« Queen & Slim » : d’une brûlante actualité (et 9 films à l’affiche)

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IMG_1106.jpgSorti en février, et toujours à l’affiche après la pause forcée des cinémas, « Queen & Slim » a donc été tourné bien avant les dramatiques événements en lien avec le meurtre de George Floyd le 25 mai dernier. S’il est d’une brûlante actualité par l’histoire qu’il raconte, le film met avant tout en exergue les fortes tensions qui existent entre la police et les Afro-américains aux Etats-Unis.

En rentrant en voiture suite à leur premier rendez-vous, Queen et Slim, deux Afro-américains, sont arrêtés par un policier blanc pour une infraction mineure au code de la route. L’attitude déplacée de ce dernier va conduire Slim, en position de légitime défense, à tuer le policier. Forcés de fuir, sachant que la justice ne leur donnerait aucune chance de se défendre, les deux fugitifs vont, au fur et à mesure de leur périple, apprendre à se découvrir et constater que leur histoire tragique résonne fortement aux oreilles d’une partie de la population qui n’hésite pas à les élever au rang de héros.

« Queen & Slim » n’est pas un film parfait. Les invraisemblances, même pour du cinéma, sont nombreuses, le temps peut paraître parfois un peu long et la fin est « too much ». Mais ces défauts ne doivent pas servir d’excuse pour ne pas aller voir ce film : le destin de Queen et de Slim vous prend la plupart du temps aux tripes avec les deux premières scènes, la rencontre dans le café suivie par le contrôle de police d’une folle intensité, qui posent toutes les bases de ce film romantique, politique, à suspense, beau esthétiquement et fort bien joué. (3 étoiles)

A l’affiche du mercredi 1er au mardi 7 juillet

4 étoiles. « Invisible Man ». Cecilia partage une vie aisée avec un brillant et riche scientifique au comportement très possessif. Ne supportant plus son attitude, elle s’enfuit en demandant de l’aide à sa sœur. Peu de temps après, son beau-frère lui apprend que son mari s’est suicidé. Il lui laisse une part de son immense fortune à condition qu’elle respecte certaines conditions, comme celle de ne pas enfreindre la loi, ce qui va devenir de plus en plus compliqué au fur et à mesure que Cecilia prend conscience qu’elle est harcelée par quelqu’un d’invisible et qui s’attaque à son entourage. Mais comment faire croire une chose pareille sans perdre la raison et passer pour une folle ? Le suspense est à son comble dès le début et, à l’exception d’un petit coup de mou après cette entrée en matière tonitruante, il ne se dément pas jusqu’à une fin qui est la synthèse de plusieurs scènes marquantes du film. Porté par Elisabeth Moss littéralement habitée par son rôle et par une mise en scène qui tient le spectateur en haleine en lui donnant des frissons, « Invisible Man » ravira par conséquent les fans de thriller fantastique avec une bonne dose d’épouvante.

4 étoiles. « Dunkerque ». Mai 1940. 400 000 soldats anglais sont pris en tenaille entre la mer du Nord et l’armée allemande sur les plages de Dunkerque. Pour éviter un massacre à grande échelle et rapatrier les troupes de sa Majesté, il va falloir compter sur les troupes françaises, sur la Royal Air Force et enfin sur la flotte militaire et…civile anglaise. Pour raconter cet épisode de la seconde guerre mondiale, Christopher Nolan, le réalisateur, entre autres, de la trilogie Batman, d’Inception et d’Interstellar, a pris trois angles d’attaque avec des espaces-temps différents qui se rejoindront à la fin du film : une semaine pour les événements qui se déroulent sur terre, un jour pour ceux qui ont lieu sur mer et une heure pour ceux qui ont comme décor le ciel. Il n’y a pas de temps mort dans « Dunkerque » et très peu de dialogues. Le film met en scène, sans hémoglobine, avec brio, et par moments émotion, ces soldats pris au piège sur terre et sur mer, le danger venant en premier lieu du ciel. A ce propos, les combats aériens sont à couper le souffle. « Dunkerque » est un blockbuster, mais avec toutefois l’ambition d’être également un film d’auteur. Ambition réussie grâce à une maîtrise technique époustouflante, une mise en scène qui ne laisse rien au hasard, une narration originale et, pour couronner le tout, une très belle distribution. (les 1, 4, 5 et 6 juillet)

