18/10/2018

Festival Everybody's Perfect: « Les initiés »

Les initiés.jpgSéances de rattrapage en cette fin de semaine, pour celles et ceux qui ne l'auraient pas vu ou souhaiteraient le revoir, pour le très beau film « Les initiés » dans le cadre du Festival du film LGBTIQ Everybody's Perfect.

« Les initiés » se sont des jeunes gens d’Afrique du Sud d’une quinzaine d’années qui participent pendant plusieurs jours à un rite ancestral qui consiste, sous la supervision d’initiateurs qui sont passés par là avant eux, à se faire circoncire pour entrer dans le monde des hommes. C’est dans cette ambiance qui célèbre la virilité et le machisme qu’un des adolescents va comprendre que deux initiateurs vivent depuis de nombreuses années une histoire d’amour impossible en raison du contexte dans lequel elle se déroule.

« Les initiés » est un film où tout d’abord la tension ne se relâche jamais avec une montée dramatique d’une formidable puissance qui laisse sans voix au moment de l’apparition du générique de fin. Cette tension est renforcée par le fait que le réalisateur, John Trengove dont c’est le premier film, a privilégié la caméra à l’épaule, ce qui permet au spectateur d’éprouver encore mieux ce que vivent les protagonistes du film. Ensuite, « Les initiés » est d’une grande beauté formelle : les images et la photographie sont superbes, un régal pour l’œil. Enfin, c’est un film d’une formidable sensibilité et admirablement interprété, casting de professionnels et d’amateurs, que les cinéphiles devraient apprécier.

4 étoiles. « Les initiés ». Cinémas du Grütli, vendredi 19 octobre à 17h45 et dimanche 21 octobre à 21h30.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire 

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16/10/2018

« Girl » : un beau film (et 6 autres films à l'affiche)

IMG_4460.jpgCaméra d’Or à Cannes, prix qui récompense le meilleur premier film, « Girl » raconte l’histoire de Lara, 15 ans, qui rêve de devenir danseuse étoile. Mais il y a un obstacle de taille pour qu’elle y parvienne : elle est née dans un corps de garçon. Soutenue par sa famille et le corps médical, Lara aimerait que sa transition se fasse au plus vite, ce qui n’est pas possible. Prisonnière de ce corps qui ne lui ressemble pas, elle est prête à souffrir pour qu’il colle, au sens propre et figuré, à son identité de fille.

C’est à la lecture d’un article relatant le parcours d’une jeune fille née dans un corps de garçon, mais convaincue d’être une fille que le réalisateur belge Lukas Dhont a eu envie d’écrire sur un personnage comme elle : quelqu’un de courageux, qui très jeune remettait en cause le lien qu’établit la société entre sexe et genre.

Et il en faut en effet du courage pour affronter non seulement les autres, mais surtout soi-même en luttant avec ce corps dans lequel on ne se reconnait pas. C’est principalement sur cet aspect très personnel que se concentre le film, l’entourage de Lara, à part quelques copines, étant bienveillant et soutenant à son égard. A ce titre, la relation qu’entretiennent Lara et son père (Arieh Worthalter, formidable) est très touchante. Les scènes où ils sont présents tous les deux sont des grands moments d’émotion.

De l’émotion, il y en a d’ailleurs tout au long du film grâce au formidable talent de Victor Polster, prix d’interprétation à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard. Il exprime avec une justesse incroyable les tourments de Lara. Ils sont magnifiés par une caméra virtuose qui filme Lara au plus près, notamment dans les scènes de danse parfaitement maîtrisées, mais toutefois un peu trop répétitives, comme c’est le cas d’ailleurs pour d’autres scènes. Un petit défaut qui ne doit toutefois pas faire oublier que « Girl » est ce que l’on peut appeler « un beau film ». 4 étoiles.

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14/10/2018

Du grand au petit écran : Bond, Cottillard et Rampling à l’affiche

IMG_4396.jpg« Skyfall », le précédent James Bond, avait fixé la barre tellement haute que les attentes pour ce vingt-quatrième épisode de la saga étaient fortes. Sans doute trop. « 007 Spectre » ne restera en effet pas dans les annales de la série.

