Bonn(y)dée - Page 4

  • « Un ami extraordinaire » : rien de bien extraordinaire (et 7 films à l’affiche)

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    IMG_1027.jpgBasé sur une histoire vraie, « Un ami extraordinaire » raconte la rencontre en 1998 entre Fred Rogers, présentateur américain d’une émission de télévision pour enfants entre 1968 et 2001, et Lloyd Vogel, journaliste contraint par sa rédactrice en cheffe de brosser le portrait de ce héros de l’Amérique qui ne l’inspire pas du tout. Mais Lloyd va découvrir au fur et à mesure des entretiens que lui accorde Fred Rogers que ce dernier n’est pas adulé par son public depuis si longtemps par hasard. Il va même jouer les thérapeutes et aider Lloyd à régler ses comptes avec le passé avant qu’il ne soit trop tard.

    A la lecture de ce synopsis, on aura compris que tous les éléments sont là pour faire de « Un ami extraordinaire » un mélodrame sirupeux dont le cinéma américain a le secret. Si on y ajoute les scènes de la vie « réelle » dans lesquelles s’insèrent régulièrement celles du tournage de l’émission qui s’adressent aux enfants, avec l’écran de cinéma qui devient carré comme la télévision de l’époque, il y a de quoi être sur ses gardes.

    A vrai dire, tel est bien le cas dans le premier tiers du film qui demande au spectateur de s’adapter aux différents niveaux de langage. Mais une fois son âme d’enfant retrouvée et le ton gentiment agaçant de Fred Rogers intégré, on peut se laisser embarquer par ce conte moderne par moment émouvant par les thèmes qu’il aborde : la famille, la paternité, l’abandon, le deuil, le pardon, la compassion. Rien donc de bien extraordinaire, contrairement à son titre, dans ce film, à la distribution impeccable, mais beaucoup d’humanité. Et c’est déjà pas mal. (2 étoiles)

    A l’affiche

    4 étoiles. « Invisible Man ». Cecilia partage une vie aisée avec un brillant et riche scientifique au comportement très possessif. Ne supportant plus son attitude, elle s’enfuit en demandant de l’aide à sa sœur. Peu de temps après, son beau-frère lui apprend que son mari s’est suicidé. Il lui laisse une part de son immense fortune à condition qu’elle respecte certaines conditions, comme celle de ne pas enfreindre la loi, ce qui va devenir de plus en plus compliqué au fur et à mesure que Cecilia prend conscience qu’elle est harcelée par quelqu’un d’invisible et qui s’attaque à son entourage. Mais comment faire croire une chose pareille sans perdre la raison et passer pour une folle ? Le suspense est à son comble dès le début et, à l’exception d’un petit coup de mou après cette entrée en matière tonitruante, il ne se dément pas jusqu’à une fin qui est la synthèse de plusieurs scènes marquantes du film. Porté par Elisabeth Moss littéralement habitée par son rôle et par une mise en scène qui tient le spectateur en haleine en lui donnant des frissons, « Invisible Man » ravira par conséquent les fans de thriller fantastique avec une bonne dose d’épouvante.

    4 étoiles. « Judy » est un biopic sur Judy Garland qui s'intéresse tout particulièrement à l'année 1968 et à la série de concerts qu'elle a donnés pendant cinq semaines à Londres dans un cabaret très à la mode de l'époque. Trente ans après être devenue une star planétaire grâce au « Magicien d'Oz », Judy Garland est dans une mauvaise passe. Elle n'a pas d'autre choix que de quitter les Etats-Unis pour Londres afin de subvenir aux besoins de ses enfants. Mais cette séparation à contrecœur, ses échecs sentimentaux, sa dépendance à l'alcool et aux médicaments ainsi que son enfance sacrifiée pour Hollywood sont autant d'obstacles à surmonter pour briller sur scène. A la lecture de ce synopsis, on aura compris que « Judy » n'est pas une comédie musicale, genre dans lequel la star excellait, mais un drame qui raconte sa chute. Ce côté dramatique n'empêche toutefois pas le rire et la musique d'être présents. A ce propos, les performances scéniques et vocales de Renée Zellweger, Oscar de la meilleure actrice 2020, sont remarquables, comme d'ailleurs l'ensemble de son jeu. Si « Judy » n'est pas un film parfait, il y a quelques scènes redondantes et quelques baisses de rythme, il a, outre son actrice principale, une grande qualité : il laisse la place à l'émotion avec, notamment, dix dernières minutes d'une folle intensité qui vous laissent sans voix au moment du générique de fin.

