12 films à l’affiche du 12 au 18 août

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IMG_1385.jpg5 étoiles. « Eté 85 ». L’été de ses 16 ans, Alexis, lors d’une sortie en mer sur la côte normande, chavire avec son dériveur. Il est sauvé par David, 18 ans, qui le séduit très rapidement. Commence alors une romance entre les deux jeunes hommes qui va se révéler avec le temps moins idyllique qu’elle en a l’air de prime abord. Dès les premières secondes du film, le spectateur apprend que David va mourir. Mais il ne sait pas dans quelles circonstances. « Eté 85 » raconte donc l’éveil à l’amour entre deux adolescents. François Ozon a souhaité rendre cette histoire d’amour universelle et y parvient fort bien, car c’est bien la relation entre Alexis et David qui est au cœur du film et le fait qu’elle soit homosexuelle apparaît au second plan. Le film, très bien écrit, est construit sur le principe des flashbacks qui ne lui enlèvent rien à sa lisibilité. Il ménage un réel suspense qui ajoute un intérêt certain à cette histoire d’amour adolescente qui n’en manque pas au demeurant. La mise en scène ne laisse rien au hasard, les images sont soignées, la lumière donne tout son éclat à la romance et les deux jeunes acteurs sont formidables. Les seconds rôles, tenus par des actrices et acteurs de renom, ne sont pas en reste. Et on n’oubliera pas de citer la bande originale qui donne inévitablement un goût de nostalgie à celles et ceux qui étaient ados dans les années 80. A ne pas manquer.

5 étoiles. « Green Book ». Inspiré d’une histoire vraie, « Green Book » est un road movie qui raconte la naissance en 1962 d’une amitié qui dura plus de 50 ans entre un videur italo-américain du Bronx et le Dr Don Shirley, pianiste noir de renommée mondiale. Engagé comme chauffeur pour une tournée de concerts de deux mois dans ce sud des Etats-Unis où la ségrégation raciale est une triste réalité, Tony Vallelonga va au fur et à mesure que le temps passe être bien plus qu’un chauffeur pour le Dr Don Siegel et ce dernier bien plus qu’un simple patron. Le film repose, comme tant d’autres avant lui, sur deux personnalités que tout opposent et qui, pourtant, vont finir par s’apprécier. Rien donc de très original a priori. Sauf que dans « Green Book », et comme c’était le cas dans « Intouchables », on adhère rapidement à cette histoire d’amitié hautement improbable. Et pas seulement parce qu’elle a véritablement existé, mais parce que les deux personnages sont chacun à leur manière très humain et que, du coup, tout devient possible. Ajouter à cela deux acteurs excellents, un contexte malheureusement toujours d’actualité, des dialogues de très haute volée à la fois drôles et graves, des situations qui se renouvellent à chaque étape évitant tout ennui au spectateur, juste ce qu’il faut d’émotion et vous avez devant les yeux un film parfaitement réussi à voir de préférence en version originale pour le remarquable travail de prononciation des acteurs.

5 étoiles. « Parasite ». Palme d’or du Festival de Cannes, « Parasite » est un long-métrage coréen qui a beaucoup d’atouts : un scénario intelligent qui tient le rythme pratiquement du début à la fin avec un énorme coup de théâtre au milieu qui redistribue les cartes, une mise en scène au cordeau, une superbe photographie et une excellente distribution. Si on ajoute à toutes ces qualités, celle d’un film qui commence comme une comédie jubilatoire qui se dirige en cours de route vers le thriller pour finir par flirter avec le film d’horreur, on aura compris que « Parasite » est un film que les cinéphiles ne manqueront pas. « Parasite », c’est l’histoire de la famille Ki-taek dont tous les membres sont au chômage. Un jour, le fils se fait recommander par un camarade d’école pour donner des cours particuliers d’anglais à la fille aînée de la riche famille Park. Une fois dans la place, il réussit à faire engager sa sœur, début d’un engrenage qui va devenir de plus en plus incontrôlable. En résumé, un conte cruel sur le choc des classes réalisé avec très grande classe.

IMG_1235.jpg4 étoiles. « Amazing Grace ». En janvier 1972, Aretha Franklin, au fait de sa gloire, enregistre en deux jours un album live de Gospel dans une église baptiste de Los Angeles. Le disque de ce concert, intitulé « Amazing Grace », deviendra la meilleure vente de tous les temps pour un album de Gospel. Ce concert a été entièrement filmé par Sydney Pollack. Mais des problèmes de synchronisation entre le son et l’image et plusieurs reports pour remédier à cette anomalie nécessitant un énorme travail n’ont pas permis d’exploiter les 20 heures de rushes pendant des décennies. C’est donc avec un immense plaisir que les amateurs de Gospel et d’Aretha Franklin peuvent enfin découvrir sur grand écran ce documentaire. Il met non seulement en valeur le formidable talent de la chanteuse, mais aussi toute la ferveur religieuse et les émotions. C’est ainsi que les regards, notamment ceux des choristes qui accompagnent la diva, les larmes de certains participants submergés par l’émotion que la chanteuse fait naître en eux, l’enthousiasme général, les prises de vue sur le public ou encore l’imperfection de certains plans, qui donnent l’impression de participer soi-même au concert, font que ce documentaire musical est le plus souvent passionnant.

