« Tout Simplement Noir » : drôle et pas bête du tout (et 10 films à l’affiche)

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IMG_1258.jpgLe titre du film est une référence au groupe de hip-hop du même nom des années 80. Pour Jean-Pierre Zadi et John Wax, les réalisateurs, « il s’agit de mettre en avant le fait que le mot « noir » peut être employé sans que cela soit honteux, c’est juste une couleur. » Le ton de ce vrai-faux documentaire est donné avec cette explication : le noir y est décliné du plus clair au plus foncé et le plus souvent de manière jubilatoire grâce à un humour utilisé dans toutes ses facettes.

JP, un acteur raté de 40 ans qui a tout de même une petite notoriété sur internet grâce à des vidéos comiques, décide d’organiser une marche de contestation d’hommes noires à Paris. Mais pour que cette initiative soit un succès, il faut qu’il puisse rallier à son projet des personnalités noires connues. Grâce au soutien du comique Fary, intéressé à redorer son blason après avoir prêté son image à une publicité raciste, il va faire le plus souvent des rencontres explosives qui ne vont pas forcément tourner à l’avantage de JP.

Pour Jean-Pascal Zadi, également acteur principal, le film est né « de l’envie de faire une œuvre collégiale, drôle et porteuse d’un message. On voulait fédérer un maximum de personnalités noires autour de ce projet et avoir le plaisir de les voir s’éclater à l’écran. » Pour atteindre leur but, les deux réalisateurs ont écrit des scènes politiquement incorrectes en fonction de leurs envies, puis les ont proposées à des personnalités (Claudia Tagbo, Kareen Guiok, JoeyStarr, Eric et Ramzy, Mathieu Kassovitz, Soprano, Stéfi Celma, Omar Sy pour n’en citer que quelques-uns) qui ont accepté de les tourner en n’ayant pas peur de jouer avec leur image en faisant preuve d’un grand sens de l’autodérision.

Et il faut bien dire que c’est le plus souvent réussi, voire excellent comme, par exemple, la scène totalement délirante entre Fabrice Eboué et Lucien Jean-Baptiste. En résumé, une comédie drôle et pas bête du tout sur un sujet pourtant casse-gueule. Plutôt rare dans l’univers de la comédie française. (4 étoiles)

A l’affiche

4 étoiles. « Amazing Grace ». En janvier 1972, Aretha Franklin, au fait de sa gloire, enregistre en deux jours un album live de Gospel dans une église baptiste de Los Angeles. Le disque de ce concert, intitulé « Amazing Grace », deviendra la meilleure vente de tous les temps pour un album de Gospel. Ce concert a été entièrement filmé par Sydney Pollack. Mais des problèmes de synchronisation entre le son et l’image et plusieurs reports pour remédier à cette anomalie nécessitant un énorme travail n’ont pas permis d’exploiter les 20 heures de rushes pendant des décennies. C’est donc avec un immense plaisir que les amateurs de Gospel et d’Aretha Franklin peuvent enfin découvrir sur grand écran ce documentaire. Il met non seulement en valeur le formidable talent de la chanteuse, mais aussi toute la ferveur religieuse et les émotions. C’est ainsi que les regards, notamment ceux des choristes qui accompagnent la diva, les larmes de certains participants submergés par l’émotion que la chanteuse fait naître en eux, l’enthousiasme général, les prises de vue sur le public ou encore l’imperfection de certains plans, qui donnent l’impression de participer soi-même au concert, font que ce documentaire musical est le plus souvent passionnant.

4 étoiles. « Dunkerque ». Mai 1940. 400 000 soldats anglais sont pris en tenaille entre la mer du Nord et l’armée allemande sur les plages de Dunkerque. Pour éviter un massacre à grande échelle et rapatrier les troupes de sa Majesté, il va falloir compter sur les troupes françaises, sur la Royal Air Force et enfin sur la flotte militaire et…civile anglaise. Pour raconter cet épisode de la seconde guerre mondiale, Christopher Nolan, le réalisateur, entre autres, de la trilogie Batman, d’Inception et d’Interstellar, a pris trois angles d’attaque avec des espaces-temps différents qui se rejoindront à la fin du film : une semaine pour les événements qui se déroulent sur terre, un jour pour ceux qui ont lieu sur mer et une heure pour ceux qui ont comme décor le ciel. Il n’y a pas de temps mort dans « Dunkerque » et très peu de dialogues. Le film met en scène, sans hémoglobine, avec brio, et par moments émotion, ces soldats pris au piège sur terre et sur mer, le danger venant en premier lieu du ciel. A ce propos, les combats aériens sont à couper le souffle. « Dunkerque » est un blockbuster, mais avec toutefois l’ambition d’être également un film d’auteur. Ambition réussie grâce à une maîtrise technique époustouflante, une mise en scène qui ne laisse rien au hasard, une narration originale et, pour couronner le tout, une très belle distribution.