    4 étoiles. « Dunkerque ». Mai 1940. 400 000 soldats anglais sont pris en tenaille entre la mer du Nord et l’armée allemande sur les plages de Dunkerque. Pour éviter un massacre à grande échelle et rapatrier les troupes de sa Majesté, il va falloir compter sur les troupes françaises, sur la Royal Air Force et enfin sur la flotte militaire et…civile anglaise. Pour raconter cet épisode de la seconde guerre mondiale, Christopher Nolan, le réalisateur, entre autres, de la trilogie Batman, d’Inception et d’Interstellar, a pris trois angles d’attaque avec des espace-temps différents qui se rejoindront à la fin du film : une semaine pour les événements qui se déroulent sur terre, un jour pour ceux qui ont lieu sur mer et une heure pour ceux qui ont comme décor le ciel. Il n’y a pas de temps mort dans « Dunkerque » et très peu de dialogues. Le film met en scène, sans hémoglobine, avec brio, et par moments émotion, ces soldats pris au piège sur terre et sur mer, le danger venant en premier lieu du ciel. A ce propos, les combats aériens sont à couper le souffle. « Dunkerque » est un blockbuster, mais avec toutefois l’ambition d’être également un film d’auteur. Ambition réussie grâce à une maîtrise technique époustouflante, une mise en scène qui ne laisse rien au hasard, une narration originale et, pour couronner le tout, une très belle distribution.

    3 étoiles. « Dark Waters ». L’avocat Rob Bilott, qui a vécu une partie de son enfance dans cette région, est interpellé par un paysan dont les bêtes meurent les unes après les autres après avoir eu un comportement extrêmement agressif et présentant de graves anomalies physiques. L’avocat découvre assez rapidement que ce sont les rejets toxiques de l’usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région, qui sont les responsables de cette pollution mortelle. Mais pour le prouver, il va devoir affronter de nombreux obstacles qui vont mettre en péril sa carrière, sa vie de famille et sa santé. Film-enquête, qui se déroule sur près de deux décennies, sur un des plus gros scandales industriels et environnementaux de ces quarante dernières années, « Dark Waters » expose avec une grande précision et beaucoup de sérieux, les tenants et aboutissants de cette sordide affaire. A tel point que le film, après un début captivant et enlevé, prend des allures de documentaire, ce qui n’est pas sans conséquence sur son rythme qui connaît une nette baisse de régime dans sa deuxième partie. Mais malgré cette faiblesse, les questions que soulèvent le film, et notamment celle de la complexité du combat de la justice contre d’énormes intérêts financiers, ne laisseront personne indifférent.

    3 étoiles. « Richard Jewell ». Le film est inspiré d'une histoire vraie. Le 27 juillet 1996, pendant les Jeux Olympiques d'Atlanta, un vigile du nom de Richard Jewell découvre un sac suspect dans un parc où ont lieu des concerts. Il donne aussitôt l'alarme et fait évacuer les lieux sauvant ainsi de nombreuses vies. Héros d'un jour, il devient pourtant trois jours plus tard le principal suspect de l'attentat aux yeux du FBI. Les deux points forts du film sont incontestablement de s'attacher, d'une part, au point de vue de Richard Jewell et de son évolution au fur et à mesure que les accusations se précisent à son encontre et, d'autre part, au duo qu'il forme avec son avocat. La relation entre les deux hommes au cours du film est remarquablement mise en scène et interprétée par Paul Walter Hauser et Sam Rockwell. On peut d'ailleurs y ajouter Kathy Bates, excellente dans le rôle de la mère de Richard Jewell, elle aussi fortement ébranlée par la folie médiatique et la chasse aux sorcières dont est victime son fils. Toutefois, et malgré toutes ces qualités, on reste un peu sur sa faim, car le film n'arrive pas suffisamment à susciter de l'empathie et de l'émotion pour son héros. Mais on saura gré à Clint Eastwood d'avoir réalisé un film tout en nuances sur cet Amérique prompte à célébrer ses héros un jour et à les vouer aux gémonies le lendemain.