3 étoiles. « Dark Waters ». L’avocat Rob Bilott, qui a vécu une partie de son enfance dans cette région, est interpellé par un paysan dont les bêtes meurent les unes après les autres après avoir eu un comportement extrêmement agressif et présentant de graves anomalies physiques. L’avocat découvre assez rapidement que ce sont les rejets toxiques de l’usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région, qui sont les responsables de cette pollution mortelle. Mais pour le prouver, il va devoir affronter de nombreux obstacles qui vont mettre en péril sa carrière, sa vie de famille et sa santé. Film-enquête, qui se déroule sur près de deux décennies, sur un des plus gros scandales industriels et environnementaux de ces quarante dernières années, « Dark Waters » expose avec une grande précision et beaucoup de sérieux, les tenants et aboutissants de cette sordide affaire. A tel point que le film, après un début captivant et enlevé, prend des allures de documentaire, ce qui n’est pas sans conséquence sur son rythme qui connaît une nette baisse de régime dans sa deuxième partie. Mais malgré cette faiblesse, les questions que soulèvent le film, et notamment celle de la complexité du combat de la justice contre d’énormes intérêts financiers, ne laisseront personne indifférent.

3 étoiles. « La Mule ». Inspiré de la vie de Leo Sharp, « La Mule » raconte non seulement comment un vieil homme de près de 90 ans en est arrivé à être un passeur de drogues hors normes, mais également comment il en a tiré profit, au sens propre et figuré, pour tenter de recoller les morceaux avec sa famille qu’il avait délaissée tout au long de sa vie. Après le ratage de son précédent film, « Le 15h17 pour Paris », Clint Eastwood ne pouvait que faire mieux. Et tel est, heureusement, le cas. Il y a certes des scènes trop répétitives, d’autres peu crédibles et le scénario ménage peu de surprises. Mais malgré ces critiques, le film se laisse voir avec un certain plaisir grâce avant tout à l’excellente performance d’acteur de Clint Eastwood qui joue avec conviction un personnage réactionnaire sur les bords et qui pense avant tout à lui. Mais en approchant de la fin de sa vie, il va être capable de se remettre en question et faire preuve d’autodérision. On s’attache à ce vieil homme pince-sans-rire et plein de charme à tel point que malgré son activité on ne peut plus répréhensible, le spectateur espère qu’il échappera à la police. Situé quelque part entre comédie, drame et thriller, « La Mule » est un film loin d’être parfait, mais pour lequel on éprouve une indéniable tendresse pour son héros. (les 4 et 6 juillet)

3 étoiles. « Sorry We Missed You ».  Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Ricky enchaîne les boulots mal payés et son épouse est aide à domicile. S'ils veulent avoir une chance d'améliorer leurs conditions de vie, il est temps de prendre des risques. Une opportunité semble se présenter grâce à la révolution numérique. Ricky va acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et Ricky et sa famille vont l'apprendre à leurs dépens. A la lecture de ce synopsis, on aura compris que Ken Loach est fidèle à son cinéma en dénonçant les injustices sociales et cette société qui n'hésite pas à broyer les humains à l'aide des nouvelles technologies au nom du profit. Et avec des dommages collatéraux très importants sur la vie de famille, en l'occurrence. Si « Sorry We Missed You » ne retrouve pas le superbe équilibre entre critique sociétale et émotion qui prévalait dans le formidable « Moi, Daniel Blake », il n'en demeure pas moins qu'un film de Ken Loach vaut toujours la peine d'être vu, même quand il n'est pas totalement réussi, car il renvoie à une réalité qui ne peut qu'interpeller. (seulement le 7 juillet)

2 étoiles. « Un ami extraordinaire ». Basé sur une histoire vraie, « Un ami extraordinaire » raconte la rencontre en 1998 entre Fred Rogers, présentateur américain d’une émission de télévision pour enfants entre 1968 et 2001, et Lloyd Vogel, journaliste contraint par sa rédactrice en cheffe de brosser le portrait de ce héros de l’Amérique qui ne l’inspire pas du tout. Mais Lloyd va découvrir au fur et à mesure des entretiens que lui accorde Fred Rogers que ce dernier n’est pas adulé par son public depuis si longtemps par hasard. Il va même jouer les thérapeutes et aider Lloyd à régler ses comptes avec le passé avant qu’il ne soit trop tard. A la lecture de ce synopsis, on aura compris que tous les éléments sont là pour faire de « Un ami extraordinaire » un mélodrame sirupeux dont le cinéma américain a le secret. A vrai dire, tel est bien le cas. Mais une fois son âme d’enfant retrouvée et le ton gentiment agaçant de Fred Rogers intégré, on peut se laisser embarquer par ce conte moderne par moment émouvant par les thèmes qu’il aborde : la famille, la paternité, l’abandon, le deuil, le pardon, la compassion. Rien donc de bien extraordinaire, contrairement à son titre, dans ce film, à la distribution impeccable, mais beaucoup d’humanité. Et c’est déjà pas mal.

