« Militant infatigable » (3/4)

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Troisième partie de mon interview par Muriel Waeger, directrice romande de Pink Cross, publiée dans l’édition de juin 2020 du « Pink Mail », journal de l’association Pink Cross qui paraît 4 fois par an et se définit comme « magazine politique LGBT ». (1)

Parmi tes nombreuses activités, tu as aussi été président du Groupe sida Genève (GSG) pendant six ans. Pourquoi t’es-tu engagé en faveur de la lutte contre le sida ?

Quand l’épidémie du sida a débuté dans les années 80, j’étais un jeune adulte. J’ai été très touché par tout ce que j’ai lu et vu comme reportages sur cette maladie. Je trouvais choquant que l’on puisse non seulement mourir suite à un acte sexuel, mais également que l’on soit discriminé, rejeté parce qu’on était séropositif. Avec le recul, je me dis que si j’avais commencé à vivre ma vie d’homosexuel à 18 ans plutôt qu’à 34, je ne serais peut-être plus là aujourd’hui. Quand l’opportunité s’est présentée de m’engager concrètement dans la lutte contre le sida, cela m’a dès lors paru une évidence.

Tu as également milité, en tant que représentant du GSG, au niveau international avec Coalition Plus, coalition internationale d’ONG communautaires de lutte contre le sida. Qu’est-ce que ces 5 ans t’ont appris ?

Grâce à cet engagement, j’ai tout d’abord fait la connaissance de personnes formidables qui s’engagent jour après jour pour la lutte contre le sida et avec des moyens fort différents suivant les pays. Ensuite, grâce à ces voyages, j’ai pu appréhender des réalités qui sont bien loin de celles que nous connaissons dans les pays dits riches. On a trop tendance à oublier que si le sida s’apparente dorénavant chez nous à une maladie chronique, il tue encore un million de personnes dans le monde chaque année !

Qu’est-ce qui t’a le plus frappé dans ces voyages ?

Quand que je suis allé au Burundi, j’ai pu suivre pendant une semaine l’équipe de l’association locale de lutte contre le sida. J’ai pu constater au gré de mes rencontres à quel point la corrélation était forte entre droit des personnes et risque de contamination. Les personnes LGBT n’ont aucun droit au Burundi où l’homosexualité est punissable de trois ans d’emprisonnement. Cette situation pousse les personnes LGBT à la clandestinité, à l’usage de drogues et à la prostitution. Dans un tel contexte, il est très difficile de leur venir en aide, mais c’est pourtant ce que fait l’association locale en allant à leur rencontre pour faire de la prévention.

Tu es engagé depuis plus de 20 ans. Qu’est-ce qui te donne envie de continuer à lutter ?

Je crois tout d’abord que quand on est militant, on le reste toute sa vie ! Ensuite, l’égalité des droits pour toutes et tous n’est de loin pas encore acquise, il y a donc toujours de quoi lutter. Enfin, j’apprécie de me retrouver avec d’autres personnes qui proviennent d’horizons différents, de plusieurs générations et avec lesquelles je partage mes combats, c’est motivant et enrichissant, mais aussi parfois complexe, pour rester poli (rires).

(1) Pour les deux premières parties, c’est ici :

https://independance.blog.tdg.ch/archive/2020/06/14/militant-infatigable-1-4-307019.html

https://independance.blog.tdg.ch/archive/2020/06/21/militant-infatigable-2-4-307152.html

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