    2 étoiles. « Interstellar ». Sur la forme le film est plutôt agréable à l’œil (moins aux oreilles, avec une musique omniprésente et fatigante), mais les images dans l’espace n’ont rien de révolutionnaires. Quant au fond, il utilise les grosses ficelles émotionnelles dont le cinéma américain a le secret en y mêlant des dialogues philosophico-scientifiques auxquels on ne comprend rien ou presque. Cela n’empêche toutefois pas de suivre l’histoire, avec ses gentils et ses méchants et ses nombreuses références à l’espace-temps tordu dans tous les sens au cours du film, d’un ancien pilote de la NASA qui part à la recherche d’une autre Terre, la nôtre étant à l’agonie. Un long (près de 3 heures !) divertissement pas désagréable, mais pas indispensable.

    1 étoile. « La Bonne épouse ». Paulette van der Beck est la femme du directeur d’une école ménagère qui apprend à ses étudiantes à devenir de parfaites épouses. Elle est aidée dans sa tâche par sa belle-sœur et par une bonne sœur. La mort de son mari, la découverte que celui-ci a joué leur argent aux courses, le retour de son premier amour et le vent de liberté qui souffle sur la France à l’approche de Mai 68 vont faire vaciller ses certitudes. Histoire de l’émancipation des femmes en accéléré, « La Bonne épouse » laisse pour le moins perplexe. Il n’est en effet pas crédible une seule seconde que le personnage joué par Juliette Binoche, qui fait preuve d’un beau sens de l’autodérision et qui tient tout le film sur ses épaules, puisse se remettre en question aussi soudainement et entraîne avec elle sa belle-sœur, Yolande Moreau qui une fois de plus joue les demeurées jusqu’à la caricature, ainsi que la bonne sœur qui est tout d’un coup touchée par la grâce du féminisme. On frise souvent le ridicule. Alors, certes, il y a bien quelques scènes où l’on sourit, parfois jaune, notamment au moment du reportage télévisuel en noir et blanc qui montre bien la condition des femmes il y a soixante ans, mais ce n’est de loin pas suffisant pour faire oublier que le tout sonne faux.

    5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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  • « Militant infatigable » (2/4)

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    Deuxième partie de mon interview par Muriel Waeger, directrice romande de Pink Cross, publiée dans l’édition de juin 2020 du « Pink Mail », journal de l’association Pink Cross qui paraît 4 fois par an et se définit comme « magazine politique LGBT ». (1)

    En 2004 et 2011, tu as fait partie du comité d’organisation de la Pride de Genève. Quelles sont les choses qui se passent différemment aujourd’hui lors d’une Pride ?

    Déjà entre 2004 et 2011, l’organisation était devenue plus compliquée en raison, notamment, des normes de sécurité et de l’augmentation des frais. Même si j’ai suivi de bien plus loin l’organisation de la Geneva Pride 2019, j’ai pu me rendre compte qu’il fallait un sacré courage pour organiser dorénavant un événement de cette envergure avec toutes les contraintes mises par les autorités. La communauté peut être très reconnaissante à l’égard de toutes les personnes qui s’engagent pour mettre sur pied une Pride !

    Les Prides sont critiquées par certain.e.s notamment en raison du budget conséquent que la communauté LGBTI + doit investir dans la sécurité, mais aussi parce que ces marches ne sont plus assez politiques. Que penses-tu de ces critiques ?