4 étoiles. « Tout Simplement Noir ». JP, un acteur raté de 40 ans qui a tout de même une petite notoriété sur internet grâce à des vidéos comiques, décide d’organiser une marche de contestation d’hommes noires à Paris. Mais pour que cette initiative soit un succès, il faut qu’il puisse rallier à son projet des personnalités noires connues. Grâce au soutien du comique Fary, intéressé à redorer son blason après avoir prêté son image à une publicité raciste, il va faire le plus souvent des rencontres explosives qui ne vont pas forcément tourner à l’avantage de JP. Pour Jean-Pascal Zadi, également acteur principal, le film est né « de l’envie de faire une œuvre collégiale, drôle et porteuse d’un message. On voulait fédérer un maximum de personnalités noires autour de ce projet et avoir le plaisir de les voir s’éclater à l’écran. » Et il faut bien dire que c’est le plus souvent réussi, voire excellent comme, par exemple, la scène totalement délirante entre Fabrice Eboué et Lucien Jean-Baptiste. En résumé, une comédie drôle et pas bête du tout sur un sujet pourtant casse-gueule. Plutôt rare dans l’univers de la comédie française.

IMG_0328.jpg4 étoiles. « Judy » est un biopic sur Judy Garland qui s'intéresse tout particulièrement à l'année 1968 et à la série de concerts qu'elle a donnés pendant cinq semaines à Londres dans un cabaret très à la mode de l'époque. Trente ans après être devenue une star planétaire grâce au « Magicien d'Oz », Judy Garland est dans une mauvaise passe. Elle n'a pas d'autre choix que de quitter les Etats-Unis pour Londres afin de subvenir aux besoins de ses enfants. Mais cette séparation à contrecœur, ses échecs sentimentaux, sa dépendance à l'alcool et aux médicaments ainsi que son enfance sacrifiée pour Hollywood sont autant d'obstacles à surmonter pour briller sur scène. A la lecture de ce synopsis, on aura compris que « Judy » n'est pas une comédie musicale, genre dans lequel la star excellait, mais un drame qui raconte sa chute. Ce côté dramatique n'empêche toutefois pas le rire et la musique d'être présents. A ce propos, les performances scéniques et vocales de Renée Zellweger, Oscar de la meilleure actrice 2020, sont remarquables, comme d'ailleurs l'ensemble de son jeu. Si « Judy » n'est pas un film parfait, il y a quelques scènes redondantes et quelques baisses de rythme, il a, outre son actrice principale, une grande qualité : il laisse la place à l'émotion avec, notamment, dix dernières minutes d'une folle intensité qui vous laissent sans voix au moment du générique de fin.

3 étoiles. « Queen & Slim ». En rentrant en voiture suite à leur premier rendez-vous, Queen et Slim, deux Afro-américains, sont arrêtés par un policier blanc pour une infraction mineure au code de la route. L’attitude déplacée de ce dernier va conduire Slim, en position de légitime défense, à tuer le policier. Forcés de fuir, sachant que la justice ne leur donnerait aucune chance de se défendre, les deux fugitifs vont, au fur et à mesure de leur périple, apprendre à se découvrir et constater que leur histoire tragique résonne fortement aux oreilles d’une partie de la population qui n’hésite pas à les élever au rang de héros. « Queen & Slim » n’est pas un film parfait. Les invraisemblances, même pour du cinéma, sont nombreuses, le temps peut paraître parfois un peu long et la fin est « too much ». Mais ces défauts ne doivent pas servir d’excuse pour ne pas aller voir ce film : le destin de Queen et de Slim vous prend la plupart du temps aux tripes avec les deux premières scènes, la rencontre dans le café suivie par le contrôle de police d’une folle intensité, qui posent toutes les bases de ce film romantique, politique, à suspense, beau esthétiquement et fort bien joué.

3 étoles. « Richard Jewell ». Le film est inspiré d'une histoire vraie. Le 27 juillet 1996, pendant les Jeux Olympiques d'Atlanta, un vigile du nom de Richard Jewell découvre un sac suspect dans un parc où ont lieu des concerts. Il donne aussitôt l'alarme et fait évacuer les lieux sauvant ainsi de nombreuses vies. Héros d'un jour, il devient pourtant trois jours plus tard le principal suspect de l'attentat aux yeux du FBI. Les deux points forts du film sont incontestablement de s'attacher, d'une part, au point de vue de Richard Jewell et de son évolution au fur et à mesure que les accusations se précisent à son encontre et, d'autre part, au duo qu'il forme avec son avocat. La relation entre les deux hommes au cours du film est remarquablement mise en scène et interprétée par Paul Walter Hauser et Sam Rockwell. On peut d'ailleurs y ajouter Kathy Bates, excellente dans le rôle de la mère de Richard Jewell, elle aussi fortement ébranlée par la folie médiatique et la chasse aux sorcières dont est victime son fils. Toutefois, et malgré toutes ces qualités, on reste un peu sur sa faim, car le film n'arrive pas suffisamment à susciter de l'empathie et de l'émotion pour son héros. Mais on saura gré à Clint Eastwood d'avoir réalisé un film tout en nuances sur cet Amérique prompte à célébrer ses héros un jour et à les vouer aux gémonies le lendemain.

