« Petit Pays » : une adaptation trop illustrative (et 6 films à l’affiche)

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IMG_1847.jpgQuand on a beaucoup aimé un livre, comme c’est mon cas avec « Petit Pays », et qu’il est ensuite adapté au cinéma, le risque d’être déçu est réel. Et tel est le cas avec le film d’Éric Barbier, quand bien même le résultat final est honnête.

Adapté donc du roman du même nom écrit par Gaël Faye, publié en 2016 et vendu à plus d’un million d’exemplaire, « Petit Pays » raconte l’histoire de Gaby, un petit garçon de 12 ans qui vit dans les années 90 au Burundi avec son père, un entrepreneur français, sa mère rwandaise et sa petite sœur. La guerre civile qui se dessine va chambouler toute son existence et mettre fin brutalement à l’insouciance de son enfance.  

Si le contexte du film est dramatique, le génocide des Tutsis est une horreur dont l’Histoire humaine ne manque hélas pas, le long-métrage le devient petit à petit quand bien même la concentration de l’action est, logiquement en raison de son format, plus dense dans le film que dans le livre. A ce propos, le réalisateur précise : « Il se passe cinq mois entre le coup d’Etat au Burundi qui met le pays à feu et à sang et le début du génocide des Tutsis au Rwanda. La fiction condense la narration de ces drames dans un temps très court, qui donne l’impression que le film est plus brutal que le livre. »

Cette concentration a une double conséquence : elle laisse moins de place aux relations entre Gaby et ses copains, si bien contées dans le roman, et juxtapose des scènes dont il n’est pas toujours évident de voir le lien entre elles. La fluidité du récit en pâtit. Il faut être attentif aux moindres détails, par exemple les infos données à la radio, pour bien comprendre les événements qui vont déclencher le drame.

Mais le reproche principal que l’on peut adresser au réalisateur, c’est qu’il se contente d’illustrer le livre, fort bien d’ailleurs. Il y avait sans doute mieux à faire, comme par exemple commencer par la fin, qui se situe vingt ans plus tard, et remonter le fil des événements avec cette voix qui fait tout le charme du livre que je ne peux que vous conseiller de lire. (3 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Eté 85 ». L’été de ses 16 ans, Alexis, lors d’une sortie en mer sur la côte normande, chavire avec son dériveur. Il est sauvé par David, 18 ans, qui le séduit très rapidement. Commence alors une romance entre les deux jeunes hommes qui va se révéler avec le temps moins idyllique qu’elle en a l’air de prime abord. Dès les premières secondes du film, le spectateur apprend que David va mourir. Mais il ne sait pas dans quelles circonstances. « Eté 85 » raconte donc l’éveil à l’amour entre deux adolescents. François Ozon a souhaité rendre cette histoire d’amour universelle et y parvient fort bien, car c’est bien la relation entre Alexis et David qui est au cœur du film et le fait qu’elle soit homosexuelle apparaît au second plan. Le film, très bien écrit, est construit sur le principe des flashbacks qui ne lui enlèvent rien à sa lisibilité. Il ménage un réel suspense qui ajoute un intérêt certain à cette histoire d’amour adolescente qui n’en manque pas au demeurant. La mise en scène ne laisse rien au hasard, les images sont soignées, la lumière donne tout son éclat à la romance et les deux jeunes acteurs sont formidables. Les seconds rôles, tenus par des actrices et acteurs de renom, ne sont pas en reste. Et on n’oubliera pas de citer la bande originale qui donne inévitablement un goût de nostalgie à celles et ceux qui étaient ados dans les années 80. A ne pas manquer.

4 étoiles. « Les enfants du Platzspitz ». Adapté de l’autobiographie de Michelle Halbheer, « Les enfants du Platzspitz » raconte l’histoire de Mia une fille de 11 ans dont la mère est toxicomane. Après la fermeture du Platzspitz, scène emblématique de la drogue zurichoise dans les années 80-90, Mia et sa mère s’installe dans un village de l’Oberland. Contrainte de s’occuper de sa mère, qu’elle aime profondément et qui lutte avec plus ou moins de succès contre sa toxicomanie, Mia va affronter, souvent bien seule, des épreuves d’une grande dureté. La lecture de ce synopsis pourrait en effrayer plus d’un.e, et à raison. Certaines scènes ou situations sont très dures et leur répétition, rendues nécessaires pour comprendre pour quelles raisons Mia a pu supporter l’insupportable, mettent parfois mal à l’aise. Au même titre d’ailleurs que les services sociaux qui sont en-dessous de tout. Mais « Les enfants du Platzspitz », c’est aussi une histoire d’amour déchirante entre une enfant et sa mère et la formidable capacité d’une gosse de 11 ans d’être par moment non plus la mère de sa mère, mais simplement une petite fille avec ses rêves d’enfant. Un film dur et bouleversant, avec dix dernières minutes d’une folle intensité émotionnelle, qu’on n’oublie pas juste après l’avoir vu.