    Je peux comprendre que l’inflation du budget pour la sécurité irrite. Mais l’impact des Prides est très important en termes de visibilité pour la communauté LGBT, c’est le prix à payer pour maintenir ces manifestations. Aujourd’hui encore, il est essentiel qu’elles puissent avoir lieu, ne serait-ce que pour dire aux personnes qui sont dans le placard qu’elles ne sont pas seules. Quant à la critique sur le fait qu’elles ne sont plus assez politiques, on ne peut pas généraliser, cela dépend de l’endroit où elles se tiennent. On peut comprendre qu’en Valais ou au Tessin, les revendications soient moins visibles qu’à Genève. Il faut parfois savoir avancer plus lentement pour atteindre son objectif. Et quand on regarde les résultats obtenus par les cantons du Valais et du Tessin lors de la votation du 9 février, on ne peut que s’en féliciter !  

    Tu as aussi eu plusieurs mandats politiques en Ville de Genève, puis au Grand Conseil. Est-ce que ces immersions dans le monde politique ont été pour toi des moyens de te préoccuper d’autres thématiques ?

    Oui, bien sûr. Je suis très intéressé par tout ce qui touche aux domaines de l’éducation, j’ai une formation d’enseignant, du social, de la santé, de l’environnement et des finances. Concernant ce dernier point, j’ai vu à quel point il était important pour les associations d’avoir des relais politiques pour obtenir ou simplement garantir leur subvention. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû expliquer à mes collègues l’importance du travail associatif pour nos collectivités.

    En 2008, lorsque tu étais député au Grand conseil de Genève, tu as déposé, avec un collègue socialiste, un texte intitulé « Résolution du Grand Conseil genevois à l'Assemblée fédérale exerçant le droit d'initiative cantonal à propos de la modification de la Constitution fédérale de la Confédération suisse (modification de l'art. 8, al. 2) et de la modification du Code Pénal suisse (art. 261bis) ». Avec cette résolution, tu es en quelque sorte à la source de la modification de la norme pénale contre les discriminations sur laquelle nous avons voté cet hiver. Quel a été ton sentiment lorsque tu as vu que nous allions largement gagner ?

    Un sentiment de joie, bien évidemment, même si j’ai quand même de la peine à comprendre que pour 37% de la population ne pas punir les propos homophobes n’est pas un problème ! Mais comme je suis quelqu’un de positif, et malgré le fait que j’ai perdu un pari parce que je pensais que nous obtiendrions plus de 70% de OUI au niveau national (rires), je suis ravi de constater que presque 75% des Romands ont soutenu ce changement législatif, avec même plus de 80% dans le canton de Vaud !

    Pour la première partie, c’est ici : https://independance.blog.tdg.ch/archive/2020/06/14/militant-infatigable-1-4-307019.html

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  • Un Conseil national qui décoiffe

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    Il paraît que les bonnes nouvelles vont par paire. Et ce n’est pas le vote du Conseil National de ce jour qui contredira ce dicton. En effet, après son vote très clair en faveur du mariage civil égalitaire pour toutes et tous, le voilà qui a enterré, à la surprise générale, lors du vote final, la réforme du service civil ! Il a donc finalement, dans un sursaut salutaire et contrairement à l’avis du Conseil des Etats, renoncé aux mesures (1) qui devaient durcir l’accès au service civil et donc le rendre moins attractif.

    Par ce vote, la Chambre du peuple a évité de mettre les bâtons dans les roues à ceux qui veulent servir leur pays, mais autrement que dans l’armée qui ne répond pas à leur aspiration de donner de son temps à la collectivité. Le fait que de plus en plus de jeunes s’engagent pour un service civil plutôt que militaire, dont un bon tiers d’entre eux (2264 sur 6205) après l’école de recrues, en est la preuve flagrante.

    Avec le refus de cette réforme, le Conseil national, décidément bien plus progressiste depuis les élections d’octobre grâce notamment à la vague verte, a sans doute évité que de nombreux jeunes soient tentés d’emprunter la « voie bleue » et ainsi de n’accomplir aucun service à la collectivité, ce qui aurait été un bel autogoal !