Après un début tonitruant très réussi à Mexico lors de la fête des Morts où James Bond fait étalage de tout son talent, notamment en pilotant un hélicoptère en perdition au-dessus d’une foule impressionnante, le soufflé retombe très vite après le générique.

L’enquête du plus célèbre agent secret de sa Majesté pour découvrir qui se cache derrière l’organisation criminelle Spectre, déjà apparue dans sept épisodes précédents, n’est pas vraiment passionnante. Entre les différentes scènes d’actions attendues et peu originales (poursuite en voiture, poursuite avion-voiture, bataille dans un train) qui font voyager le spectateur à Mexico, à Rome, dans les Alpes autrichiennes, à Tanger et à Londres, l’histoire tire en longueur et l’ennui n’est jamais très loin.

Daniel Graig fait le job, sans plus, Monica Bellucci fait une apparition, Léa Seydoux ne paraît pas très concernée, et le méchant (Christoph Waltz) ne fait pas peur. Certes, la dernière demi-heure est palpitante, mais c’est un peu mince pour le James Bond le plus cher de l’Histoire (300 à 350 millions de dollars !).

2 étoiles. « 007 Spectre ».  France 2, dimanche 13 octobre, 21h.

IMG_4397.jpgIl y a une bonne raison de regarder « Mal de pierres » : Marion Cotillard. Elle est formidable dans le rôle de Gabrielle, cette femme en avance sur son époque, le film se déroule dans la France rurale des années 50, qui rêve de vivre le grand amour alors que son entourage ne pense qu’à la marier selon les conventions en vigueur. Et c’est ce que sa famille va faire en donnant Gabrielle à José, un ouvrier agricole.

Quant au film en lui-même, il ne soulève pas l’enthousiasme. C’est certes bien fait, avec une mention particulière à la magnifique photographie, mais le tout manque d’émotions, ce qui est paradoxal en regard du sujet du film.

Lent à démarrer, on frôle l’ennui dans les trente premières minutes, « Mal de pierres » prend son envol quand Gabrielle commence sa cure thermale et qu’elle a le coup de foudre pour ce lieutenant français de retour de la guerre d’Indochine bien mal en point (Louis Garrel, à la hauteur du rôle). Cette passion va conduire Gabrielle au bord de la folie, comme la dernière partie du film le fera comprendre dans un retournement de situation peu crédible, mais aussi lui permettre de rebondir grâce à un mari bien plus aimant qu’on aurait pu l’imaginer. La dernière scène du film est à cet égard touchante.

2 étoiles. « Mal de pierres ».  RTS DEUX, jeudi 18 octobre, 21h05.

IMG_4398.jpgEt si tout ce qui avait été construit pendant 45 ans de vie de couple ne reposait que sur du sable ? C’est cette question à laquelle Kate va être confrontée à la veille des festivités prévues pour fêter ses 45 ans de mariage avec Geoff, après que ce dernier ait reçu une lettre lui apprenant que le corps de son premier amour a été retrouvé prisonnier dans la glace dans les Alpes. Tout d’abord compréhensive face au choc que cette nouvelle déclenche chez son mari, Kate va petit à petit découvrir que cette femme, disparue il y a 50 ans, a en fait toujours été présente dans leur vie, à son insu.

« 45 ans » raconte avec tact, mais aussi par moment avec trop de lenteur, la vie de ce vieux couple bousculé dans ses certitudes, dans sa confiance l’un envers l’autre pendant la semaine qui précède son anniversaire de mariage. Le film, dont l’action se déroule dans une Angleterre de carte postale, est très classique dans sa forme et fait la part belle à ses deux excellents acteurs principaux, Tom Courtenay et Charlotte Rampling. Nommée pour l’Oscar 2015 de la meilleure actrice, sa décomposition au fur et à mesure que l’histoire avance est du grand art. Elle connaît son apogée au cours d’un dernier quart d’heure très réussi où le contraste entre la fête qui bat son plein et ses tourments intérieurs est saisissant.

