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  • Sécurité = répression ET prévention

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    Le thème de la sécurité est omniprésent dans la campagne pour l’élection complémentaire au Conseil administratif de la Ville de Genève du 4 novembre. Deux raisons à cela : d’une part parce que celui ou celle qui sera élu-e se retrouvera à la tête du département de l’environnement urbain et de la sécurité ; d’autre part, parce que ce thème - qui préoccupe incontestablement la population - attend des réponses concrètes et efficaces pour que les incivilités et la délinquance diminuent. Ces deux thèmes sont bien souvent confondus, il est pourtant important de les distinguer. Mais si dans la réalité nuisances et crimes n’ont que peu à voir ensemble, l’impact que tous deux ont sur le sentiment de se sentir en sécurité est indéniable. 

    Etre en sécurité, c’est se sentir à l’abri du danger. Mais c’est aussi se sentir protégé par la force publique. Ce sentiment est mis à mal quand il y a des déprédations régulières sur le domaine public, quand les parcs ou les préaux font l’objet de fêtes arrosées jusqu’au petit matin générant bruit et déchets, quand les personnes sortant des bars et des discothèques font du bruit empêchant les voisins de dormir ou encore quand les dealers s’approprient des rues, des parcs ou des préaux et que la force publique semble inopérante. Cela n’est pas acceptable.  

    Si l’augmentation continue des forces de police, cantonale ou municipale, fait partie de la solution, elle n’est pas la panacée pour résoudre tous ces problèmes. La complémentarité entre ces forces est une piste qui doit être dévelopée. A ce titre, les travaux en cours entre l’Etat et les communes genevoises pour évaluer la loi sur les agents de la police municipale, les contrôleurs municipaux du stationnement et les gardes auxiliaires des communes (LAPM), deux ans après son entrée en vigueur, seront riches d’enseignement. Ils permettront de redéfinir les compétences des uns et des autres, de mieux affecter les forces et donc d’améliorer encore cette complémentarité sur le terrain.

    Je propose, couplée à une démarche visant à faire respecter les dispositions légales et la sécurité publique, la mise en place d’un système de prévention en collaboration avec les forces de sécurité. D’où ma proposition « 1 franc dépensé pour la sécurité = 1 franc dépensé pour la prévention ».

    Que cela signifie-t-il concrètement ? Prenons l’exemple des fêtes arrosées dans les parcs qui génèrent des déchets, beaucoup de désagréments pour le voisinage et à moyen terme des problèmes d’abus d’alcools chez les jeunes. Pourquoi ne pas mettre en place un projet pilote comprenant un travailleur social, un policier municipal, un policier cantonal et une personne membre d’une association experte sur les thèmes des conduites addictives, afin d’aller à la rencontre de ces fêtards - essentiellement des jeunes, voire des très jeunes - pour les rendre attentifs aux risques qu’ils courent, canaliser leur exhubérance, et ainsi réduire les nuisances qu’ils génèrent en les responsabilisant? 

    Instaurer un dialogue, essayer de trouver des solutions constructives, tout en n’omettant pas le volet respect de la loi et les sanctions qui vont avec, est bien plus constructif que de déclarer qu’il faut fermer tous les préaux la nuit. Cela ne fera que de déplacer le problème ailleurs.

    En tant que directeur d’établissement scolaire, j’ai pu expérimenter et apprécier  la force du réseau du quartier des Libellules à Vernier où chacun occupe une place qui permet de resserrer les mailles du filet et d’améliorer le bien vivre ensemble. C’est un travail de fond qui demande la participation des forces de l’ordre, des habitants, du monde associatif, des travailleurs sociaux.

    Plusieurs associations d’habitants (soutenues dans un deuxième temps par les collectivités publiques) – je pense aux associations des habitants de la Vieille Ville, du Petit et du Grand-Saconnex,  de Bien vivre aux Pâquis (BVP) - ont bien compris qu’elles avaient un rôle essentiel à jouer pour régler ces problèmes d’incivilités. Elles sont d’ailleurs à l’origine de plusieurs initiatives récentes qui vont dans ce sens. Cette approche est certes moins spectaculaire que de faire des déclarations à l’emporte-pièce sur la fermeture de tous les préaux durant la nuit ou l’armement de la police municipale notamment, mais elle vise le long terme.

    Ceci dit, s’il apparaît que, dans une situation bien précise et après avoir tenté la mise en œuvre d’une approche communautaire, la fermeture nocturne du préau est la solution de dernier recours - comme cela a été par exemple le cas avec le préau des Vollandes (Eaux-Vives) il y a quelques années - je n’y vois pas d’inconvénient.

    Dans le même état d’esprit, l’ouverture 24h sur 24 des postes de la police municipale peut être envisagée, mais il faut agir de manière ciblée, la problématique n’étant pas la même dans tous les quartiers de la Ville de Genève.

    Mais le « tout sécuritaire » a ses limites. Développer le volet « prévention », également dans les lieux d’éducation et d’animation sur les conséquences de la drogue et de l’alcoolisme, est essentiel, car ne traiter que le symptôme n’est pas suffisant, le problème finit par revenir.

    La sécurité, c’est la répression ET la prévention. Une bonne articulation entre les deux est une nécessité pour retrouver une meilleure sérénité dans notre belle Cité de Genève !

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