    (1) Principales mesures qui étaient envisagées:

    • Les civilistes auraient dû faire au moins 150 jours de service. Dès le premier cours de répétition, les militaires auraient accompli plus de jours que maintenant.
    • Les militaires auraient dû attendre 1 an après avoir déposé leur demande d’admission. Entre temps, ils auraient dû continuer leur service.
    • Les militaires qui auraient déposé leur demande en pleine école de recrues auraient dû terminer deux ans plus vite qu’auparavant leur affectation de 180 jours.
    • Les cadres militaires admis au service civil auraient dû faire 1,5 fois plus de jours qu’au service militaire contre 1,1 actuellement.
    • Les médecins n’auraient plus pu faire le service civil à des postes de médecins.
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  • « La Bonne épouse » ne fait pas un bon film (et 5 films à l’affiche)

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    IMG_0992.jpgIl fut un temps, pas si éloigné, où l’on enseignait dans des « écoles ménagères » aux jeunes filles à devenir des épouses parfaites. C’était avant Mai 68. C’est la raison pour laquelle l’action du film se déroule en 1967-1968, période où il y avait encore énormément de ces écoles. « Des grandes, des petites, quelques écoles bourgeoises, mais surtout des écoles dites rurales, puisque la France était encore rurale à 30%. Mai 68 va tout faire voler en éclat : c’est le point de départ d’une formidable prise de conscience, qui allait accélérer le mouvement d’émancipation des femmes » relève Martin Provost, le réalisateur.

    Paulette van der Beck est la femme du directeur d’une école ménagère qui apprend à ses étudiantes à devenir de parfaites épouses. Elle est aidée dans sa tâche par sa belle-sœur et par une bonne sœur. La mort de son mari, la découverte que celui-ci a joué leur argent aux courses, le retour de son premier amour et le vent de liberté qui souffle sur la France à l’approche de Mai 68 vont faire vaciller ses certitudes.

    Histoire de l’émancipation des femmes en accéléré, « La Bonne épouse » laisse pour le moins perplexe. Il n’est en effet pas crédible une seule seconde que le personnage joué par Juliette Binoche, qui fait preuve d’un beau sens de l’autodérision et qui tient tout le film sur ses épaules, puisse se remettre en question aussi soudainement et entraîne avec elle sa belle-sœur, Yolande Moreau qui une fois de plus joue les demeurées jusqu’à la caricature, ainsi que la bonne sœur qui est tout d’un coup touchée par la grâce du féminisme. On frise souvent le ridicule. De plus, la première partie est par moment ennuyeuse et la fin, sous forme de comédie musicale, ne manque pas d’interpeller.

    Alors, certes, il y a bien quelques scènes où l’on sourit, parfois jaune, notamment au moment du reportage télévisuel en noir et blanc qui montre bien la condition des femmes il y a soixante ans, mais ce n’est de loin pas suffisant pour faire oublier que le tout sonne faux. (1 étoile)

    Toujours à l’affiche

    4 étoiles. « Invisible Man ». Cecilia partage une vie aisée avec un brillant et riche scientifique au comportement très possessif. Ne supportant plus son attitude, elle s’enfuit en demandant de l’aide à sa sœur. Peu de temps après, son beau-frère lui apprend que son mari s’est suicidé. Il lui laisse une part de son immense fortune à condition qu’elle respecte certaines conditions, comme celle de ne pas enfreindre la loi, ce qui va devenir de plus en plus compliqué au fur et à mesure que Cecilia prend conscience qu’elle est harcelée par quelqu’un d’invisible et qui s’attaque à son entourage. Mais comment faire croire une chose pareille sans perdre la raison et passer pour une folle ? Le suspense est à son comble dès le début et, à l’exception d’un petit coup de mou après cette entrée en matière tonitruante, il ne se dément pas jusqu’à une fin qui est la synthèse de plusieurs scènes marquantes du film. Porté par Elisabeth Moss littéralement habitée par son rôle et par une mise en scène qui tient le spectateur en haleine en lui donnant des frissons, « Invisible Man » ravira par conséquent les fans de thriller fantastique avec une bonne dose d’épouvante.

