Cinéma - Page 3

  • « Miss » : hymne à la différence

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    Miss.jpgReporté de mois en mois en raison de la première vague COVID et stoppé net après être enfin sorti fin octobre à cause de la deuxième, « Miss » devra attendre des jours meilleurs pour, peut-être, connaître, à l’instar de son personnage principal, le succès lors de son retour sur le grand écran.

    Mais rien n’est moins sûr, car le film du réalisateur Ruben Alves déçoit malgré la formidable performance d’Alexandre Wetter. A propos de l’acteur, dont c’est le premier rôle, Ruben Alves précise « qu’il a été frappé par la façon dont il passait avec simplicité et naturel d’un physique assez masculin à une féminité assumée. » Il lui a demandé s’il envisageait une transition, ce à quoi Alexandre Wetter lui a répondu que ce n’était pas le cas, mais qu’il se sentait juste « plus fort en femme ».

    Cette force se ressent très bien à l’écran, Alexandre Wetter rendant parfaitement crédible son désir d’enfant de devenir Miss France. Il est totalement bluffant dans son rôle, à tel point qu’on en oublie par moment qu’il n’est pas une femme. Pas suffisant toutefois pour faire oublier la faiblesse d’un scénario qui aligne les noix sur un bâton et qui hésite constamment sur la direction à suivre.

    Si le film est pétri de bons sentiments, de personnages attachants, mais dont on peine à comprendre les liens qui les unissent, il est difficile au final de savoir quelles étaient les véritables intentions du réalisateur. Ce dernier déclare qu’il n’a pas voulu réaliser un film sur les Miss France. Pourtant, la moitié du film leur est consacrée, avec des scènes parfois fort ennuyeuses, sans qu’on arrive à savoir si c’est du premier ou du second degré : le message est brouillé, à l’image du personnage joué par Isabelle Nanty qui déteste les Miss France, quoique.

    Alors, certes, « Miss » est un bel hymne à la différence, avec quelques scènes très touchantes et une distribution convaincante, dans ce monde des Miss codifié à l’extrême. Mais malgré ces qualités, c’est un sentiment d’inachevé qui domine avec une dernière scène qui en est la parfaite illustration, si l’on ose dire. (2 étoiles)

    5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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  • « Petite sœur » : amour fraternel fusionnel (et 7 films à l’affiche)

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    IMG_1989.jpgLe film des réalisatrices lausannoises Stéphanie Chuat et Véronique Reymond a été sélectionné pour représenter la Suisse lors de la cérémonie des Oscars au printemps 2021. Ce n’est pas une première pour elles puisqu’elles avaient déjà connu cet honneur avec « La petite chambre » en 2011.

    « Petite sœur » se concentre sur le personnage de Lisa, sœur jumelle de Sven, qui donne tout ce qu’elle a, y compris sa moelle osseuse, pour aider son frère à combattre sa leucémie et ainsi lui permettre de remonter sur la scène berlinoise dont il a été une figure très en vue au cours de sa carrière. Afin d’accélérer son rétablissement, Lisa emmène Sven à Leysin où vivent ses enfants et son mari qui dirige une école privée. Mais l’état de santé de Sven se péjore rapidement. Lisa remue alors ciel et terre afin qu’il remonte sur scène, persuadée qu’un retour sur les planches le sauvera. Elle se donne corps et âme pour atteindre son objectif, au risque de faire éclater en morceaux sa famille.

    Quand bien même le théâtre occupe une place importante dans le film, on pourrait justement lui reprocher sa forme un peu trop théâtrale avec des scènes qui se multiplient et des personnages secondaires pas assez développés. Par moment, surtout dans la première partie, un sentiment d’éparpillement domine et nuit à la fluidité du récit.

    Mais heureusement, ce défaut est largement atténué grâce à Nina Hoss présente dans pratiquement toutes les scènes. Elle incarne avec justesse et émotions le rôle de Lisa. A ce titre, la scène devant le distributeur de boissons à l’hôpital est bouleversante. La grande qualité de « Petite sœur » est incontestablement sa direction d’acteur et sa distribution. Lars Eidinger, dans un rôle qui s’apparente à celui du clown triste, est lui aussi très émouvant. Grâce à leur performance, leur amour fraternel, qui relève du fusionnel et qui balaie tout sur son passage, sonne juste avec comme point d’orgue une magnifique scène qui mêle leurs deux voix sur une version revisitée de Hansel et Gretel. (3 étoiles)

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  • « Police » : quatre acteurs formidables (et 7 films à l’affiche)

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    IMG_1915.jpgAdapté du roman éponyme d’Hugo Boris paru en 2016, « Police » met en scène Virginie, Aristide et Erik, policière et policiers de leur état, qui vont être confrontés, au cours d’une mission pour laquelle ils n’ont pas été formés, à leur propre vérité. Anne Fontaine, la réalisatrice, explique à ce propos : « J’ai eu envie de suivre leur cheminement intérieur, partager leurs questionnements. Comment réagirait-on à leur place si on nous ordonnait de renvoyer un demandeur d’asile dans son pays ? Comme le lecteur du roman, le spectateur devait pouvoir naviguer avec ses propres interrogations sur la transgression, la désobéissance. »

    Le cas de conscience concernant le renvoi du requérant d’asile, qui va créer de fortes tensions entre les trois collègues dans une sorte de huis-clos à haute tension dans une voiture, n’occupe toutefois que la seconde partie du film. Mais si la première partie se concentre sur les histoires personnelles de Virginie, Aristide et Erik et montre différentes interventions humainement complexes dans lesquelles ils sont impliqués, elle n’est bien évidemment pas sans lien avec ce qui va se passer par la suite. Cette première partie est en effet essentiel pour comprendre les réactions que chaque protagoniste va avoir face au demandeur d’asile.

