05/12/2018

« Mauvaises herbes » : un « chouette » moment (et 8 autres films à l’affiche)

IMG_4890.jpgDeuxième long métrage de et avec Kheiron après « Nous deux ou rien », succès surprise de 2015, « Mauvaises herbes » reprend la recette de son premier film autobiographique, mais en l’allégeant et c’est une bonne surprise. Certes, les bons sentiments sont toujours bel et bien présents, mais de façon plus subtile. C’est sans doute parce que cette fois le film est « seulement » inspiré de faits réels, à commencer par l’expérience de Kheiron en tant qu’éducateur.

Waël vit en dans la banlieue parisienne et survit grâce à des arnaques qu’il réalise avec Monique, une femme d’un certain âge qui le considère visiblement comme son fils. Un jour, une arnaque se retourne contre eux, ce qui va les conduire à devenir bénévoles, Monique comme secrétaire et Waël comme éducateur, dans un centre pour ados exclus du système scolaire.

Pas besoin d’être grand clerc pour deviner ce qu’il adviendra de la suite de l’histoire entrecoupée par des flashbacks qui s’intègrent plutôt bien dans la narration. Ils permettent petit à petit de découvrir ce qui unit aussi fortement Waël et Monique. Si le scénario ne brille donc pas par son originalité, il faut toutefois reconnaître au film une grande qualité : on passe un « chouette » moment. Les personnages sont attachants, il y a de l’humour, du rythme et de l’émotion, mais sans exagération contrairement à « Nous deux ou trois ».

Et puis le film peut compter sur d’excellents acteurs, à commencer par la bande d’ados très convaincante, un Kheiron touchant et puis une Catherine Deneuve qui, à 75 ans, n’en finit par de surprendre dans un rôle jubilatoire de vieille dame indigne, quoique. Au final, « Mauvaises herbes » a un côté maladroit et parfois facile, mais qui est largement compensé par sa bienveillance et son optimisme, en un mot son humanisme. Un film qui fait du bien. (3 étoiles)

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03/12/2018

Le Conseil national fait marche arrière

Il n’y a malheureusement pas eu de (bonne) surprise. Le Conseil national s’est en effet rallié à la position minimaliste du Conseil des Etats pour compléter la norme pénale antiraciste dans le Code pénal en y ajoutant l’orientation sexuelle, mais pas l’identité de genre. C’est ainsi que les crimes, les délits de haine et les discriminations dont sont encore trop souvent victimes les personnes homosexuelles et les bisexuelles seront poursuivis, mais pas ceux contre les personnes transgenres et intersexes. C’est certes une avancée non négligeable dans la lutte pour l’égalité des droits pour toutes et tous, mais elle laisse un goût amer.

Les associations faîtières LGBTI (lesbienne, gay, bi, trans*, intersexe) n’ont pas manqué de le relever dans le communiqué presse ci-dessous.

Le Conseil national a cet après-midi lors du processus d’élimination des divergences suivi l’avis Conseil des États sur l’adaptation de la norme pénale. Mercredi dernier, ce dernier avait en effet refusé de protéger les personnes subissant des discriminations sur la base de leur identité de genre tout en introduisant le terme « orientation sexuelle » dans la norme pénale.

Avant de prendre des décisions sur les personnes trans* et intersexes, les parlementaires ont eu la possibilité d’en rencontrer. Les associations LGBTI+ ont offert cette possibilité aux parlementaires en leur proposant une discussion en face à face sur la place fédérale. Divers parlementaires ont accepté cette offre pour mieux comprendre les enjeux et ont posé leurs questions à l'ancienne coprésidente de TGNS, Alicia Parel.
 
Nos arguments et les discriminations disproportionnées vécues par plus de 40'000 personnes trans* et des milliers de personnes intersexes n’ont malheureusement pas suffi à faire changer l’avis de la majorité du Conseil national. Les discriminations et les appels à la haine, fondés sur l'identité de genre ne seront ainsi pas poursuivis. Au cours des derniers mois, non seulement les commissions juridiques des deux Conseils avaient initialement recommandé que les deux changements de la norme pénale soient pleinement acceptés, mais le Conseil national avait également accepté le projet dans son ensemble. La semaine passée, une grande déception a suivi ces nouvelles encourageantes pour les personnes qui vivent ce genre de discriminations au quotidien : le Conseil des États a considéré l'aspect de l'identité de genre comme "trop ​​vague pour le droit pénal" et n'a préconisé qu'une protection fondée sur l'orientation sexuelle.
 