    4 étoiles. « Judy » est un biopic sur Judy Garland qui s'intéresse tout particulièrement à l'année 1968 et à la série de concerts qu'elle a donnés pendant cinq semaines à Londres dans un cabaret très à la mode de l'époque. Trente ans après être devenue une star planétaire grâce au « Magicien d'Oz », Judy Garland est dans une mauvaise passe. Elle n'a pas d'autre choix que de quitter les Etats-Unis pour Londres afin de subvenir aux besoins de ses enfants. Mais cette séparation à contrecœur, ses échecs sentimentaux, sa dépendance à l'alcool et aux médicaments ainsi que son enfance sacrifiée pour Hollywood sont autant d'obstacles à surmonter pour briller sur scène. A la lecture de ce synopsis, on aura compris que « Judy » n'est pas une comédie musicale, genre dans lequel la star excellait, mais un drame qui raconte sa chute. Ce côté dramatique n'empêche toutefois pas le rire et la musique d'être présents. A ce propos, les performances scéniques et vocales de Renée Zellweger, Oscar de la meilleure actrice 2020, sont remarquables, comme d'ailleurs l'ensemble de son jeu. Si « Judy » n'est pas un film parfait, il y a quelques scènes redondantes et quelques baisses de rythme, il a, outre son actrice principale, une grande qualité : il laisse la place à l'émotion avec, notamment, dix dernières minutes d'une folle intensité qui vous laissent sans voix au moment du générique de fin.

    3 étoiles. « De Gaulle ». En mai 1940, il devient de plus en plus évident que l’armée française va devoir capituler devant une armée allemande bien plus forte qu’elle. La panique gagne le gouvernement qui envisage d’accepter la défaite. Charles de Gaulle, récemment promu général et membre depuis peu de ce gouvernement, s’y oppose. Il est soutenu dans sa résistance par sa femme, Yvonne. Quand le réalisateur Gabriel Le Bomin a commencé à réfléchir à un sujet de film sur le personnage historique du général de Gaulle, il a pris l’option de s’intéresser au « de Gaulle « illégitime » : l’homme de juin 1940 qui dit « non ». C’est sans doute le moment où il est le plus fragile, le plus intéressant donc le plus humain. » C’est la raison pour laquelle le film met tout autant en avant les rôles de mari et de père de famille que celui de résistant. Et c’est ce qui fait tout l’intérêt du film, à vrai dire. Les divers dangers auxquels Yvonne de Gaulle et ses trois enfants doivent faire face dans cette France de juin 40 qui se décompose sont pour le moins aussi passionnants, si ce n’est plus, que les événements politiques filmés d’une manière trop théâtrale et classique. Porté par un Lambert Wilson et une Isabelle Carré très convaincants, le film se laisse voir sans ennui et permet d’en apprendre plus sur l’homme de Gaulle.

    3 étoiles. « Dark Waters ». L’avocat Rob Bilott, qui a vécu une partie de son enfance dans cette région, est interpellé par un paysan dont les bêtes meurent les unes après les autres après avoir eu un comportement extrêmement agressif et présentant de graves anomalies physiques. L’avocat découvre assez rapidement que ce sont les rejets toxiques de l’usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région, qui sont les responsables de cette pollution mortelle. Mais pour le prouver, il va devoir affronter de nombreux obstacles qui vont mettre en péril sa carrière, sa vie de famille et sa santé. Film-enquête, qui se déroule sur près de deux décennies, sur un des plus gros scandales industriels et environnementaux de ces quarante dernières années, « Dark Waters » expose avec une grande précision et beaucoup de sérieux, les tenants et aboutissants de cette sordide affaire. A tel point que le film, après un début captivant et enlevé, prend des allures de documentaire, ce qui n’est pas sans conséquence sur son rythme qui connaît une nette baisse de régime dans sa deuxième partie. Mais malgré cette faiblesse, les questions que soulèvent le film, et notamment celle de la complexité du combat de la justice contre d’énormes intérêts financiers, ne laisseront personne indifférent.

