Air du temps

  • Cynisme absolu

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    Le MCG et l’UDC ont donc lancé leur « campagne » référendaire contre la loi votée par le Grand Conseil (partis de gauche et PDC) visant à indemniser les travailleuses et travailleurs n’ayant pas bénéficié d’aides publiques pendant les deux mois de semi-confinement. Ce ne sont donc pas que les clandestins et les travailleuses et travailleurs au noir qui sont concernés par cette aide. 

    Pourtant, pour justifier ce qui a pour conséquence de précariser encore plus des personnes qui le sont déjà largement (le MCG et l’UDC ont-ils déjà oublié les distributions de nourriture aux Vernets?), ces deux partis mettent en avant leur lutte contre le travail au noir. 
     
    Certes, celui-ci est un fléau et il est du devoir de l’Etat de renforcer les contrôles pour qu’il disparaisse. Mais lutter contre en lançant un référendum sur cette loi, c’est se tromper de cible. Cela revient en effet à s’attaquer en premier lieu à celles et ceux qui en sont les premières victimes, en entraînant qui plus est d’autres personnes au statut légal.
     
    Ces deux partis, en prétendant faire de ce référendum une question de principe, n’hésitent donc pas à mettre encore un peu plus la tête sous l’eau à une partie de la population genevoise déjà en grande difficulté. Et font ainsi preuve d’un cynisme absolu. À pleurer.
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  • « Militant infatigable » (4/4)

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    IMG_1099.jpgDernière partie de mon interview par Muriel Waeger, directrice romande de Pink Cross, publiée dans l’édition de juin 2020 du « Pink Mail », journal de l’association Pink Cross qui paraît 4 fois par an et se définit comme « magazine politique LGBT ». (1)

    Tu es membre d’honneur de Lestime (association lesbienne et féministe de Genève). Comment cela se fait-il ? Pourquoi les thématiques féministes te tiennent-elles à cœur ?

    Quand j’ai commencé à militer au sein de la communauté LGBT au début des années 2000, j’ai été surpris de constater qu’il y avait une certaine méfiance entre les gays et les lesbiennes. Je n’étais à cette époque guère au courant des luttes féministes. De plus, je pratiquais un métier « féminin » : j’étais le seul homme de ma volée sur 34 à avoir choisi d’enseigner aux enfants de 4 à 8 ans. C’était donc une évidence pour moi de militer avec des femmes et de tirer à la même corde pour obtenir l’égalité des droits pour toutes et tous. Aujourd’hui encore dans notre société qui a de la peine à se défaire de tous ces siècles de patriarcat, les femmes doivent se battre pour avoir les mêmes droits que les hommes. Il y a donc une convergence certaine entre les luttes féministes et les revendications de la communauté LGBTI+. L’organisation de la Pride 2004 a été très fédératrice pour rapprocher les lesbiennes et les gays. Cet élan a été poursuivi lors de la campagne pour le partenariat en 2005 et a finalement débouché sur la création de la Fédération genevoise des associations LGBT en 2008. En tant que conseiller municipal de la Ville de Genève, je me suis aussi battu, avec d’autres bien sûr, pour les subventions aux associations LGBT genevoises. Bref ! Tous ces éléments ont fait qu’il y a trois ans, Lestime m’a accordé, nous ne sommes que trois hommes dans ce cas, le statut de membre d’honneur de l’association dont je suis très fier !

    Tu as donc été enseignant, puis directeur d’école. Est-ce que tu penses que les écoles font un meilleur travail de sensibilisation aujourd’hui que quand tu étais enfant ?

    Je connais bien la situation à Genève. Il est évident que depuis une dizaine d’années, grâce à un partenariat entre l’Etat de Genève et la Fédération genevoise des associations LGBT, la sensibilisation aux questions LGBT dans les écoles a fait un pas de géant, puisqu’auparavant il n’y avait rien, ou presque. Malgré ces indéniables progrès, cette sensibilisation est encore trop tributaire du bon vouloir des directions d’école, certaines étant frileuses à l’idée d’aborder la question de l’homosexualité et de la transidentité.

    Que faut-il encore changer dans l’enseignement pour que les personnes LGBTI+ puissent avoir une adolescence comme les autres ?

    Il faut que les directions d’établissement et le personnel enseignant soient formés sur les questions LGBTI+ et qu’elles aient une place obligatoire dans les programmes d’enseignement. Pour lutter contre les discriminations quelles qu’elles soient, l’éducation est primordiale !

    Qu’est-ce qui doit encore changer en Suisse pour que tu puisses arrêter de lutter pour les causes LGBTI+ ?

    Le grand changement que j’attends avec impatience est l’introduction du mariage civil égalitaire pour toutes et tous. Non pas parce que je suis un fan du mariage, mais parce que ce serait symboliquement très fort pour l’égalité des droits pour toutes et tous en Suisse. Une fois cette étape passée, il est probable que je lève un peu le pied. Mais je pense toutefois que tant que j’en aurai l’énergie, je continuerai à lutter pour les causes LGBTI+, qui vont bien au-delà du mariage, d’une manière ou d’une autre. Militant un jour, militant toujours (rires) !