L'élargissement de la norme pénale aurait dû permettre une meilleure protection de l'ensemble de la communauté LGBTI+ contre les appels à la haine et les discriminations portant atteinte à la dignité humaine. Les organisations faîtières LGBTI+ suisses sont déçues par les demi-mesures prises par le parlement : "protéger les lesbiennes, les bisexuels et les gais n’est pas suffisant", s’énerve Alecs Recher, responsable juridique de TGNS. "La discrimination fondée sur l'identité de genre est une réalité quotidienne - ici et maintenant. Du Portugal à la France, jusqu’à l’Écosse et la Bosnie, de plus en plus d'États intègrent le concept d'identité de genre dans leur droit pénal. La décision du Conseil des États et du Conseil national de ne pas défendre la dignité humaine, légalise les discriminations envers des personnes trans* et intersexes et nous blesse particulièrement en tant que communautés déjà excessivement marginalisées."
 
L’intégration de l’orientation sexuelle sera donc la seule retenue par les deux conseils. Une décision finale pour cet objet doit encore venir de la part du Conseil des États.

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02/12/2018

Du grand au petit écran: « Insaisissables 2 » et « The Revenant »

0E5273BF-5315-4AC3-BAEA-7B31553AAB4E.jpegIl est bien connu que les suites sont très rarement à la hauteur du premier épisode.  Les magiciens d’« Insaisissables 2 » ferait-il partie des exceptions comme par…magie ?

Succès surprise mérité de l’été 2013, les quatre cavaliers magiciens/cambrioleurs, avec un seul changement dans la distribution, reprennent donc du service en s’attaquant à un as de la technologie à la tête d’une organisation criminelle. Cet homme d’affaire a toutefois toujours un coup d’avance sur les 4 magiciens et va les entraîner dans un piège et les spectateurs avec !

L’intrigue à tiroirs et aux rebondissements multiples aussi invraisemblables les uns que les autres est en effet un simple prétexte à mettre en scène des numéros de magie finalement trop rares et qui tirent parfois en longueur. Certes, on ne s’ennuie pas vraiment, il y a tout de même quelques scènes réussies et un peu d’humour, mais on peine vraiment à comprendre où les scénaristes veulent en venir et la révélation finale tombe complètement à plat.

On y perd petit à petit ses illusions, ce qui est tout de même un comble pour un film qui met la magie au centre. Il faudra que les scénaristes d’ « Insaisissables 3 », qui est d’ores et déjà annoncé, réalisent des miracles pour qu’on y retourne…

2 étoiles. « Insaisissables 2». RTS UN, lundi 3 décembre, 20h45.

FFD2AA69-9E8E-4ED9-B912-148EECADF691.jpegIrréprochable au niveau du jeu - Leonardo Di Caprio a enfin décroché l’Oscar du meilleur acteur avec ce film - de la réalisation et de la mise en scène - Alejandro Gonzalez Inarritu a reçu pour la deuxième fois et consécutivement l’Oscar du meilleur réalisateur - et de la photographie absolument superbe et également « oscarisée, « The Revenant » est une indéniable réussite sur le plan de la performance cinématographique. 

« The Revenant », c’est l’histoire d’un trappeur grièvement blessé par un ours qui va chercher à se venger parce qu’il a été abandonné par ses équipiers. Quelques scènes, comme la charge des Indiens au début du film, l’attaque de l’ours ou encore la poursuite à cheval, sont d’une maîtrise technique à couper le souffle. Elles sont de plus tournées dans de superbes paysages. 

Mais c’est paradoxalement également la faiblesse du film qui tire en longueur et qui est sans cesse dans la démonstration, qui plus est le plus souvent violente. Certaines scènes sont en effet d’une grande sauvagerie, le sang gicle même sur la caméra, sans que cela apporte nécessairement un plus. Un film qui, en définitive, privilégie à l’excès la prouesse technique à l’émotion, à l’image de son héros increvable à tel point que cela en devient risible, et finit par tourner à vide.

2 étoiles. « The Revenant ». France 2, dimanche 2 décembre, 21h00.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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30/11/2018

« Amanda » : tout en douceur (et 7 autres films à l’affiche)

IMG_4875.jpgSuite au décès brutal de sa sœur dont il est très proche, David, 24 ans, se retrouve en charge de sa nièce de 7 ans, car mis à part une grand-tante vieillissante, la petite Amanda ne peut compter que sur son oncle. Ce dernier sera-t-il capable non seulement de faire face à ce défi de devenir « père » malgré lui, mais aussi de surmonter et de faire surmonter à sa nièce la perte de l’être cher ?

