Cinéma: critiques de 7 films à l'affiche

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IMG_3100.jpg4 étoiles. « Adieu les Cons ». Lorsque Suze Trappet apprend à 43 ans que ses jours sont comptés, elle décide d’entreprendre les démarches pour retrouver l’enfant qu’elle a été forcée d’abandonner quand elle avait 15 ans. Ses recherches vont l’amener à faire la connaissance, dans des circonstances bien particulières, de JB, quinquagénaire dépressif, et de M. Blin, archiviste aveugle à l’enthousiasme débordant. Ce trio détonnant ne va reculer devant aucun obstacle pour tenter de retrouver l’enfant de Suze Trappet. Oscillant constamment entre comédie et drame, « Adieu les Cons » est trépidant, émouvant, tendre, romanesque, drôle, tragique, poétique, délirant, satirique, extravagant, déroutant et absurde. Le long-métrage d’Albert Dupontel tient le cap de la satire sociale du début à la fin en utilisant, suivant les scènes, un ton drôle, dramatique, tragique ou encore émouvant dans une grande cohérence jusqu’à la scène finale tout aussi réussie que celle du début. Alors, certes, le trait est parfois un peu grossier et répétitif, principalement avec le personnage de l’aveugle, mais l’ensemble, porté par une excellente distribution, dégage une indéniable impression positive. Lors de la cérémonie des César 2021, le film a été récompensé à sept reprises. 

IMG_3105.jpg4 étoiles. « Les enfants du Platzspitz ». Adapté de l’autobiographie de Michelle Halbheer, « Les enfants du Platzspitz » raconte l’histoire de Mia une fille de 11 ans dont la mère est toxicomane. Après la fermeture du Platzspitz, scène emblématique de la drogue zurichoise dans les années 80-90, Mia et sa mère s’installe dans un village de l’Oberland. Contrainte de s’occuper de sa mère, qu’elle aime profondément et qui lutte avec plus ou moins de succès contre sa toxicomanie, Mia va affronter, souvent bien seule, des épreuves d’une grande dureté. La lecture de ce synopsis pourrait en effrayer plus d’un.e, et à raison. Certaines scènes ou situations sont très dures et leur répétition, rendues nécessaires pour comprendre pour quelles raisons Mia a pu supporter l’insupportable, mettent parfois mal à l’aise. Au même titre d’ailleurs que les services sociaux qui sont en-dessous de tout. Mais « Les enfants du Platzspitz », c’est aussi une histoire d’amour déchirante entre une enfant et sa mère et la formidable capacité d’une gosse de 11 ans d’être par moment non plus la mère de sa mère, mais simplement une petite fille avec ses rêves d’enfant. Un film dur et bouleversant, avec dix dernières minutes d’une folle intensité émotionnelle, qu’on n’oublie pas juste après l’avoir vu.

IMG_3084.jpg3 étoiles. « 30 jours max ». Rayane est entré dans la police pour faire comme son père mort dans l’exercice de sa fonction. Mais il est trouillard et accumule les faux pas. Ses collègues n’ont de cesse de se moquer de lui. Toutefois, le jour où son médecin lui apprend qu’il n’a plus que 30 jours à vivre, ses peurs s’envolent. Il décide de vivre pleinement ses deniers jours après avoir tenté d’escroquer un gros bonnet de la drogue (José Garcia) qui ne l’entend bien évidemment pas de cette oreille. Rayane (Tarek Boudali devant et derrière la caméra) va alors prendre tous les risques pour sauver sa grand-mère (Marie-Anne Chazel délirante), mettre à l’ombre ce dangereux malfaiteur et tenter d’attirer l’attention de sa collègue Stéphanie à qui il n’ose pas déclarer sa flamme. Après « Epouse-moi mon pote », comédie pleine de clichés, stupide mais plutôt drôle, le duo Tarek Boudali-Philippe Lacheau remet le couvert, mais en mieux, car moins caricatural. Ceci dit, il n’en reste pas moins que « 30 jours max » s’adresse uniquement à un public qui apprécie les comédies déjantées, délirantes, outrancières avec quelques bonnes idées et sans grande finesse. Si tel est le cas, les éclats de rire sont garantis. 