3 étoiles. « Dark Waters ». L’avocat Rob Bilott, qui a vécu une partie de son enfance dans cette région, est interpellé par un paysan dont les bêtes meurent les unes après les autres après avoir eu un comportement extrêmement agressif et présentant de graves anomalies physiques. L’avocat découvre assez rapidement que ce sont les rejets toxiques de l’usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région, qui sont les responsables de cette pollution mortelle. Mais pour le prouver, il va devoir affronter de nombreux obstacles qui vont mettre en péril sa carrière, sa vie de famille et sa santé. Film-enquête, qui se déroule sur près de deux décennies, sur un des plus gros scandales industriels et environnementaux de ces quarante dernières années, « Dark Waters » expose avec une grande précision et beaucoup de sérieux, les tenants et aboutissants de cette sordide affaire. A tel point que le film, après un début captivant et enlevé, prend des allures de documentaire, ce qui n’est pas sans conséquence sur son rythme qui connaît une nette baisse de régime dans sa deuxième partie. Mais malgré cette faiblesse, les questions que soulèvent le film, et notamment celle de la complexité du combat de la justice contre d’énormes intérêts financiers, ne laisseront personne indifférent.

3 étoiles. « Sorry We Missed You ».  Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Ricky enchaîne les boulots mal payés et son épouse est aide à domicile. S'ils veulent avoir une chance d'améliorer leurs conditions de vie, il est temps de prendre des risques. Une opportunité semble se présenter grâce à la révolution numérique. Ricky va acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et Ricky et sa famille vont l'apprendre à leurs dépens. A la lecture de ce synopsis, on aura compris que Ken Loach est fidèle à son cinéma en dénonçant les injustices sociales et cette société qui n'hésite pas à broyer les humains à l'aide des nouvelles technologies au nom du profit. Et avec des dommages collatéraux très importants sur la vie de famille, en l'occurrence. Si « Sorry We Missed You » ne retrouve pas le superbe équilibre entre critique sociétale et émotion qui prévalait dans le formidable « Moi, Daniel Blake », il n'en demeure pas moins qu'un film de Ken Loach vaut toujours la peine d'être vu, même quand il n'est pas totalement réussi, car il renvoie à une réalité qui ne peut qu'interpeller. 

2 étoiles. « Les Parfums ». Anne Walberg est une célébrité dans le monde du parfum. Sa carrière a toutefois connu un sérieux coup d’arrêt quelques années auparavant. Cela a eu pour conséquence qu’elle crée dorénavant des flagrances pour des sociétés en tout genre, ce qui ne l’épanouit guère et n’améliore pas son caractère de diva égoïste. Elle va trouver en Guillaume, son nouveau chauffeur, une personnalité qui va oser lui tenir tête. Sans doute la raison pour laquelle elle ne va pas le renvoyer et le laisser petit à petit entrer dans son univers parfumé. Il ne se passe pas grand-chose durant les 100 minutes que dure le film. Il y a certes quelques rebondissements, mais ils sont le plus souvent prévisibles. Pourtant, on ne s’ennuie pas vraiment. Une seule et bonne raison à ce constat : le duo Emmanuelle Devos-Grégory Montel fonctionne à merveille. La première réussit à rendre attachant son personnage pourtant antipathique et le second fait preuve d’une humanité à toute épreuve, que ce soit dans son rôle de père divorcé ou de chauffeur qui a du…flair. Un film qui fait le plein de tendresse tout en évitant l’écueil du roman à l’eau de rose, ce n’est déjà pas si mal.

 2 étoiles. « Un ami extraordinaire ». Basé sur une histoire vraie, « Un ami extraordinaire » raconte la rencontre en 1998 entre Fred Rogers, présentateur américain d’une émission de télévision pour enfants entre 1968 et 2001, et Lloyd Vogel, journaliste contraint par sa rédactrice en cheffe de brosser le portrait de ce héros de l’Amérique qui ne l’inspire pas du tout. Mais Lloyd va découvrir au fur et à mesure des entretiens que lui accorde Fred Rogers que ce dernier n’est pas adulé par son public depuis si longtemps par hasard. Il va même jouer les thérapeutes et aider Lloyd à régler ses comptes avec le passé avant qu’il ne soit trop tard. A la lecture de ce synopsis, on aura compris que tous les éléments sont là pour faire de « Un ami extraordinaire » un mélodrame sirupeux dont le cinéma américain a le secret. A vrai dire, tel est bien le cas. Mais une fois son âme d’enfant retrouvée et le ton gentiment agaçant de Fred Rogers intégré, on peut se laisser embarquer par ce conte moderne par moment émouvant par les thèmes qu’il aborde : la famille, la paternité, l’abandon, le deuil, le pardon, la compassion. Rien donc de bien extraordinaire, contrairement à son titre, dans ce film, à la distribution impeccable, mais beaucoup d’humanité. Et c’est déjà pas mal.