    Si « Police » n’évite pas quelques longueurs, survole par moment son sujet en ayant recours à des facilités scénaristiques et laisse sur sa faim avec une conclusion qui n’en est pas vraiment une, il a tout de même de nombreuses qualités.

    C’est ainsi que la mise en scène est à la hauteur, avec notamment plusieurs scènes qui sont tournées sous trois angles différents et qui permettent d’avoir le point de vue de chacun en fonction de là où il se trouve.  Le choix de filmer le plus souvent les personnages en gros plan leur donne par ailleurs une grande crédibilité. Crédibilité renforcée par quatre acteurs qui sont formidables. Le duo composé de Virginie Efira et d’Omar Sya a un charme fou. Grégory Gadebois incarne à merveille le flic qui s’accroche désespérément aux règles pour ne pas sombrer définitivement. Quant à Payman Maadi, dans un rôle quasi muet, il exprime magnifiquement la douleur de celui qui n’a pas d’autre choix que de subir. Au final, un film pas complètement abouti, mais qui vaut tout de même la peine d’être vu. (3 étoiles)

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  • « Tenet » : un exercice de style vide de sens (et 6 films à l’affiche)

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    IMG_1868.jpgAttendu comme le Messie pour faire revenir du monde dans les salles de cinéma, le dernier film de Christopher Nolan (« Dunkerque », « Inception », « Interstellar », notamment) tient ses promesses en matière de « pur » cinéma : c’est spectaculaire et remarquablement mis en scène. Mais cela ne suffit pas à faire un bon film.

    Pour sauver le monde, le « protagoniste » doit se battre contre un méchant sans foi ni loi qui a comme seul objectif de détruire la planète. Pour avoir une chance d’accomplir sa mission, il devra se projeter dans une dimension qui dépasse le temps. Pourtant, il ne s’agit pas d’un voyage dans le temps, mais d’un renversement temporel.

    Ce concept du temps inversé donne à « Tenet » son originalité, car pour le reste il n’a rien à envier à un James Bond, l’humour en moins et la prise de tête en plus. Cette inversion du temps montre en effet ses limites. Elle tourne finalement à l’exercice de style, souligné par une musique assourdissante. « Tenet » abandonne en route ses personnages et surtout le spectateur qui après s’être accroché tant bien que mal à cette histoire indigeste, trop bavarde et longue (2h30) finit par lâcher prise se contentant d’assister à des scènes certes spectaculaires, mais vides de sens et sans aucune émotion. (1 étoile)

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  • « Petit Pays » : une adaptation trop illustrative (et 6 films à l’affiche)

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    IMG_1847.jpgQuand on a beaucoup aimé un livre, comme c’est mon cas avec « Petit Pays », et qu’il est ensuite adapté au cinéma, le risque d’être déçu est réel. Et tel est le cas avec le film d’Éric Barbier, quand bien même le résultat final est honnête.

    Adapté donc du roman du même nom écrit par Gaël Faye, publié en 2016 et vendu à plus d’un million d’exemplaire, « Petit Pays » raconte l’histoire de Gaby, un petit garçon de 12 ans qui vit dans les années 90 au Burundi avec son père, un entrepreneur français, sa mère rwandaise et sa petite sœur. La guerre civile qui se dessine va chambouler toute son existence et mettre fin brutalement à l’insouciance de son enfance.  

    Si le contexte du film est dramatique, le génocide des Tutsis est une horreur dont l’Histoire humaine ne manque hélas pas, le long-métrage le devient petit à petit quand bien même la concentration de l’action est, logiquement en raison de son format, plus dense dans le film que dans le livre. A ce propos, le réalisateur précise : « Il se passe cinq mois entre le coup d’Etat au Burundi qui met le pays à feu et à sang et le début du génocide des Tutsis au Rwanda. La fiction condense la narration de ces drames dans un temps très court, qui donne l’impression que le film est plus brutal que le livre. »

    Cette concentration a une double conséquence : elle laisse moins de place aux relations entre Gaby et ses copains, si bien contées dans le roman, et juxtapose des scènes dont il n’est pas toujours évident de voir le lien entre elles. La fluidité du récit en pâtit. Il faut être attentif aux moindres détails, par exemple les infos données à la radio, pour bien comprendre les événements qui vont déclencher le drame.

    Mais le reproche principal que l’on peut adresser au réalisateur, c’est qu’il se contente d’illustrer le livre, fort bien d’ailleurs. Il y avait sans doute mieux à faire, comme par exemple commencer par la fin, qui se situe vingt ans plus tard, et remonter le fil des événements avec cette voix qui fait tout le charme du livre que je ne peux que vous conseiller de lire. (3 étoiles)

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