26/05/2018

« Everybody knows» : un sentiment de déception

IMG_2562.jpgFilm d’ouverture du Festival de Cannes, difficile de trouver mieux pour lancer la compétition que le couple star Penélope Cruz – Javier Bardem, « Everybody knows » emprunte les codes du thriller psychologique pour mettre en scène un secret familial, pas si secret que ça d’ailleurs, d’où le titre du film, qui va éclater au grand jour à l’occasion d’un mariage.

L’action de situe en Espagne dans un village où tout se sait, mais sans forcément se dire. C’est sur ce principe de réalité qu’ « Everybody knows » est construit, ce qui permet au scénario de jouer sur les sentiments, souvent contradictoires, entre les (trop) nombreux personnages, mais aussi d’y inclure des rebondissements. Pas très original. Ce ne serait pas très grave si ces derniers donnaient un rythme soutenu à l’action et qu’ils étaient un tant soit peu crédibles.

Or, force est de constater que le film a des longueurs. Elles sont dues au fait que l’action manque par moment de clarté et de crédibilité et qu’il n’est pas toujours facile de savoir où le réalisateur veut en venir. Le dénouement dans la précipitation de l’intrigue et une fin bâclée en sont d’ailleurs la parfaite illustration.

Ceci étant dit, la mise en scène est réussie, la photographie magnifique et la distribution est excellente avec une mention toute particulière pour Javier Bardem qui crève l’écran. C’est déjà pas si mal, mais tout de même insuffisant pour effacer le sentiment de déception qui domine. (2 étoiles)

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23/05/2018

Du grand au petit écran: "Les Innocentes" et "L'Hermine"

IMG_2555.jpgDeux très bons films à voir sur la RTS jeudi soir dont l'un diffusé à une heure tellement tardive que l'on pourrait facilement le manquer dans le programme, ce qui serait bien dommage. En effet, "Les Innocentes" est un film non seulement bouleversant de la première à la dernière minute de par son histoire inspirée de faits réels, mais il est également remarquablement filmé et joué.

Pologne, décembre 1945. Mathilde Beaulieu est une jeune interne de la Croix-Rouge française. Sa mission consiste à soigner les rescapés français avant leur retour au pays. Un jour, une religieuse polonaise paniquée fait irruption dans l’hôpital pour lui demander secours. Réticente à donner son aide dans un premier temps, elle va finir par suivre en secret cette sœur dans son couvent. Elle va découvrir que la plupart d’entre elles sont enceintes, et proche du terme, après un viol collectif commis par des soldats russes à la libération.

Ce sujet difficile, et malheureusement toujours d’actualité tant les femmes sont toujours et encore victimes de la barbarie des hommes lors des conflits, qui pourrait donner une raison, à tort, de ne pas voir le film, est remarquablement traité par la réalisatrice Anne Fontaine. Si « Les Innocentes » est d’une intensité dramatique rare, il ne tombe en effet jamais dans le pathos ou la violence gratuite et est très intelligemment écrit.

La foi, la maternité, la loyauté, la mort, l’amour et le rapport au corps pour des femmes dont le vœu de chasteté a été violemment brisé sont principalement au cœur de ce film profondément humain. Bien que l’action se déroule en très grande partie dans un couvent austère par définition, la photographie splendide donne des images lumineuses qui adoucissent ce drame, au même titre que les chants des sœurs d’une grande beauté. La distribution féminine est excellente. Une très grande réussite à l’image d'une fin inattendue et pleine d’espoir.

5 étoiles, "Les Innocentes". RTS UN, jeudi 24 mai, 23h35.

IMG_2554.jpgPrésident de cour d’assises proche de la retraite, redouté et pour le moins peu aimable avec son entourage, Michel Racine va toutefois se montrer sous un autre jour lorsque le hasard remet sur son chemin au cours d’un procès l’anesthésiste dont il était tombé amoureux six ans auparavant. Il va saisir cette seconde chance qui s’offre à lui en tentant de séduire la lumineuse Ditte (magnifique Sidse Babett Knudsen, l’héroïne de « Borgen »), ce qui ne sera pas sans effet sur le déroulement d’un procès où il est question d’un infanticide.

On l’aura compris à l’énoncé de l’intrigue, le film oscille entre ombre et lumière, un procès sombre par opposition aux rencontres plus légères entre Michel Racine et Ditte, dans le cadre très solennel d’un Palais de justice, principal décor de l’action, ce qui n’empêche pas l’émotion.

Fabrice Luchini incarne avec justesse cet homme dont on ne connaît pas grand-chose, si ce n’est qu’il vient de se séparer de sa femme, et qui va se révéler bien plus humain qu’il ne l’a jamais été. « Humain » est d’ailleurs le terme qui pourrait le mieux définir ce film qui fait également la part belle aux seconds rôles, tous excellents. « L’Hermine », référence au col d’hermine de la robe que porte Michel Racine, est un film sur le fil du rasoir où toutes les fins sont envisageables jusqu’à la dernière seconde, ce qui n’est pas pour déplaire.

4 étoiles. "L'Hermine". RTS DEUX, jeudi 24 mai, 21h05.


5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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21/05/2018

« En guerre» : poignant et criant de vérité

IMG_2542.jpg« Je ne me fais le porte-parole d’aucun parti ni d’aucun syndicat, je fais simplement le constat d’un système objectivement cohérent d’un point de vue boursier, mais tout aussi objectivement incohérent d’un point de vue humain. Et ce sont ces deux points de vue que le film oppose. »

Voilà le décor de « En guerre » parfaitement planté par son réalisateur Stéphane Brizé qui après l’excellent « La Loi du marché » met à nouveau en scène le remarquable Vincent Lindon dans un film qui voit s’affronter, dans tous les sens du terme, la dimension humaine et la dimension économique au moment de l’annonce de la fermeture d’une usine, pourtant rentable. Les 1100 salariés refusent cette décision d’autant plus brutale qu’elle a été précédée par de lourds sacrifices financiers de la part des employés et un bénéfice record de leur entreprise. Ils vont alors tout tenter pour sauver leur emploi.

