie pour deviner ce qu’il va se passer. Heureusement, les deux interprètes principaux du film tiennent la route et sont l’incontestable point fort du film qui, malgré sa faiblesse scénaristique, son côté téléfilm et quelques invraisemblances, se laisse donc voir sans déplaisir, mais sans plus. (Uniquement le dimanche 12 novembre à 18h30 à Balexert)

1 étoile. « Blade Runner 2049 ». K est chasseur de réplicants (sorte d’esclaves créés par les humains) récalcitrants et lui-même réplicant, mais avec un supplément d’âme qui lui viendrait des souvenirs qu’on lui a fabriqués. Il a pour mission de chercher et d’éliminer celui ou celle qui apparemment serait né.e de la liaison entre un réplicant et un humain, car si cela se vérifiait alors l’équilibre du monde en serait bouleversé. A partir de ce synopsis, on pourrait imaginer que « Blade Runner 2049 » est un film d’action qui se déroule dans un univers futuriste et qui questionne sur la relation entre les humains et les créatures qu’ils ont créés. Or, sur l’extrême longueur du film (2h45), il doit y avoir un tiers, et encore, d’actions et les questions existentielles sont à peine effleurées. C’est le sentiment d’un vide abyssal qui domine. Les coups de corne de brume exagérément forts qui font office de musique tiennent « heureusement » le spectateur éveillé. Il y a bien un sursaut au moment où Harrison Ford fait enfin son apparition après 1h45 (!) de film. C’est à n’en pas douter le meilleur moment de « Blade Runner 2049 » dont la fin est aussi décevante que le reste.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

05/11/2017

La pollution, cette catastrophe tout sauf naturelle

IMG_0766.jpg9 millions de morts par année, dont 500 000 en Europe et 3000 en Suisse, à cause de la pollution ! Cela représente 16% des décès dans le monde. Un fléau qui demande des mesures urgentes pour diminuer drastiquement le taux des particules fines dans l’air qui sont responsables à elles toutes seules des quatre cinquièmes des décès en Europe.

La prise de conscience des pouvoirs politiques sur cette catastrophe, tout sauf naturelle et bien moins spectaculaire que des ouragans, des inondations, des glissements de terrain ou encore des feux de forêts (liste non exhaustive), se fait lentement mais, espérons-le, sûrement. Il y a bien évidemment les cas désespérés et désespérants, dont la figure emblématique se nomme Donald Trump, qui adoptent la politique du « après moi le déluge », mais il y a aussi des politicien.ne.s responsables qui s’engagent pour lutter contre la pollution atmosphérique et le changement climatique.

C’est ainsi que le 23 octobre dernier, une douzaine de maires de grandes villes dont Paris, Los Angeles, Mexico, Londres ou encore Milan ont signé un engagement pour qu’une partie importante de ces villes soient des zones à zéro émission à l’horizon 2030.

Qu’en est-il à Genève? Et bien cette semaine les Verts ont lancé leur initiative « De l’air, moins de bruit. Préservons notre santé face à la pollution » (1) qui demande à l’Etat :

- de réduire durablement la pollution à travers des actions concrètes et efficaces afin d’atteindre le niveau des tolérances fédérales d’ici 2030: modération de la circulation motorisée, système de chauffage plus efficient, assainissement des bâtiments, réduction des émissions des chantiers, de l’industrie, de l’aéroport.

- de réagir rapidement aux pics de pollution pour protéger sans attendre la santé de la population puisque les seuils d’alerte sont régulièrement dépassés, tout particulièrement en hiver. L’initiative exige des mesures urgentes lors de ces pics telles que la gratuité des transports publics, la modération de la vitesse ou encore la limitation des véhicules les plus polluants.

A noter que le Conseiller d’Etat chargés des transports, Luc Barthassat, a déposé au lendemain du lancement de cette initiative un projet de loi visant, lors des pics de pollution, à restreindre de manière temporaire la circulation, dans des zones définies, des véhicules les plus polluants. Un pas dans la bonne direction, quand bien même la lutte contre la pollution doit se faire en tout temps et pas uniquement lors de pics, à condition bien évidemment que le Grand Conseil vote cette loi, ce qui est loin d’être une évidence.

- d’informer la population en tous points du canton des risques liés à la pollution afin que cette dernière puisse agir en conséquence en intervenant auprès de l’Etat pour lui demander de respecter le droit constitutionnel de disposer d’un environnement sain que cette initiative entend concrétiser avec ces mesures concrètes.

Gageons que cette loi obtiendra facilement le nombre de signatures requises et qu’elle sera ensuite votée par le Grand Conseil, car que l’on soit de gauche, de droite ou du centre vivre dans un environnement sain devrait être une priorité pour tout le monde !

(1) Texte de l’initiative à télécharger ici : https://www.verts-ge.ch/signer/initiatives/item/4462-de-l...

 

 

04/11/2017

Du grand au petit écran: « Ant-Man » et « Gone Girl »

8FE6DB63-ABE8-4E8D-B301-602FC1E15CE1.jpegDoté de pouvoirs qui lui permettent de se faire aussi petit qu'une fourmi, mais avec une force inversement proportionnelle à sa taille, « Ant-Man » va devoir affronter le méchant de service, lui aussi en possession de cette technologie, pour l'empêcher de la vendre à des fins guerrières. Rien de bien neuf par rapport au film de ce genre sur le fond, mais on n'en dira pas autant sur le forme. En effet, l'humour est omniprésent et on rit franchement à plusieurs reprises. Les clins d'œil aux Avengers, la bande de copains déjantée de Scott ou encore les effets comiques dûs au contraste "grand-petit" sont très drôles. Les effets spéciaux sont formidables. Ils sont au service du film et non le contraire, ce qui n'est pas toujours le cas dans ce genre de production. Au final, un divertissement de bonne facture avec, en plus, un excellent casting.

3 étoiles. « Ant-Man ». Samedi 4 novembre, RTS 2, 20h55.


07C238CA-8095-417A-885C-1F6380A054A4.jpegNick Dunne a-t-il tué sa femme qui a mystérieusement disparue ? Les preuves s’accumulent contre lui, mais finalement peut-être pas tant que ça…Et si finalement, Nick était plutôt la victime que le bourreau ? Tenu en haleine jusqu’au milieu du film par cette question, le spectateur manipulé de main de maître par le réalisateur David Fincher découvre alors la réponse qui l’emmène dans une deuxième partie encore plus excitante que la première !

4 étoiles. « Gone Girl ». Lundi 6 novembre, RTS 1, 22h20.