    (1) Pour les trois premières parties, c’est ici :

    https://independance.blog.tdg.ch/archive/2020/06/14/militant-infatigable-1-4-307019.html

    https://independance.blog.tdg.ch/archive/2020/06/21/militant-infatigable-2-4-307152.html

    https://independance.blog.tdg.ch/archive/2020/06/27/militant-infatigable-3-4-307266.html

     

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  • « Militant infatigable » (3/4)

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    Troisième partie de mon interview par Muriel Waeger, directrice romande de Pink Cross, publiée dans l’édition de juin 2020 du « Pink Mail », journal de l’association Pink Cross qui paraît 4 fois par an et se définit comme « magazine politique LGBT ». (1)

    Parmi tes nombreuses activités, tu as aussi été président du Groupe sida Genève (GSG) pendant six ans. Pourquoi t’es-tu engagé en faveur de la lutte contre le sida ?

    Quand l’épidémie du sida a débuté dans les années 80, j’étais un jeune adulte. J’ai été très touché par tout ce que j’ai lu et vu comme reportages sur cette maladie. Je trouvais choquant que l’on puisse non seulement mourir suite à un acte sexuel, mais également que l’on soit discriminé, rejeté parce qu’on était séropositif. Avec le recul, je me dis que si j’avais commencé à vivre ma vie d’homosexuel à 18 ans plutôt qu’à 34, je ne serais peut-être plus là aujourd’hui. Quand l’opportunité s’est présentée de m’engager concrètement dans la lutte contre le sida, cela m’a dès lors paru une évidence.

    Tu as également milité, en tant que représentant du GSG, au niveau international avec Coalition Plus, coalition internationale d’ONG communautaires de lutte contre le sida. Qu’est-ce que ces 5 ans t’ont appris ?

    Grâce à cet engagement, j’ai tout d’abord fait la connaissance de personnes formidables qui s’engagent jour après jour pour la lutte contre le sida et avec des moyens fort différents suivant les pays. Ensuite, grâce à ces voyages, j’ai pu appréhender des réalités qui sont bien loin de celles que nous connaissons dans les pays dits riches. On a trop tendance à oublier que si le sida s’apparente dorénavant chez nous à une maladie chronique, il tue encore un million de personnes dans le monde chaque année !

    Qu’est-ce qui t’a le plus frappé dans ces voyages ?

    Quand que je suis allé au Burundi, j’ai pu suivre pendant une semaine l’équipe de l’association locale de lutte contre le sida. J’ai pu constater au gré de mes rencontres à quel point la corrélation était forte entre droit des personnes et risque de contamination. Les personnes LGBT n’ont aucun droit au Burundi où l’homosexualité est punissable de trois ans d’emprisonnement. Cette situation pousse les personnes LGBT à la clandestinité, à l’usage de drogues et à la prostitution. Dans un tel contexte, il est très difficile de leur venir en aide, mais c’est pourtant ce que fait l’association locale en allant à leur rencontre pour faire de la prévention.

    Tu es engagé depuis plus de 20 ans. Qu’est-ce qui te donne envie de continuer à lutter ?

    Je crois tout d’abord que quand on est militant, on le reste toute sa vie ! Ensuite, l’égalité des droits pour toutes et tous n’est de loin pas encore acquise, il y a donc toujours de quoi lutter. Enfin, j’apprécie de me retrouver avec d’autres personnes qui proviennent d’horizons différents, de plusieurs générations et avec lesquelles je partage mes combats, c’est motivant et enrichissant, mais aussi parfois complexe, pour rester poli (rires).

    (1) Pour les deux premières parties, c’est ici :

    https://independance.blog.tdg.ch/archive/2020/06/14/militant-infatigable-1-4-307019.html

    https://independance.blog.tdg.ch/archive/2020/06/21/militant-infatigable-2-4-307152.html

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  • « Militant infatigable » (2/4)

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    Deuxième partie de mon interview par Muriel Waeger, directrice romande de Pink Cross, publiée dans l’édition de juin 2020 du « Pink Mail », journal de l’association Pink Cross qui paraît 4 fois par an et se définit comme « magazine politique LGBT ». (1)

    En 2004 et 2011, tu as fait partie du comité d’organisation de la Pride de Genève. Quelles sont les choses qui se passent différemment aujourd’hui lors d’une Pride ?

    Déjà entre 2004 et 2011, l’organisation était devenue plus compliquée en raison, notamment, des normes de sécurité et de l’augmentation des frais. Même si j’ai suivi de bien plus loin l’organisation de la Geneva Pride 2019, j’ai pu me rendre compte qu’il fallait un sacré courage pour organiser dorénavant un événement de cette envergure avec toutes les contraintes mises par les autorités. La communauté peut être très reconnaissante à l’égard de toutes les personnes qui s’engagent pour mettre sur pied une Pride !

