« Militant infatigable » (2/4)

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Deuxième partie de mon interview par Muriel Waeger, directrice romande de Pink Cross, publiée dans l’édition de juin 2020 du « Pink Mail », journal de l’association Pink Cross qui paraît 4 fois par an et se définit comme « magazine politique LGBT ». (1)

En 2004 et 2011, tu as fait partie du comité d’organisation de la Pride de Genève. Quelles sont les choses qui se passent différemment aujourd’hui lors d’une Pride ?

Déjà entre 2004 et 2011, l’organisation était devenue plus compliquée en raison, notamment, des normes de sécurité et de l’augmentation des frais. Même si j’ai suivi de bien plus loin l’organisation de la Geneva Pride 2019, j’ai pu me rendre compte qu’il fallait un sacré courage pour organiser dorénavant un événement de cette envergure avec toutes les contraintes mises par les autorités. La communauté peut être très reconnaissante à l’égard de toutes les personnes qui s’engagent pour mettre sur pied une Pride !

Les Prides sont critiquées par certain.e.s notamment en raison du budget conséquent que la communauté LGBTI + doit investir dans la sécurité, mais aussi parce que ces marches ne sont plus assez politiques. Que penses-tu de ces critiques ?

Je peux comprendre que l’inflation du budget pour la sécurité irrite. Mais l’impact des Prides est très important en termes de visibilité pour la communauté LGBT, c’est le prix à payer pour maintenir ces manifestations. Aujourd’hui encore, il est essentiel qu’elles puissent avoir lieu, ne serait-ce que pour dire aux personnes qui sont dans le placard qu’elles ne sont pas seules. Quant à la critique sur le fait qu’elles ne sont plus assez politiques, on ne peut pas généraliser, cela dépend de l’endroit où elles se tiennent. On peut comprendre qu’en Valais ou au Tessin, les revendications soient moins visibles qu’à Genève. Il faut parfois savoir avancer plus lentement pour atteindre son objectif. Et quand on regarde les résultats obtenus par les cantons du Valais et du Tessin lors de la votation du 9 février, on ne peut que s’en féliciter !  

Tu as aussi eu plusieurs mandats politiques en Ville de Genève, puis au Grand Conseil. Est-ce que ces immersions dans le monde politique ont été pour toi des moyens de te préoccuper d’autres thématiques ?

Oui, bien sûr. Je suis très intéressé par tout ce qui touche aux domaines de l’éducation, j’ai une formation d’enseignant, du social, de la santé, de l’environnement et des finances. Concernant ce dernier point, j’ai vu à quel point il était important pour les associations d’avoir des relais politiques pour obtenir ou simplement garantir leur subvention. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû expliquer à mes collègues l’importance du travail associatif pour nos collectivités.

En 2008, lorsque tu étais député au Grand conseil de Genève, tu as déposé, avec un collègue socialiste, un texte intitulé « Résolution du Grand Conseil genevois à l'Assemblée fédérale exerçant le droit d'initiative cantonal à propos de la modification de la Constitution fédérale de la Confédération suisse (modification de l'art. 8, al. 2) et de la modification du Code Pénal suisse (art. 261bis) ». Avec cette résolution, tu es en quelque sorte à la source de la modification de la norme pénale contre les discriminations sur laquelle nous avons voté cet hiver. Quel a été ton sentiment lorsque tu as vu que nous allions largement gagner ?

Un sentiment de joie, bien évidemment, même si j’ai quand même de la peine à comprendre que pour 37% de la population ne pas punir les propos homophobes n’est pas un problème ! Mais comme je suis quelqu’un de positif, et malgré le fait que j’ai perdu un pari parce que je pensais que nous obtiendrions plus de 70% de OUI au niveau national (rires), je suis ravi de constater que presque 75% des Romands ont soutenu ce changement législatif, avec même plus de 80% dans le canton de Vaud !

Pour la première partie, c’est ici : https://independance.blog.tdg.ch/archive/2020/06/14/militant-infatigable-1-4-307019.html

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