Cinéma - Page 4

  • « Richard Jewell » : tout en nuances (et 9 films à l'affiche)

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    IMG_0253.jpgOn connaît la fascination de Clint Eastwood pour les héros. Elle a donné d'excellents films, « Sully » et « Invictus » notamment, mais aussi des nettement moins bons comme « American Sniper » ou « Le 15h17 pour Paris ». Qu'en est-il alors de « Richard Jewell »?

    Le film est inspiré d'une histoire vraie. Le 27 juillet 1996, pendant les Jeux Olympiques d'Atlanta, un vigile du nom de Richard Jewell découvre un sac suspect dans un parc où ont lieu des concerts. Il donne aussitôt l'alarme et fait évacuer les lieux sauvant ainsi de nombreuses vies. Héros d'un jour, il devient pourtant trois jours plus tard le principal suspect de l'attentat aux yeux du FBI. A ce propos, Clint Eastwood explique que « les gens se sont empressés de l'accuser et pendant longtemps il est resté trop naïf et idéaliste pour se rendre compte qu'il devait sauver sa peau. C'est pour cela que je voulais faire ce film, pour réhabiliter l'honneur de Richard. Le jour où il a commis un acte héroïque, il l'a payé au prix fort et a été jeté en pâture aux lions. »

    Les deux points forts du film sont incontestablement de s'attacher, d'une part, au point de vue de Richard Jewell et de son évolution au fur et à mesure que les accusations se précisent à son encontre et, d'autre part, au duo qu'il forme avec son avocat. La relation entre les deux hommes au cours du film est remarquablement mise en scène et interprétée par Paul Walter Hauser et Sam Rockwell. On peut d'ailleurs y ajouter Kathy Bates, excellente dans le rôle de la mère de Richard Jewell, elle aussi fortement ébranlée par la folie médiatique et la chasse aux sorcières dont est victime son fils.

    Toutefois, et malgré toutes ces qualités, on reste un peu sur sa faim, car le film n'arrive pas suffisamment à susciter de l'empathie et de l'émotion pour son héros. Mais on saura gré à Clint Eastwood d'avoir réalisé un film tout en nuances sur cet Amérique prompte à célébrer ses héros un jour et à les vouer aux gémonies le lendemain. (3 étoiles)

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  • « La Communion » : en état de grâce (et 12 films à l'affiche)

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    IMG_0156.jpgDaniel, 20 ans, est enfermé dans un centre de détention pour des jeunes délinquants. Au contact du Père Tomasz, il se découvre une vocation spirituelle, mais il lui est impossible d'accéder aux études de séminariste en raison de son passé sulfureux. Libéré sur parole, il est envoyé dans une petite ville au fin fond de la Pologne pour travailler dans une menuiserie. Alors qu'il se recueille dans l'église de son nouveau lieu d'habitation, les circonstances vont l'amener à se faire passer pour un prêtre et reprendre au pied levé la tête d'une paroisse qui peine à faire son deuil suite à un tragique accident survenu quelques mois auparavant.

    C'est un fait divers, un jeune homme de 19 ans s'est fait passer pour un prêtre pendant trois mois en Pologne, qui a inspiré l'histoire que raconte « La Communion ». Au-delà de l'imposture, ce qui a tout particulièrement intéressé le réalisateur, Jan Komasa, est que ce faux prêtre s'est révélé plus efficace que son prédécesseur. Il explique, à propos du personnage de Daniel, que les villageois acceptent ses lacunes parce que « c'est un jeune avec un regard frais sur les choses. Daniel n'a pas passé des années dans un séminaire et n'a pas les filtres des institutions, il parle directement avec son cœur. »

    Cette fraicheur, on la ressent fort bien à l'écran grâce aux sermons de Daniel extrêmement bien écrits. Ils sont un superbe lien entre les différents événements qui se déroulent dans le village et tiennent en haleine le spectateur. Ces sermons font sourire, voire même rire, et sont émouvants, à l'image du film qui laisse une grande place aux émotions. Ils sont de plus remarquablement bien interprétés par un acteur, Bartosz Bielena, en état de grâce. Il crève l'écran avec ses grands yeux bleus qui vous dévorent du début à la fin, avec un dernier plan qui laisse le spectateur en état de choc. La nomination de « La Communion » aux Oscars dans la catégorie « Meilleur film international » n'avait, pour sûr, rien d'une imposture. A voir absolument. (5 étoiles)

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  • « La Fille au Bracelet » : un film procès passionnant (et 11 films à l'affiche)

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    IMG_0129.jpgLise, jeune femme de 18 ans, est assignée à résidence et porte depuis deux ans un bracelet, car elle est accusée d'avoir tué sa meilleure amie. Si la procureure est persuadée de la culpabilité de Lise, et va tenter de le prouver au cours du procès qui débute, la défense va s'attacher à démontrer que les éléments dont dispose l'accusation ne reposent que sur des jugements de valeur.