    3 étoles. « Richard Jewell ». Le film est inspiré d'une histoire vraie. Le 27 juillet 1996, pendant les Jeux Olympiques d'Atlanta, un vigile du nom de Richard Jewell découvre un sac suspect dans un parc où ont lieu des concerts. Il donne aussitôt l'alarme et fait évacuer les lieux sauvant ainsi de nombreuses vies. Héros d'un jour, il devient pourtant trois jours plus tard le principal suspect de l'attentat aux yeux du FBI. Les deux points forts du film sont incontestablement de s'attacher, d'une part, au point de vue de Richard Jewell et de son évolution au fur et à mesure que les accusations se précisent à son encontre et, d'autre part, au duo qu'il forme avec son avocat. La relation entre les deux hommes au cours du film est remarquablement mise en scène et interprétée par Paul Walter Hauser et Sam Rockwell. On peut d'ailleurs y ajouter Kathy Bates, excellente dans le rôle de la mère de Richard Jewell, elle aussi fortement ébranlée par la folie médiatique et la chasse aux sorcières dont est victime son fils. Toutefois, et malgré toutes ces qualités, on reste un peu sur sa faim, car le film n'arrive pas suffisamment à susciter de l'empathie et de l'émotion pour son héros. Mais on saura gré à Clint Eastwood d'avoir réalisé un film tout en nuances sur cet Amérique prompte à célébrer ses héros un jour et à les vouer aux gémonies le lendemain.

    5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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  • « Militant infatigable » (1/4)

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    IMG_1039.jpgPremière partie de mon interview par Muriel Waeger, directrice romande de Pink Cross, publiée dans l’édition de juin 2020 du « Pink Mail », journal de l’association Pink Cross qui paraît 4 fois par an et se définit comme «magazine politique LGBT».  

    Didier Bonny est une personnalité incontournable dans le milieu LGBTI+ en Suisse romande. Militant infatigable depuis plus de 20 ans, il a été co-président de la Fédération genevoise des associations LGBT, président du Groupe sida Genève et il est même membre d’honneur de Lestime (association lesbienne et féministe de Genève). Il est co-président de la Fédération romande des associations LGBTIQ (1) depuis sa création en 2018. À côté de ses engagements pour la communauté, il est aussi père de trois enfants et engagé politiquement chez les Verts à Genève.

    Tu es une personne incontournable dans le militantisme LGBTI+ en Suisse romande. Qu’est-ce qui t’a motivé à t’engager pour les droits des personnes LGBTI+ ?

    Je me suis engagé très jeune en politique, le militantisme est quelque chose que j’ai dans la peau. J’aime donner mon avis, participer à la discussion, trouver des solutions, voire des compromis dans l’intérêt du plus grand nombre. Quand j’ai fait mon coming out à 34 ans, une étape difficile mais salutaire dans mon parcours personnel, c’était une évidence que j’allais mettre ma force militante au service des droits des personnes LGBTI+.

    Ainsi, tu as découvert à 34 ans que tu étais homosexuel. Comment ton coming out s’est-il passé ?

    On ne se réveille pas du jour au lendemain homosexuel. J’ai commencé à rassembler petit à petit toutes les pièces du puzzle durant les deux années qui ont précédé mon coming out. Evidemment, mon questionnement sur mon orientation sexuelle a créé un choc quand je l’ai partagé avec mon épouse. Mais une fois que j’ai pu lui en parler, les choses sont allées très vite puisqu’en six semaines j’ai fait mon coming out auprès de toute ma famille et de mon cercle d’ami.e.s. Je n’ai eu que des réactions positives. Par contre, chambouler ta vie, celle de ta femme et de tes enfants laissent forcément des traces…

    Quel conseil peux-tu donner aux autres papas qui découvrent leur homosexualité ?

    Difficile de donner un conseil, chaque situation de coming out étant différente d’une autre. Je pense toutefois, même si ça peut être compliqué, que ne pas cacher à ses enfants qui l’on est vraiment est la meilleure chose à faire sur le long terme.

    Qu’est-ce qui a été le plus important pour toi dans ce passage de ta vie ?

    Le plus important, ça a été bien sûr de vivre en accord avec qui je suis, mais aussi de trouver rapidement du soutien pour m’aider à me construire en tant qu’homosexuel. Ce soutien, je l’ai trouvé auprès de Dialogai. Au début des années 2000, l’association des gays de Genève était incontournable pour se rencontrer entre homosexuels et faire la connaissance des personnes qui militaient pour l’égalité des droits des personnes LGBT.

    A suivre.

    (1) Lesbiennes, Gays, Bisexuel.le.s, Trans*, Intersexes, Queer

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