2 étoiles. « Interstellar ». Sur la forme le film est plutôt agréable à l’œil (moins aux oreilles, avec une musique omniprésente et fatigante), mais les images dans l’espace n’ont rien de révolutionnaires. Quant au fond, il utilise les grosses ficelles émotionnelles dont le cinéma américain a le secret en y mêlant des dialogues philosophico-scientifiques auxquels on ne comprend rien ou presque. Cela n’empêche toutefois pas de suivre l’histoire, avec ses gentils et ses méchants et ses nombreuses références à l’espace-temps tordu dans tous les sens au cours du film, d’un ancien pilote de la NASA qui part à la recherche d’une autre Terre, la nôtre étant à l’agonie. Un long (près de 3 heures !) divertissement pas désagréable, mais pas indispensable. (les 2, 4, 5 et 6 juillet)

2 étoiles. « Once Upon A Time…in Hollywood ». L’histoire de Rick Dalton, star de la télévision des années 50 sur le déclin, et de sa fidèle doublure, est très bien reconstituée. Les décors, la lumière et la photographie sont superbes. On se croirait vraiment dans le Hollywood de la fin des années 60. Le film est bourré de références cinématographiques et télévisuelles à ces années-là, américaines évidemment, qui parleront aux quinquagénaires et plus, avec un plaisir certain. Du côté de la distribution, rien à redire non plus : Leonardo Di Caprio et Brad Pitt sont très bons, même si le premier est desservi par des scènes de « film dans le film » qui n’en finissent pas, surtout dans la première partie. Les moments les plus réussis du film mettent le plus souvent en scène Brad Pitt. C’est tout particulièrement le cas lorsqu’il est en contact avec les hippies, avec son chien ou encore lors des vingt dernières minutes qui s’apparentent à un film d’horreur. A ce propos, que dire de cette fin très réussie sur un plan cinématographique, mais qui ne respecte pas du tout la réalité de l’épisode tragique auquel elle fait référence et qui a marqué durablement les esprits ? Au final, un film formellement impeccable, mais très inégal dans le fond avec des scènes jubilatoires et d’autres où on s’ennuie ferme. (seulement le mercredi 1er juillet)

1 étoile. « La Bonne épouse ». Paulette van der Beck est la femme du directeur d’une école ménagère qui apprend à ses étudiantes à devenir de parfaites épouses. Elle est aidée dans sa tâche par sa belle-sœur et par une bonne sœur. La mort de son mari, la découverte que celui-ci a joué leur argent aux courses, le retour de son premier amour et le vent de liberté qui souffle sur la France à l’approche de Mai 68 vont faire vaciller ses certitudes. Histoire de l’émancipation des femmes en accéléré, « La Bonne épouse » laisse pour le moins perplexe. Il n’est en effet pas crédible une seule seconde que le personnage joué par Juliette Binoche, qui fait preuve d’un beau sens de l’autodérision et qui tient tout le film sur ses épaules, puisse se remettre en question aussi soudainement et entraîne avec elle sa belle-sœur, Yolande Moreau qui une fois de plus joue les demeurées jusqu’à la caricature, ainsi que la bonne sœur qui est tout d’un coup touchée par la grâce du féminisme. On frise souvent le ridicule. Alors, certes, il y a bien quelques scènes où l’on sourit, parfois jaune, notamment au moment du reportage télévisuel en noir et blanc qui montre bien la condition des femmes il y a soixante ans, mais ce n’est de loin pas suffisant pour faire oublier que le tout sonne faux.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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Commentaires

  • Très belle analyse. L’amie Dominique l’a bcp aimé, 4 étoiles! A voi r donc.

  • Très belle analyse, l’amie Dominique l’a bcp aimé, 4 etoiles.

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