C’est cette lutte que raconte « En guerre » dans un film coup de poing où les scènes de négociation, si on peut les appeler comme ça, les désaccords entre grévistes et les coups d’éclat se succèdent à un rythme soutenu avec une tension, soulignée par une musique énergique, qui va crescendo jusqu’à une fin d’une radicalité extrême. C’est poignant et criant de vérité du début à la fin grâce à une manière de tourner qui donne l’impression que tout se passe en direct alors que tout est écrit et préparé dans les moindres détails.

Le scénario et les dialogues sont d’une grande précision, rien n’échappe à la caméra - pour certaines scènes il y avait jusqu’à trois caméras qui tournaient en même temps - et les acteurs non-professionnels, à part Vincent Lindon évidemment, ajoutent à cette sensation de réalité. A ce propos, Stéphane Brizé précise que les comédiens non-professionnels « apportent une vérité au verbe que je leur donne à dire, la vérité de leur vécu. Et ça, c’est colossal. » Et ça crève l’écran, peut-on ajouter.

Un film à ne pas manquer pour celles et ceux qui aiment la politique dans le sens étymologique du terme, à savoir le cadre général dans lequel une population est gérée par ses dirigeants. (5 étoiles)

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15/05/2018

« Place Publique» : un peu trop sage

IMG_2494.jpgUn film d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri, elle à la mise en scène, et les deux devant la caméra au milieu d’un casting cinq étoiles, ça donne forcément envie aux amateurs de comédies caustiques d’aller le voir.

Castro, autrefois célèbre, est un animateur sur le déclin. Son émission est en perte de vitesse et son remplacement par quelqu’un de plus jeune paraît inéluctable. C’est dans ce contexte qu’il se rend à la pendaison de crémaillère de sa productrice, et amie de longue date, qui a emménagé dans une magnifique demeure près de Paris. Il va y retrouver son ex-femme, sa fille et plein d’autres invités qui ne vont pas l’épargner au cours de cette soirée où bien des coups bas seront donnés.

Pour qu’une comédie chorale comme « Place Publique » fonctionne à plein, il faut qu’elle soit bien écrite, bien jouée et que, malgré le fait qu’elle soit statique, l’action ne tourne pas en rond. Pour ce qui est des deux premiers pré requis, aucun problème. Le mépris social, le culte du jeunisme, la chasse aux selfies avec des « vedettes », la critique des réseaux sociaux et du parisianisme font mouche grâce à des dialogues le plus souvent percutants et des situations où l’on rit parfois de bon cœur, mais parfois aussi jaune.

Quant aux acteurs, ils sont excellents. Jean-Pierre Bacri est finalement plus touchant que drôle dans son rôle d’animateur vieillissant qui tente de se protéger en faisant preuve d’un cynisme, mais qui est loin de toujours y parvenir. Reste donc l’action qui tourne en rond et réserve par conséquent peu de surprises : Jaoui/Bacri font du Jaoui/Bacri. C’est suffisant pour passer un bon moment, et c’est déjà pas mal, mais on aurait souhaité plus de folie (3 étoiles).

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13/05/2018

Du grand écran au petit : Deneuve, Forestier, Balasko, Lamy et les autres

IMG_2513.jpgConfronté dès son plus jeune âge à la juge pour mineurs, suite à l’incapacité de sa mère de s’en occuper, Malony va avoir à faire à elle régulièrement dès qu’il enchainera les bêtises plus ou moins grosses une fois l’adolescence arrivée. Formidablement bien joué par Rod Paradot, César du meilleur espoir masculin 2015, le personnage de Malony est extrêmement touchant et crédible. Ecorché vif, il se rebelle avec toute personne autre que sa mère, pourtant totalement immature et dépassée, avec une rare violence verbale, voire physique. Malgré tout, la juge et l’éducateur qui est chargé de son suivi vont maintenir sans cesse le lien avec l’adolescent.

« La tête haute » est un film émouvant, et même par moment bouleversant, magnifiquement interprété (Catherine Deneuve, Benoît Magimel et Sara Forestier sont excellents), qui frappe en plein cœur.

5 étoiles. « La tête haute ». France 2, dimanche 13 mai, 21h

IMG_2514.jpgDans son rôle de mère et veuve qui accueille à bras ouverts sa fille de 40 ans contrainte de retourner dans le domicile familial après avoir tout perdu, Josiane Balasko est parfaite. A la fois drôle, émouvante et espiègle, elle donne une grande crédibilité à son personnage de mère dévouée, mais aussi de femme d’un certain âge qui n’entend pas pour autant renoncer à sa vie intime dont ses enfants ignorent tout. Le potentiel comique de cette double vie est fort bien exploité dans le film et conduit à des scènes vraiment très drôles.

Il y a certes des facilités scénaristiques, spécialement la fin digne d’un happy end à l’américaine, et la mise en scène n’est pas très inventive. Mais ces défauts n’empêchent pas de passer un bon moment grâce à des dialogues bien écrits alternant entre humour vache et doux-amer, des scènes à pleurer de rire et des quiproquos bien trouvés. « Retour chez ma mère » est donc une comédie familiale plutôt réussie.

3 étoiles. « Retour chez ma mère ». RTS UN, lundi 14 mai, 20h40

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

 

 

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