2 étoiles. « Le Roi Lion ». Le réalisme des images de cette nouvelle version apporte-t-il quelque chose par rapport au dessin animé ? Après la scène d’ouverture, la réponse est incontestablement positive : les images de synthèse sont absolument magnifiques et l’émotion déjà présente. Mais plus dure sera la chute : dès les premiers dialogues, la magie cesse instantanément. Un lion tellement réaliste qui parle, ça ne le fait pas et bien évidemment les expressions du visage, si l’on ose dire, ne suivent pas non plus par rapport à l’animation. Trop de réalisme, tue le réalisme. Mais heureusement, la puissance de l’histoire est suffisamment forte pour petit à petit passer par-dessus ce gros obstacle. Et puis, la performance technique est bien là. Mais on l’aura compris, ce remake n’apporte pas grand-chose par rapport au dessin animé. Une fois de plus, l’original est supérieur à la copie.

2 étoiles. « Interstellar ». Sur la forme le film est plutôt agréable à l’œil (moins aux oreilles, avec une musique omniprésente et fatigante), mais les images dans l’espace n’ont rien de révolutionnaires. Quant au fond, il utilise les grosses ficelles émotionnelles dont le cinéma américain a le secret en y mêlant des dialogues philosophico-scientifiques auxquels on ne comprend rien ou presque. Cela n’empêche toutefois pas de suivre l’histoire, avec ses gentils et ses méchants et ses nombreuses références à l’espace-temps tordu dans tous les sens au cours du film, d’un ancien pilote de la NASA qui part à la recherche d’une autre Terre, la nôtre étant à l’agonie. Un long (près de 3 heures !) divertissement pas désagréable, mais pas indispensable.

2 étoiles. « Once Upon A Time…in Hollywood ». L’histoire de Rick Dalton, star de la télévision des années 50 sur le déclin, et de sa fidèle doublure, est très bien reconstituée. Les décors, la lumière et la photographie sont superbes. On se croirait vraiment dans le Hollywood de la fin des années 60. Le film est bourré de références cinématographiques et télévisuelles à ces années-là, américaines évidemment, qui parleront aux quinquagénaires et plus, avec un plaisir certain. Du côté de la distribution, rien à redire non plus : Leonardo Di Caprio et Brad Pitt sont très bons, même si le premier est desservi par des scènes de « film dans le film » qui n’en finissent pas, surtout dans la première partie. Les moments les plus réussis du film mettent le plus souvent en scène Brad Pitt. C’est tout particulièrement le cas lorsqu’il est en contact avec les hippies, avec son chien ou encore lors des vingt dernières minutes qui s’apparentent à un film d’horreur. A ce propos, que dire de cette fin très réussie sur un plan cinématographique, mais qui ne respecte pas du tout la réalité de l’épisode tragique auquel elle fait référence et qui a marqué durablement les esprits ? Au final, un film formellement impeccable, mais très inégal dans le fond avec des scènes jubilatoires et d’autres où on s’ennuie ferme.

1 étoile. « La Bonne épouse ». Paulette van der Beck est la femme du directeur d’une école ménagère qui apprend à ses étudiantes à devenir de parfaites épouses. Elle est aidée dans sa tâche par sa belle-sœur et par une bonne sœur. La mort de son mari, la découverte que celui-ci a joué leur argent aux courses, le retour de son premier amour et le vent de liberté qui souffle sur la France à l’approche de Mai 68 vont faire vaciller ses certitudes. Histoire de l’émancipation des femmes en accéléré, « La Bonne épouse » laisse pour le moins perplexe. Il n’est en effet pas crédible une seule seconde que le personnage joué par Juliette Binoche, qui fait preuve d’un beau sens de l’autodérision et qui tient tout le film sur ses épaules, puisse se remettre en question aussi soudainement et entraîne avec elle sa belle-sœur, Yolande Moreau qui une fois de plus joue les demeurées jusqu’à la caricature, ainsi que la bonne sœur qui est tout d’un coup touchée par la grâce du féminisme. On frise souvent le ridicule. Alors, certes, il y a bien quelques scènes où l’on sourit, parfois jaune, notamment au moment du reportage télévisuel en noir et blanc qui montre bien la condition des femmes il y a soixante ans, mais ce n’est de loin pas suffisant pour faire oublier que le tout sonne faux.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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