« Amanda » est un film sur la construction et la reconstruction. Construction d’une relation entre un jeune adulte qui se cherche encore et une enfant qui voit son monde s’écrouler en une nuit, et reconstruction après un deuil d’une grande brutalité. La relation entre Amanda et David est donc au cœur du film. Il est dès lors essentiel qu’elle fonctionne à l’écran.

Tel est bien le cas grâce à Isaure Multrier qui joue, selon le vœu du réalisateur Mikhaël Hers, une Amanda « très juvénile et poupon, mais avec un petit côté adulte ». Et bien sûr grâce à Vincent Lacoste à qui le réalisateur a confié le rôle car « son visage, sa façon de parler, sa douceur, sa grâce, sa beauté un peu gauche » étaient d’indéniables atouts pour jouer David et on ne peut que lui donner raison. Son jeu est d’une grande finesse aussi bien dans les rires – le sujet grave d’ « Amanda » n’empêche pas le film d’avoir de nombreux moments plus légers à l’image de la vie – que dans les larmes.

Malgré quelques petites longueurs par-ci, par-là et une fin un peu trop démonstrative, « Amanda » est un film plein de douceur, de bienveillance, de justesse et de délicatesse. En un mot, émouvant. (4 étoiles)

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28/11/2018

Le Conseil des États s’arrête à mi-chemin

Lors de sa séance du 7 novembre, la commission des affaires juridiques du Conseil des Etats avait emboîté le pas au Conseil national qui, au mois de septembre, avait approuvé à une large majorité de compléter la norme pénale antiraciste afin de permettre de combattre l’homophobie et la transphobie. Mais le vote de la commission était extrêmement serré, puisque c’était la voix de la présidence qui avait été décisive pour trancher en faveur du "oui" (6 voix contre 6 et 1 abstention).

Cette décision, à l'arraché, était un signal important contre les crimes, les délits de haine et les discriminations dont sont encore trop souvent victimes les personnes homosexuelles, bisexuelles, transgenres et intersexuées, mais laissait de fait une grande incertitude sur le vote final du Conseil des États.

Et malheureusement le Conseil des Etats n’a transformé qu’à moitié l’essai, puisque s’il a accepté à une large majorité cette modification dans le Code pénal, c’est en l’amputant de la référence à l’identité de genre, ce qui a fait réagir les associations faîtières LGBTI (lesbienne, gay, bi, trans*, intersexe) dans le communiqué presse ci-dessous.

Quelques mois après le Conseil national, le conseil des États a aujourd’hui également approuvé une partie de l’élargissement de la norme pénale contre le racisme. Les discours haineux ainsi que les discriminations basées sur l’orientation sexuelle pourront désormais faire l’objet de poursuites pénales mais pas ceux contre des personnes transgenres ou intersexes.
Le Conseil des Etats a par 32 voix contre 10 (0 abstentions) approuvé l’initiative parlementaire « Lutter contre les discriminations basées sur l’orientation sexuelle ». Cette initiative de Mathias Reynard (PS) propose l’extension de la disposition existante du Code pénal luttant contre la discrimination raciale. Selon le Conseil des Etats, les discriminations basées sur l’orientation sexuelle doivent être punies, mais pas celles concernant l’identité de genre. Avec cette position le Conseil des états est clairement à la traîne par rapport au Conseil National qui a lors de sa dernière session accepté les deux modifications.
 
Les organisations faîtières LGBTI Suisses condamnent cette demi-mesure
 « La décision du Conseil des Etats exclue les personnes intersexes et transgenres et les marginalise encore davantage. C’est scandaleux » s’énerve Alecs Racher, responsable juridique du Transgender Network Switzerland (TGNS). « Nous nous réjouissons bien entendu pour les personnes lesbiennes, bisexuelles et homosexuelles. Elles vont bénéficier de meilleures protections juridiques, mais l’article 261 bis ne sera pas complet tant qu’il ne condamnera pas les discriminations basées sur l’identité de genre. Nous encourageons le Conseil national à rester ferme sur sa position et espérons que le Conseil des Etats ne va pas continuer à encourager une politique discriminante ».
 
La disposition de l’art. 261bis CP actuelle ne réprime que les crimes de haine du fait de la race, de l’ethnie ou de la religion. L’extension à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle avait été approuvée par les commissions juridiques du Conseil des États et par le Conseil national. Cette adaptation de la norme pénale était également fortement encouragée à l’international. Suite à la décision du Conseil des Etats, le Conseil national va à nouveau traiter le sujet le 3 décembre.

Les associations LGBTI suisses l’encouragent fortement à rester ferme sur ses postions !

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