    Les Prides sont critiquées par certain.e.s notamment en raison du budget conséquent que la communauté LGBTI + doit investir dans la sécurité, mais aussi parce que ces marches ne sont plus assez politiques. Que penses-tu de ces critiques ?

    Je peux comprendre que l’inflation du budget pour la sécurité irrite. Mais l’impact des Prides est très important en termes de visibilité pour la communauté LGBT, c’est le prix à payer pour maintenir ces manifestations. Aujourd’hui encore, il est essentiel qu’elles puissent avoir lieu, ne serait-ce que pour dire aux personnes qui sont dans le placard qu’elles ne sont pas seules. Quant à la critique sur le fait qu’elles ne sont plus assez politiques, on ne peut pas généraliser, cela dépend de l’endroit où elles se tiennent. On peut comprendre qu’en Valais ou au Tessin, les revendications soient moins visibles qu’à Genève. Il faut parfois savoir avancer plus lentement pour atteindre son objectif. Et quand on regarde les résultats obtenus par les cantons du Valais et du Tessin lors de la votation du 9 février, on ne peut que s’en féliciter !  

    Tu as aussi eu plusieurs mandats politiques en Ville de Genève, puis au Grand Conseil. Est-ce que ces immersions dans le monde politique ont été pour toi des moyens de te préoccuper d’autres thématiques ?

    Oui, bien sûr. Je suis très intéressé par tout ce qui touche aux domaines de l’éducation, j’ai une formation d’enseignant, du social, de la santé, de l’environnement et des finances. Concernant ce dernier point, j’ai vu à quel point il était important pour les associations d’avoir des relais politiques pour obtenir ou simplement garantir leur subvention. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû expliquer à mes collègues l’importance du travail associatif pour nos collectivités.

    En 2008, lorsque tu étais député au Grand conseil de Genève, tu as déposé, avec un collègue socialiste, un texte intitulé « Résolution du Grand Conseil genevois à l'Assemblée fédérale exerçant le droit d'initiative cantonal à propos de la modification de la Constitution fédérale de la Confédération suisse (modification de l'art. 8, al. 2) et de la modification du Code Pénal suisse (art. 261bis) ». Avec cette résolution, tu es en quelque sorte à la source de la modification de la norme pénale contre les discriminations sur laquelle nous avons voté cet hiver. Quel a été ton sentiment lorsque tu as vu que nous allions largement gagner ?

    Un sentiment de joie, bien évidemment, même si j’ai quand même de la peine à comprendre que pour 37% de la population ne pas punir les propos homophobes n’est pas un problème ! Mais comme je suis quelqu’un de positif, et malgré le fait que j’ai perdu un pari parce que je pensais que nous obtiendrions plus de 70% de OUI au niveau national (rires), je suis ravi de constater que presque 75% des Romands ont soutenu ce changement législatif, avec même plus de 80% dans le canton de Vaud !

    Pour la première partie, c’est ici : https://independance.blog.tdg.ch/archive/2020/06/14/militant-infatigable-1-4-307019.html

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  • Un Conseil national qui décoiffe

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    Il paraît que les bonnes nouvelles vont par paire. Et ce n’est pas le vote du Conseil National de ce jour qui contredira ce dicton. En effet, après son vote très clair en faveur du mariage civil égalitaire pour toutes et tous, le voilà qui a enterré, à la surprise générale, lors du vote final, la réforme du service civil ! Il a donc finalement, dans un sursaut salutaire et contrairement à l’avis du Conseil des Etats, renoncé aux mesures (1) qui devaient durcir l’accès au service civil et donc le rendre moins attractif.

    Par ce vote, la Chambre du peuple a évité de mettre les bâtons dans les roues à ceux qui veulent servir leur pays, mais autrement que dans l’armée qui ne répond pas à leur aspiration de donner de son temps à la collectivité. Le fait que de plus en plus de jeunes s’engagent pour un service civil plutôt que militaire, dont un bon tiers d’entre eux (2264 sur 6205) après l’école de recrues, en est la preuve flagrante.

    Avec le refus de cette réforme, le Conseil national, décidément bien plus progressiste depuis les élections d’octobre grâce notamment à la vague verte, a sans doute évité que de nombreux jeunes soient tentés d’emprunter la « voie bleue » et ainsi de n’accomplir aucun service à la collectivité, ce qui aurait été un bel autogoal !

    (1) Principales mesures qui étaient envisagées:

    • Les civilistes auraient dû faire au moins 150 jours de service. Dès le premier cours de répétition, les militaires auraient accompli plus de jours que maintenant.
    • Les militaires auraient dû attendre 1 an après avoir déposé leur demande d’admission. Entre temps, ils auraient dû continuer leur service.
    • Les militaires qui auraient déposé leur demande en pleine école de recrues auraient dû terminer deux ans plus vite qu’auparavant leur affectation de 180 jours.
    • Les cadres militaires admis au service civil auraient dû faire 1,5 fois plus de jours qu’au service militaire contre 1,1 actuellement.
    • Les médecins n’auraient plus pu faire le service civil à des postes de médecins.
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