3 étoiles. « 45 ans ».  RTS UN, jeudi 18 octobre, 23h40.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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12/10/2018

« Voyez comme on danse » : les pieds dans le tapis (et 9 films à l’affiche)

IMG_4381.jpg« Qui trop embrasse, mal étreint. » Voilà un titre tout trouvé pour cette suite lointaine du sympathique film de Michel Blanc de 2002 « Embrassez qui vous voudrez ». Autant le dire tout de suite, ce second opus est un ratage complet.

Dans le genre caricatural, difficile de faire mieux ou pire, c’est selon. A tel point d’ailleurs que des acteurs, plutôt bons d’habitude, donnent dans la caricature d’eux-mêmes. C’est ainsi que, pour ne citer que les personnages principaux, Karine Viard est cantonnée dans son rôle habituel de gaffeuse, Jean-Paul Rouve dans celui de l’idiot de service, Michel Blanc dans celui de la gentille victime et Charlotte Rampling dans celui de la bourgeoise glaciale.

Et pour donner un côté branché au film, il est question, notamment, de grossesse à 17 ans, de prostitution masculine, de couguar, d’évasion fiscale, de transidentité et bien évidemment de tromperie, le tout emballé dans des relations entre les différents personnages dont on se moque totalement tant elles sont artificielles.

Alors, certes, quelques situations et des répliques assassines font sourire de temps à autre. De loin toutefois pas suffisant pour adoucir une déception qui est à la hauteur des fortes attentes que la bande-annonce avait suscitées. « Voyez comme on danse » s’est pris les pieds dans le tapis. (1 étoile)

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07/10/2018

« A Star is born » : tout pour la musique (et 11 autres films à l’affiche)

IMG_4349.jpgCette nouvelle adaptation de ce drame musical, déjà porté à l’écran en 1937, 1954 et 1976, met en vedette la star américaine de la chanson Lady Gaga. Bien que cette dernière soit déjà apparue à plusieurs reprises sur le grand écran, c’est toutefois la première fois qu’elle tient le rôle principal. Elle s’en sort à vrai dire plutôt bien et ses fans, mais pas seulement, ne seront pas déçus par sa performance.

Jackson Maine (Bradley Cooper dont c’est également le premier film en tant que réalisateur) est un chanteur et musicien renommé aux addictions nombreuses. Il entend un soir par hasard dans un bar Ally (Lady Gaga), chanteuse reléguée à l’anonymat malgré son indéniable talent d’interprète, mais également d’auteure-compositrice. Il tombe amoureux d’elle, et réciproquement, et va la propulser sur le devant de la scène en chantant en duo avec elle lors de ses concerts. Alors que le succès d’Ally est grandissant, Jackson a de son côté de plus en plus de peine à gérer ses démons intérieurs qui l’emmènent au bord du gouffre, malgré l’amour inconditionnel de celle qui est devenue sa femme.

Le scénario n’est pas le point fort du film, tout particulièrement dans sa partie médiane où ça patine sec. Il suit le schéma hollywoodien bien connu de l’ascension d’une vedette qui a failli passer à côté de son formidable destin, mais qui grâce à la chance, son talent et sa pugnacité finit en haut de l’affiche. Rien donc de bien excitant de ce côté-ci. Mais, heureusement, la manière « d’habiller » cette trame sans grandes surprises est plutôt réussie, à commencer par l’aspect musical.

C’est ainsi que toutes les performances musicales ont été enregistrées dans les conditions du direct. Toutes les séquences sur scène ont été filmées en adoptant le point de vue des interprètes et donc en évitant les plans larges des concerts depuis la foule. Un gros travail a également été fait sur le son pour que le passage des coulisses au centre de la scène se passe de façon imperceptible. Objectif atteint, le spectateur a vraiment l’impression d’être sur scène.

Enfin, les chansons sont de qualité et les voix de Bradley Cooper - qui a passé 5 jours par semaine pendant 6 mois à apprendre à chanter, à jouer de la guitare et du piano - et de Lady Gaga se marient fort bien donnant même par moment des frissons. D’ailleurs, leur couple fonctionne fort bien à l’écran et est crédible, malgré les épreuves qu’il affronte. Les seconds rôles sont également à la hauteur. Au final, un film pas dénué de défauts, mais qui se laisse toutefois regarder et écouter avec un certain plaisir. (3 étoiles)

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