Un mélange des genres indigne

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Réaction de la Fédération genevoise des associations LGBT au « traitement transphobe et putophobe » de plusieurs articles de presse.

« Les membres de la Fédération genevoise des associations lesbiennes, gay, bisexuelles et trans* (LGBT): Associations 360, Dialogai, Lestime, Parents d’homos et Think out s’associent aux réactions de la Geneva Pride 2020 notamment et condamnent fermement les propos transphobes et putophobes rédigés le 14.05.20 via des articles de la Tribune de Genève, du 20 Minutes et du Temps portant sur deux femmes trans* travailleuses du sexe.

« Deux transsexuels condamnés pour s’être prostitués malgré l’interdiction » et « Les deux travailleurs du sexe ont récidivé », titre la TDG, alors même que l’article porte sur deux femmes trans*. L’article les mégenre ensuite à nouveau, puis fait référence à leurs prénoms de naissance et effectue un va-et-vient entre les pronoms. Il décrit ensuite le corps d’une des deux femmes. Les articles du 20 minutes et du Temps, eux, parlent « de transformation » « non-achevée ».

A 3 jours du 17 mai, Journée Internationale contre les LGBTIQ-phobies, le traitement médiatique de l’histoire de vie de ces deux femmes, déjà précarisées, est indigne et reconduit des stéréotypes nuisibles. Lors de la rédaction d’un article, la référence au prénom de naissance ainsi qu’au sexe figurant sur les papiers sont à éviter. Le pronom à utiliser doit toujours correspondre au genre ressenti de la personne. Le terme « transsexuel » est à proscrire, provenant de la médecine et de la psychiatrie qui continuent à pathologiser les personnes trans* et à leur faire subir des violences médicales, la communauté trans* ne s’y identifiant donc pas. On parle de transition et non de « transformation » et il n’y a pas forcément de début ou de fin aux transitions des personnes trans* : parler de transition « achevée » sous-entend qu’il y a forcément des étapes finales nécessaires pour faire une « bonne » transition. Enfin, les descriptions corporelles sont également à éviter, les corps trans* étant déjà, au quotidien, fétichisés, et les questions sur leurs corps étant encore bien trop souvent intrusives et mal intentionnées. Dans le contexte de cet article, avec la double fétichisation des corps trans* et des corps prostitués, cette référence est doublement choquante.

On peut également s’interroger sur l’empressement et l’acharnement à les arrêter, alors même que l’on sait que la précarité financière et sociale touche de plein fouet les personnes trans*, et encore davantage les travailleurs et travailleurs du sexe, qui ne peuvent plus exercer leur métier et peinent à survivre, à les condamner à une peine de prison, dans des conditions carcérales qui sont déplorables, discriminatoires et particulièrement violentes pour les femmes trans*, ainsi que s’interroger sur la demande d’expulsion, jugement disproportionné, au Brésil, leurs pays d’origine, où le président Jair Bolsonaro met en place une politique particulièrement violente envers les personnes LGBTIQ et où la vie de ces deux femmes trans* sera en danger.

Nous condamnons également le traitement carcéral dont les deux femmes ont été victimes et en appelons aux autorités de prendre notamment des mesures contre les gardiens qui les ont observées sous la douche et, à l’avenir, de mettre en place des mesures de formations auprès des gardien.ne.s et autre corps de métier du milieu carcéral. Nous en appelons également aux autorités à mettre en place une réflexion concernant la prise en charge des personnes trans* en milieu carcéral, pour notamment éviter un isolement total, contraire aux droits fondamentaux, dans le but de les « protéger » des autres personnes incarcérées.

Nous en appelons ainsi la Tribune de Genève, le 20 minutes, le Temps, et tous les médias, à utiliser les bons termes, à ne pas mégenrer les personnes trans* et à ne pas reconduire des stéréotypes transphobes qui s’avèrent violents, et à mettre en place des modules de formation pour leurs journalistes. Nous en appelons en particulier à la Tribune de Genève et demandons la modification du titre et du chapeau, ainsi que d’une partie de l’article en utilisant les termes adéquats. »

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Commentaires

  • Vous devriez vous inquiéter au plus haut point de l'instrumentalisation des minorités par le "consensus mou", sous prétexte de les protéger. Je fais référence, entre autres, mais notamment, à la loi Avia sur la diffusion de propos haineux sur internet, une loi liberticide, adoptée hier par le parlement français, proposée par la députée Laetitia Avia, qui, en privé, se félicita d'avoir réussi à faire passer un "amendement PD", en référence à un amendement de loi pour la protection des réfugiés LGBT et qui trouve, en privé toujours, que les PD ne sont vraiment pas doués pour la com,

  • Difficile de ne pas croire qu'il s'agit d'un démarrage d'une campagne comme ce fut le cas de l'homophobie.

    Le "ressenti" est une affaire dans les relations privé, ce qui touche aux restes, ce sont les papiers.
    Parler de "transition" au lieu de "transformation".... Comme si le mot "transformation" est honteux et que transition est positif (pour combien d'année ?).

    Bref le problème ne sont pas les médias, mais l'acceptation de soi, où les mots qui reflètent l'extérieurs, la réalité, sont vu comme de la transphobie.

    Parler de transphobie envers les médias (Le Temps, journal de gauche) pour y exercer un lobbysme à but politique, c'est de la médiaphobie. Inacceptable.

    Une lettre sans tapage à ces médias pour exposer votre point de vue, aurait été normal. Les insultes publiques non.

    Quant au Brésil, c'est une démocratie, Bolsonaro n'est pas le Brésil. Et si c'était Lula en poste, vous auriez dit quoi ?

    Que l'association aide les trans, tant mieux, mais le lobbysme à ce niveau décrédibilise l'association. On n'est pas aux US, ni en France.

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