Du grand au petit écran : des films poignants sur l'exclusion

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IMG_3166.jpgInspiré du livre de Claire Lajeunie intitulé « Sur la route des invisibles », le film de Louis-Julien Petit se plonge dans l’univers d’un centre d’accueil qui héberge des femmes SDF. Il raconte le quotidien des travailleuses sociales qui viennent en aide à ces femmes au moment où le centre va devoir fermer suite à une décision de la municipalité. Prêtes à tout pour tenter de réinsérer leurs protégées avant la date fatidique, ces travailleuses sociales ne vont pas hésiter à faire feu de tout bois pour atteindre leur but. 

Malgré son thème difficile, le réalisateur a souhaité que son film soit porteur d’espoir et « plonger le spectateur dans le milieu de la grande précarité par le biais de situations drôles et émouvantes, sans jamais éluder la réalité dramatique dont il est question. » Au terme de la projection, force est de constater que l’objectif visé est atteint. Pour arriver à trouver le juste équilibre entre comédie et drame, Louis-Julien Petit a choisi, à deux exceptions près, des actrices non professionnelles pour incarner des femmes SDF. Il souhaitait engager des femmes qui avaient connu la rue et avaient réussi à en sortir ou qui vivaient en foyer d’accueil.

Encadrées par des actrices professionnelles dans les rôles des travailleuses sociales qui leur donnent la réplique sans tirer la couverture à elles, le film prend des allures de docufiction du plus bel effet : le spectateur est confronté à la fois à un univers très proche de la réalité et souvent dure, mais aussi à des histoires individuelles fictives qui procurent rires et émotions. On s’attache facilement à tous les personnages et on suit avec intérêt leur parcours. Le tout est filmé avec délicatesse, humanité et respect à l’image d’une fin qui, là également, trouve le juste équilibre entre fiction et réalité.    

Inédit. 4 étoiles. « Les Invisibles ». RTS 1, lundi 17 mai, 20h45.

IMG_3168.jpgMathieu Amalric rend hommage à Barbara dans un film dans le film qui met en scène une actrice qui joue la célèbre chanteuse. On la voit ainsi travailler son rôle, sa voix, ses chansons, ses partitions, ses gestes, ses scènes à apprendre, le tout se mêlant à sa propre vie de femme et à des images de Barbara qui apparaît de temps à autre grâce à des archives, sans que l’on soit toutefois toujours forcément sûr que ce soit bien elle et pas l’actrice.

Difficile de se laisser emporter par un film qui mélange constamment fiction et réalité et qui part dans tous les sens. Alors certes, Jeanne Balibar est convaincante dans son rôle d’actrice qui joue Barbara au point de se confondre avec son modèle. Il y a également quelques scènes réussies, particulièrement celles qui laissent un peu de place aux chansons de Barbara, c’est le moins qu’on pouvait attendre d’un film sur la chanteuse. Mais le tout manque de cohérence et surtout d’émotion. Barbara méritait mieux.

1 étoile. « Barbara », France 2, dimanche 16 mai, 23h00.

IMG_3167.jpgRécompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes 2016, « Moi, Daniel Blake » a pour thématique principale le poids d’une administration qui au lieu de venir en aide à ses administrés ne fait que de les enfoncer toujours plus dans la précarité.

C’est ainsi que l’on suit les déboires de Daniel Blake qui se voit refuser une rente invalidité après un grave accident cardiaque. Il se retrouve dès lors condamner à s’inscrire au chômage pour toucher des indemnités et à faire des recherches d’emploi alors qu’il a l’interdiction de ses médecins de travailler. Une situation absurde qu’il essaye d’expliquer à des fonctionnaires s’accrochant à leur règlement comme à une bouée de sauvetage et qui ne veulent rien entendre. C’est au cours d’un de ces rendez-vous à l’office du chômage que Daniel Blake va faire la connaissance d’une jeune mère de famille de deux enfants, dans une situation tout aussi précaire que lui, et qu’une forte relation de solidarité va s’instaurer entre eux.

On peut, certes, reprocher au film son côté un brin démagogique et un peu trop manichéen – les fonctionnaires, à l’exception d’une, sont tous des méchants et les pauvres tous des gentils – mais c’est bien le seul reproche qu’on puisse lui faire. « Moi, Daniel Blake » est émouvant, bouleversant même, il dénonce avec force un système dénué de toute humanité et qui dérape. La mise en scène est d’un grand réalisme avec des scènes très variées qui donnent de l’épaisseur à l’histoire et les dialogues sont percutants. Le tout est joué par des acteurs formidables qui vous touchent jusqu’à en avoir les larmes aux yeux.

5 étoiles. « Moi, Daniel Blake ». ARTE, mercredi 19 mai, 20h55.

IMG_3169.jpgConfronté dès son plus jeune âge à la juge pour mineurs, suite à l’incapacité de sa mère de s’en occuper, Malony va avoir à faire à elle régulièrement dès qu’il enchainera les bêtises plus ou moins grosses une fois l’adolescence arrivée. Formidablement bien joué par Rod Paradot, le personnage de Malony est extrêmement touchant et crédible. Ecorché vif, il se rebelle avec toute personne autre que sa mère (Sara Forestier, excellente dans son rôle de « mauvaise » mère aimante), pourtant totalement immature et dépassée, avec une rare violence verbale, voire physique. 

Malgré tout la juge (Catherine Deneuve, comme d’habitude parfaite) et l’éducateur qui est chargé de son suivi (Benoît Magimel, très convaincant dans son rôle d’éducateur qui revit au travers de Malony un parcours personnel que l’on devine plus ou moins semblable) vont maintenir sans cesse le lien avec l’adolescent. Ils marchent constamment sur des œufs et sur les moyens à utiliser entre prévention et répression pour tenter de le remettre sur le droit chemin.

La répétition parfois inutile de certaines scènes n’enlève en rien l’excellente qualité de ce film émouvant, par moment bouleversant, magnifiquement interprété, écrit et mis en scène. « La tête haute » frappe en plein cœur !

5 étoiles. « La tête haute ». France 3, jeudi 20 mai, 21h05.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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Commentaires

  • Des films, des livres, vous êtes sûr que ce ne sont pas surtout des histoires de chaos ou d'anarchie psychologiques, de grande confusion en somme, qui ont surtout tous les défauts pour aggraver la santé mentale d'êtres déjà perturbés et affaiblis ?

    Voyez-vous Monsieur Bonny, je cherche à comprendre les chances qu'ont deux personnes confuses qui se rencontrent, les deux en quête de réponses pour améliorer leur propre compréhension de l'origine des difficultés permanentes qu'elles évoquent en guise de raison (ou d'absence de raison selon leur confusion) pour leur frustration de reconnaissance par des tiers, à la fois du bien-fondé personnel de leurs actes individuels, que de leur incapacité à vérifier elles-mêmes, réciproquement leur propre état personnel de confusion.

    En fait, je me demande comment est-il possible d'évoquer cette exclusion dont vous vous faites le lapideur, et en même temps s'opposer aux tiers susceptibles de s'imiscer dans la relation privilégiée qu'entretiennent deux personnes qui entretiennent mutuellement leurs confusions.

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