IMG_1989.jpg3 étoiles. « Petite sœur » se concentre sur le personnage de Lisa, sœur jumelle de Sven, qui donne tout ce qu’elle a, y compris sa moelle osseuse, pour aider son frère à combattre sa leucémie et ainsi lui permettre de remonter sur la scène berlinoise dont il a été une figure très en vue au cours de sa carrière. Quand bien même le théâtre occupe une place importante dans le film, on pourrait justement lui reprocher sa forme un peu trop théâtrale avec des scènes qui se multiplient et des personnages secondaires pas assez développés. Par moment, surtout dans la première partie, un sentiment d’éparpillement domine et nuit à la fluidité du récit.  Mais heureusement, ce défaut est largement atténué grâce à Nina Hoss présente dans pratiquement toutes les scènes. Elle incarne avec justesse et émotions le rôle de Lisa. Lars Eidinger, dans un rôle qui s’apparente à celui du clown triste, est lui aussi très émouvant. Grâce à leur performance, leur amour fraternel, qui relève du fusionnel et qui balaie tout sur son passage, sonne juste avec comme point d’orgue une magnifique scène qui mêle leurs deux voix sur une version revisitée de Hansel et Gretel.

Miss.jpg2 étoiles. « Miss ». Le film du réalisateur Ruben Alves déçoit malgré la formidable performance d’Alexandre Wetter. A propos de l’acteur, dont c’est le premier rôle, Ruben Alves précise « qu’il a été frappé par la façon dont il passait avec simplicité et naturel d’un physique assez masculin à une féminité assumée. » Il lui a demandé s’il envisageait une transition, ce à quoi Alexandre Wetter lui a répondu que ce n’était pas le cas, mais qu’il se sentait juste « plus fort en femme ». Cette force se ressent très bien à l’écran, Alexandre Wetter rendant parfaitement crédible son désir d’enfant de devenir Miss France. Il est totalement bluffant dans son rôle, à tel point qu’on en oublie par moment qu’il n’est pas une femme. Pas suffisant toutefois pour faire oublier la faiblesse d’un scénario qui aligne les noix sur un bâton et qui hésite constamment sur la direction à suivre. Alors, certes, « Miss » est un bel hymne à la différence, avec quelques scènes très touchantes et une distribution convaincante, dans ce monde des Miss codifié à l’extrême. Mais malgré ces qualités, c’est un sentiment d’inachevé qui domine avec une dernière scène qui en est la parfaite illustration, si l’on ose dire.

IMG_3090.jpg2 étoiles. « Mank ». 1941. Herman J. Mankiewicz est choisi par Orson Wells pour écrire le scénario de « Ctizen Kane ». Le réalisateur lui met une forte pression pour que le scénario soit terminé dans les temps alors que Mankiewicz est blessé suite à un accident de voiture et que son alcoolisme est problématique. L’écriture du scénario est le fil rouge de « Mank » qui multiplie les flashbacks dans les années 30 où l’on découvre les relations de Mankiewicz avec le producteur Louis B. Meyer, le magnat William Hearst et sa maîtresse, l’actrice Marion Davis, avec laquelle il se lie d’amitié, et l’élection du gouverneur de Californie en 1934. Autant de flashbacks qui mettent en avant l’évolution d’Hollywood après la Grande Dépression liée au krach boursier de 1929 et qui perdent petit à petit le spectateur. En effet, la complexité du récit, la multiplication des dialogues, les nombreuses références aux personnages des années 30 que seuls les cinéphiles seront à même de comprendre, et encore, ont comme conséquence que le spectateur finit par décrocher malgré une sublime reconstitution en noir et blanc (Oscars 2021 pour la photographie et les décors amplement mérités) qui est un régal pour l’œil, une mise en scène au cordeau et une brillante distribution parfaitement dirigée.    

IMG_1868.jpg1 étoile. « Tenet ». Le dernier film de Christopher Nolan tient ses promesses en matière de « pur » cinéma : c’est spectaculaire et remarquablement mis en scène. Mais cela ne suffit pas à faire un bon film. Pour sauver le monde, le « protagoniste » doit se battre contre un méchant sans foi ni loi qui a comme seul objectif de détruire la planète. Pour avoir une chance d’accomplir sa mission, il devra se projeter dans une dimension qui dépasse le temps. Pourtant, il ne s’agit pas d’un voyage dans le temps, mais d’un renversement temporel. Ce concept du temps inversé donne à « Tenet » son originalité, car pour le reste il n’a rien à envier à un James Bond, l’humour en moins et la prise de tête en plus. Cette inversion du temps montre en effet ses limites. Elle tourne finalement à l’exercice de style, souligné par une musique assourdissante. « Tenet » abandonne en route ses personnages et surtout le spectateur qui après s’être accroché tant bien que mal à cette histoire indigeste, trop bavarde et longue (2h30) finit par lâcher prise se contentant d’assister à des scènes certes spectaculaires, mais vides de sens et sans aucune émotion.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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