3 étoiles. « Sorry We Missed You ».  Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Ricky enchaîne les boulots mal payés et son épouse est aide à domicile. S'ils veulent avoir une chance d'améliorer leurs conditions de vie, il est temps de prendre des risques. Une opportunité semble se présenter grâce à la révolution numérique. Ricky va acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et Ricky et sa famille vont l'apprendre à leurs dépens. A la lecture de ce synopsis, on aura compris que Ken Loach est fidèle à son cinéma en dénonçant les injustices sociales et cette société qui n'hésite pas à broyer les humains à l'aide des nouvelles technologies au nom du profit. Et avec des dommages collatéraux très importants sur la vie de famille, en l'occurrence. Si « Sorry We Missed You » ne retrouve pas le superbe équilibre entre critique sociétale et émotion qui prévalait dans le formidable « Moi, Daniel Blake », il n'en demeure pas moins qu'un film de Ken Loach vaut toujours la peine d'être vu, même quand il n'est pas totalement réussi, car il renvoie à une réalité qui ne peut qu'interpeller.

 3 étoiles. « Les Misérables ». Stéphane effectue son premier jour de service au sein de la brigade Anti-Criminalité de Montfermeil dans la banlieue parisienne. Tout en faisant la connaissance de ses nouveaux co-équipiers, dont les manières d’agir ne manquent pas de le surprendre, Stéphane se rend très rapidement compte des tensions qui règnent au sein du quartier qui est une vraie poudrière. Et il va pourvoir le vérifier lorsque l’interpellation d’un adolescent tourne mal. Malgré une mise en scène brillante du début à la fin, « Les Misérables » est lent au démarrage, on est à la limite de l’ennui. Cette entrée en matière un peu pénible est renforcée par le fait qu’il est difficile d’avoir de l’empathie pour l’un ou l’autre des personnages. L’objectif du réalisateur de renvoyer dos à dos la police et les habitants du quartier est donc atteint, mais avec comme conséquence un manque évident d’émotions. Mais heureusement, le film prend une toute autre dimension au moment où le drame se joue. La tension et le suspense deviennent alors par moment insoutenables grâce à une mise en scène qui de brillante devient carrément grandiose. A ce titre, les amateurs d’un cinéma virtuose apprécieront à leur juste valeur les géniales trente dernières minutes qui méritent à elles toutes seules d’aller voir le film, malgré qu’il ne convainque pas totalement sur le fond.   

2 étoiles. « Un ami extraordinaire ». Basé sur une histoire vraie, « Un ami extraordinaire » raconte la rencontre en 1998 entre Fred Rogers, présentateur américain d’une émission de télévision pour enfants entre 1968 et 2001, et Lloyd Vogel, journaliste contraint par sa rédactrice en cheffe de brosser le portrait de ce héros de l’Amérique qui ne l’inspire pas du tout. Mais Lloyd va découvrir au fur et à mesure des entretiens que lui accorde Fred Rogers que ce dernier n’est pas adulé par son public depuis si longtemps par hasard. Il va même jouer les thérapeutes et aider Lloyd à régler ses comptes avec le passé avant qu’il ne soit trop tard. A la lecture de ce synopsis, on aura compris que tous les éléments sont là pour faire de « Un ami extraordinaire » un mélodrame sirupeux dont le cinéma américain a le secret. A vrai dire, tel est bien le cas. Mais une fois son âme d’enfant retrouvée et le ton gentiment agaçant de Fred Rogers intégré, on peut se laisser embarquer par ce conte moderne par moment émouvant par les thèmes qu’il aborde : la famille, la paternité, l’abandon, le deuil, le pardon, la compassion. Rien donc de bien extraordinaire, contrairement à son titre, dans ce film, à la distribution impeccable, mais beaucoup d’humanité. Et c’est déjà pas mal.

2 étoiles. « Interstellar ». Sur la forme le film est plutôt agréable à l’œil (moins aux oreilles, avec une musique omniprésente et fatigante), mais les images dans l’espace n’ont rien de révolutionnaires. Quant au fond, il utilise les grosses ficelles émotionnelles dont le cinéma américain a le secret en y mêlant des dialogues philosophico-scientifiques auxquels on ne comprend rien ou presque. Cela n’empêche toutefois pas de suivre l’histoire, avec ses gentils et ses méchants et ses nombreuses références à l’espace-temps tordu dans tous les sens au cours du film, d’un ancien pilote de la NASA qui part à la recherche d’une autre Terre, la nôtre étant à l’agonie. Un long (près de 3 heures !) divertissement pas désagréable, mais pas indispensable.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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