    A travers ce procès, le réalisateur, Stéphane Demoustier, a justement voulu aborder les mœurs de la jeunesse d'aujourd'hui sans la juger. Il explique: « L'héroïne représente l'altérité absolue pour moi puisque c'est une femme et une adolescente. C'est pourquoi j'ai construit le scénario autour du mystère que représente à mes yeux cette jeune femme. A travers ce portrait en creux, je voulais parler de la famille. »

    Pour construire son scénario, le réalisateur a assisté à des procès afin de rendre son film le plus crédible possible, à tel point d'ailleurs que le président du tribunal est joué par un vrai avocat et que le film a été tourné dans le tribunal de Nantes. A ce propos, Stéphane Demoustier précise que quand on tourne dans un vrai tribunal « le principe de réalité n'est pas le même. Les figurants n'avaient pas lu le scénario et ils découvraient donc le procès au fur et à mesure. L'audience était partagée sur la culpabilité de Lise. Certains changeaient d'avis en cours de route. C'était bon signe, car je voulais que cette incertitude demeure à l'écran. C'est un film sur l'interprétation des faits, sur le doute.»

    Et le moins que l'on puisse écrire est que cette volonté d'insinuer le doute est très réussie. En effet, le scénario permet d'interpréter les différentes preuves qui sont présentées dans un sens ou dans un autre et de maintenir le doute jusqu'au bout. Doute également savamment entretenu grâce à la remarquable performance de Mélanie Guers qui dans le rôle de Lise, et pour sa première apparition dans un film, crève l'écran, comme d'ailleurs Chiara Mastroianni époustouflante dans la scène où elle témoigne au procès de sa fille. Passionnant. (4 étoiles)

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  • « La Voie de la Justice » : plaidoyer contre la peine de mort (et 12 films à l'affiche)

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    IMG_0118.jpgLe film est inspiré du livre autobiographique de l’avocat Bryan Stevenson qui retrace son combat pour défendre des personnes condamnées à mort. Il y raconte les affaires les plus passionnantes dont il s’est occupé, dont celle de Walter McMillan au centre du film.

    Après ses études à la prestigieuse université de Harvard, Bryan Stevenson, qui a grandi dans une famille noire fort modeste, aurait pu se lancer dans une carrière lucrative. Il décide de n’en rien faire en se rendant en Alabama pour défendre des prisonniers condamnés à tort et/ou qui n’ont pas eu droit à une assistance juridique digne de ce nom. C’est ainsi qu’il est amené à se pencher sur le cas emblématique de Walter McMillan, condamné à mort en 1987 pour le meurtre d’une jeune fille de 18 ans alors que les preuves contre lui sont quasi inexistantes. Pendant plusieurs années, il va devoir affronter des manœuvres juridiques et politiques, dans un contexte où le racisme règne en maître, pour tenter de faire éclater la vérité.

    Michael B. Jordan, excellent dans le rôle de Bryan Stevenson, résume fort bien le film : « On apprend à connaître Walter et à déceler l’humanité de cet homme innocent qui a été accusé à tort. On découvre également le courage et la passion de Bryan, ce qui permet de comprendre pourquoi il a voué sa vie à cette cause. » 

    Malgré un sujet souvent traité et une réalisation très classique empreinte par moment d’une certaine lenteur, « La Voie de la Justice » arrive tout de même à captiver le spectateur. Il y parvient grâce à ses deux personnages principaux auxquels on s’attache rapidement, sans oublier les seconds rôles qui donnent également tout leur relief à cette histoire qui dénonce une justice qui criminalise trop facilement de manière arbitraire les hommes afro-américains. C’est également un plaidoyer contre la peine de mort. Un film émouvant et d’une grande humanité. (4 étoiles)

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  • « Les Traducteurs » : raté (et 11 films à l'affiche)

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    IMG_0058.jpgC’est en lisant des articles sur la traduction du livre de Dan Brown « Inferno », qui relataient que douze traducteurs internationaux avaient été enfermés dans un bunker en Italie pour traduire le roman, que Régis Roinsard, le réalisateur, a eu l’idée d’en faire un film.

    Dans « Les traducteurs », ils sont au nombre de neuf et se voient confinés dans un luxueux bunker afin de traduire le troisième tome d’une saga à succès. Mais malgré toutes les précautions prises, les dix premières pages du livre sont dévoilées sur internet et l’éditeur doit faire un choix : il paie 5 millions d’euros dans les prochaines heures, le piratage cesse, il ne paie pas et 100 nouvelles pages seront mises en ligne. Refusant de céder au chantage, l’éditeur met alors la pression sur les neuf traducteurs pour trouver qui est le ou la coupable quitte à utiliser la manière forte.

    Débutant comme un roman d’Aghata Christie, « Les Traducteurs » se transforme en film d’arnaque pour se finir en film de vengeance. Ce mélange des genres assumé par le réalisateur qui « aime bien l’idée de changer de genre dans le même film, mais à condition de jouer avec les codes » est la grande faiblesse du film qui souffre d’un scénario complètement invraisemblable. Et pour tout dire, plus le film progresse, plus c’est du grand n’importe quoi, à l’image du personnage joué par Lambert Wilson qui part en vrille. Les rebondissements s’enchainent les uns après les autres jusqu’à vider complètement de son sens l’intrigue de départ pourtant intéressante sur le papier. Raté. (1 étoile)

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