4 étoiles. « Tout Simplement Noir ». JP, un acteur raté de 40 ans qui a tout de même une petite notoriété sur internet grâce à des vidéos comiques, décide d’organiser une marche de contestation d’hommes noires à Paris. Mais pour que cette initiative soit un succès, il faut qu’il puisse rallier à son projet des personnalités noires connues. Grâce au soutien du comique Fary, intéressé à redorer son blason après avoir prêté son image à une publicité raciste, il va faire le plus souvent des rencontres explosives qui ne vont pas forcément tourner à l’avantage de JP. Pour Jean-Pascal Zadi, également acteur principal, le film est né « de l’envie de faire une œuvre collégiale, drôle et porteuse d’un message. On voulait fédérer un maximum de personnalités noires autour de ce projet et avoir le plaisir de les voir s’éclater à l’écran. » Et il faut bien dire que c’est le plus souvent réussi, voire excellent comme, par exemple, la scène totalement délirante entre Fabrice Eboué et Lucien Jean-Baptiste. En résumé, une comédie drôle et pas bête du tout sur un sujet pourtant casse-gueule. Plutôt rare dans l’univers de la comédie française.

4 étoiles. « Amazing Grace ». En janvier 1972, Aretha Franklin, au fait de sa gloire, enregistre en deux jours un album live de Gospel dans une église baptiste de Los Angeles. Le disque de ce concert, intitulé « Amazing Grace », deviendra la meilleure vente de tous les temps pour un album de Gospel. Ce concert a été entièrement filmé par Sydney Pollack. Mais des problèmes de synchronisation entre le son et l’image et plusieurs reports pour remédier à cette anomalie nécessitant un énorme travail n’ont pas permis d’exploiter les 20 heures de rushes pendant des décennies. C’est donc avec un immense plaisir que les amateurs de Gospel et d’Aretha Franklin peuvent enfin découvrir sur grand écran ce documentaire. Il met non seulement en valeur le formidable talent de la chanteuse, mais aussi toute la ferveur religieuse et les émotions. C’est ainsi que les regards, notamment ceux des choristes qui accompagnent la diva, les larmes de certains participants submergés par l’émotion que la chanteuse fait naître en eux, l’enthousiasme général, les prises de vue sur le public ou encore l’imperfection de certains plans, qui donnent l’impression de participer soi-même au concert, font que ce documentaire musical est le plus souvent passionnant.

3 étoiles. « Enragé ». Rachel, en instance de divorce, est, comme souvent, en retard pour conduire son fils à l’école. Prise, comme tous les jours, dans les embouteillages, elle se retrouve coincée à un feu derrière une voiture qui ne démarre pas. Perdant patience, elle klaxonne. Elle ignore bien évidemment que son geste va faire péter les plombs au conducteur du pick up et la conduire, c’est le cas de le dire, tout droit en enfer. Après avoir constaté que l’agressivité au volant pouvait dégénérer, le scénariste Carl Ellsworth s’est demandé pourquoi tant de gens vivaient avec une telle colère enfouie au fond d’eux-mêmes : « J’avais envie d’écrire, avec Enragé, une histoire qui se déroule en temps réel et dont le rythme et la tension ne se relâchent qu’à la toute dernière minute. » Objectif atteint, si l’on fait abstraction, après la première scène…explosive, d’un début un peu poussif. Le film est ensuite mené à un rythme d’enfer grâce à des rebondissements auxquels on ne s’attend pas, malgré une fin prévisible. En résumé, un film avec un méchant très méchant, Russel Crowe est vraiment terrifiant, une victime qui va petit à petit se rebeller et de l’action, bien mise en scène, à revendre. Rien de bien original, certes, mais c’est efficace.   

2 étoiles. « Hope Gap ». Jamie est fils unique et a quitté ses parents pour vivre sa vie. Il ne donne guère de ses nouvelles et leur rend rarement visite. Son père Edward lui demande toutefois de venir passer le prochain week-end avec eux dans sa ville natale de Seaford, petite ville côtière du sud de l’Angleterre avec ses magnifiques falaises et son lieu-dit Hope Gap. Cette demande paternelle n’est pas innocente puisqu’au cours du week-end Edward a l’intention d’annoncer à son épouse Grace qu’il va la quitter pour une autre femme après 29 ans de mariage. Le film aborde bien évidemment le thème de la séparation d’un couple après une longue vie commune. C’est à vrai dire plutôt ennuyeux et ce en grande partie parce que le personnage d’Edward est trop effacé et que celui de Grace ne suscite aucune empathie. A tel point d’ailleurs que l’on se demande comment Edward a pu rester aussi longtemps avec elle. L’intérêt du film repose surtout sur la relation parents-enfant et les conséquences qu’elle a sur sa vie d’adulte. Et ce d’autant plus que Josh O’Connor joue avec une grande finesse le rôle de ce fils pris au milieu de la tourmente et qui ne s’en portera que mieux à son terme, à condition d’arriver à pacifier la séparation de ses parents et de prendre enfin son envol.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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